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Jacques de Biez, né Jacques Étienne Amadis Demallendre en 1852 et mort à Paris en 1915, est un journaliste, critique d’art et militant antisémite français. Auteur de La Question juive (1886), il cofonde en 1889 avec Édouard Drumont la première Ligue antisémitique de France, dont il est le délégué général. Républicain là où Drumont ne l’est guère, il incarne une variante de l’antisémitisme politique qui cherche à s’implanter dans le camp républicain, dans un milieu où la dénonciation des Juifs et celle des francs-maçons se nourrissent mutuellement.
Un homme de presse et de critique d’art

Avant d’être un agitateur, Jacques de Biez est un homme de plume. Il est secrétaire de rédaction de La République française, le quotidien fondé par Gambetta, ce qui situe ses débuts dans la mouvance républicaine opportuniste. Il publie aussi des ouvrages sur la musique et les arts, de Tamburini et la musique italienne (1877) à une étude sur le sculpteur Emmanuel Frémiet parue en 1896 sous le titre La Patrie intégrale. Un maître imagier.
Ce double ancrage, journalistique et artistique, est fréquent chez les antisémites de la fin du XIXe siècle : ils viennent rarement des marges, mais d’un milieu cultivé qui maîtrise la presse, le livre et la conférence. Leur audience s’explique en partie par cette respectabilité de départ.
La Question juive et la ligue de 1889
En 1886, l’année même de La France juive de Drumont, Jacques de Biez fait paraître La Question juive. Le sous-titre de l’ouvrage, selon lequel la France ne saurait être la « terre promise » des Juifs, résume une thèse d’exclusion nationale. La coïncidence de date n’est pas fortuite : elle signale l’éclosion simultanée d’un antisémitisme qui se veut moderne, politique et populaire, distinct du vieil antijudaïsme religieux.
En 1889, il fonde avec Drumont, Albert Millot et le marquis de Morès la Ligue antisémitique de France, installée rue Lepic à Paris, dont il devient délégué général. L’organisation est d’abord éphémère, mais elle préfigure les ligues de la décennie suivante, notamment celle que réorganisera Jules Guérin pendant l’affaire Dreyfus. Les sources divergent d’ailleurs sur sa chronologie exacte, signe d’une structure plus mouvante que solidement institutionnalisée.
Un antisémite républicain
Ce qui distingue Jacques de Biez, c’est son refus de lier l’antisémitisme à la restauration monarchique. Là où Drumont se tient à distance de la République, lui la soutient, et cette position permet au mouvement antisémite de se présenter comme un front politique capable d’attirer des républicains déçus, des radicaux et des socialisants hostiles à la « finance ». Cette ambiguïté est un trait essentiel de l’époque : la haine des Juifs n’est pas alors l’apanage d’un seul camp.
Peu après la création de La Libre Parole, il quitte Paris pour devenir châtelain dans la Vienne, où il se lie avec le père Camille de La Croix. Il y mène une activité politique radicale, est élu conseiller d’arrondissement de Civray et écrit dans L’Avenir de la Vienne, tout en collaborant à La Libre Parole, au Gil Blas et à La Terre de France. Antidreyfusard, il publie en 1898 Le Solécisme du bordereau et les lettres de Dreyfus, tentative d’accabler le capitaine par l’analyse de son style.
Antisémitisme et soupçon antimaçonnique
Les ligues auxquelles il appartient fusionnent volontiers l’ennemi juif et l’ennemi maçonnique. Dans les années 1880 et 1890, la presse antisémite présente les loges comme le relais politique d’une domination juive supposée, notamment à propos de la laïcisation de l’école et de l’affaire Dreyfus. Lorsque Jules Guérin reprend la ligue après sa rupture avec Drumont en 1899, il la rebaptise « Grand Occident de France », parodie transparente du Grand Orient : le nom suffit à dire que l’adversaire est double.
Il faut cependant être précis. La part proprement antimaçonnique de l’œuvre de Jacques de Biez est beaucoup moins documentée que son antisémitisme, et les sources accessibles ne permettent pas de lui attribuer avec certitude des ouvrages consacrés spécifiquement à la franc-maçonnerie. Son importance, pour l’histoire de l’antimaçonnisme, tient surtout à sa contribution à la construction des ligues et de la presse où s’est forgé le thème du « péril judéo-maçonnique ».
Un retour aux arts et une mémoire effacée
Ses dernières années le ramènent vers la critique d’art. Revenu à Paris au début du XXe siècle, il publie en 1910 un E. Frémiet préfacé par Frédéric Masson, couronné en 1912 par le prix Charles-Blanc de l’Académie française. La reconnaissance académique de l’historien d’art contraste avec l’oubli qui entoure aujourd’hui le militant.
En 1896 déjà, un collaborateur du Gil Blas le rangeait parmi les premiers protagonistes de l’antisémitisme. C’est bien ainsi que les historiens le situent : non comme un théoricien majeur, mais comme l’un des organisateurs de la première heure d’un mouvement qui allait durablement associer, dans l’imaginaire de l’extrême droite française, le Juif et le franc-maçon.
Jacques de Biez rappelle que l’antisémitisme politique français n’est pas né uniquement dans les salons monarchistes : il a aussi trouvé des relais chez des républicains et des hommes de culture. Son parcours montre comment des ligues éphémères ont préparé le terrain idéologique du « complot judéo-maçonnique ». Les ligues meurent vite ; les amalgames qu’elles ont fabriqués leur survivent.
Voir aussi : Ligues antisémites et antimaçonniques, Guérin, Jules, Grand Occident de France, Dreyfus, Alfred, Complot judéo-maçonnique, Péril judéo-maçonnique, Presse antimaçonnique, Fort Chabrol (1899).

