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Le docteur Paul Ouwerx, mort en 1946, est un pamphlétaire belge qui s’est fait une spécialité de recenser et de publier les noms des francs-maçons de son pays. Auteur avant-guerre de répertoires nominatifs, il préside sous l’Occupation la Ligue antimaçonnique belge, soutenue par les services de sécurité allemands. Son parcours, encore peu étudié, illustre le passage de la liste polémique à l’instrument de persécution. Les sources disponibles étant limitées et parfois divergentes sur les détails, cette notice s’en tient aux faits les mieux attestés.
Un médecin pamphlétaire de l’entre-deux-guerres
Ouwerx appartient à la mouvance catholique et nationaliste hostile à la maçonnerie belge, alors très liée au libéralisme et à l’Université libre de Bruxelles. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, il se signale dans les années 1930 par une activité de publiciste centrée sur la dénonciation des loges.
Les sources ne concordent pas sur certains éléments de sa biographie, à commencer par son année de naissance, donnée tantôt en 1894, tantôt en 1896. Cette incertitude dit assez qu’aucune étude biographique de référence ne lui a encore été consacrée.
La liste comme arme
Sa méthode tient en un geste : nommer. À la fin des années 1930, il publie Les Cagoulards démasqués, qui contient un répertoire de plus de mille six cents francs-maçons belges, avec adresses, professions et loges d’appartenance. En 1940 paraît Les Précurseurs du communisme. La Franc-maçonnerie peinte par elle-même, qui associe un exposé polémique à une liste alphabétique de maçons, incluant des membres du corps enseignant de l’Université libre de Bruxelles.
L’auteur se défend de toute délation et revendique un service rendu au « salut public ». Mais le contenu parle de lui-même : adresses privées, professions, affiliations. Une étude publiée par la revue belge Aide-mémoire souligne en outre que l’ouvrage de 1940 repose sur une thèse conspirationniste antisémite qui s’appuie sur les Protocoles des Sages de Sion.
La Ligue antimaçonnique belge sous l’Occupation
L’invasion allemande donne à ces fichiers une portée nouvelle. Dès la fin de l’été 1940, Ouwerx fonde avec quelques associés une Ligue antimaçonnique belge, dont il prend la présidence. Elle se dédouble en une branche francophone, L’Épuration, et une branche flamande. Ses dirigeants nouent des contacts avec la Sipo-SD, la police de sécurité allemande, qui la protège et la subventionne.
La Ligue organise à Bruxelles, à partir de la fin janvier 1941, une exposition antimaçonnique installée dans des locaux maçonniques saisis, sous le contrôle de la propagande allemande, avant de la présenter dans d’autres villes, dont Anvers, Gand et Liège. Elle publie le périodique Le Rempart à partir de février 1941. Le 20 août 1941, l’occupant interdit officiellement la franc-maçonnerie en Belgique.
Une influence limitée, des conséquences graves
Numériquement, la Ligue reste un groupuscule. Les travaux disponibles évoquent quelque trois cents membres cotisants, des querelles internes et des malversations, jusqu’à ce que la Sipo-SD lui retire son soutien et ordonne sa dissolution à l’été 1943.
Son poids réel tient ailleurs : dans la transmission des fichiers. Selon les études consultées, Ouwerx aurait remis ses listes de maçons au mouvement rexiste et à l’hebdomadaire collaborationniste Cassandre, et les éléments les plus radicaux s’en seraient servis contre des personnalités maçonniques dans les derniers mois de l’Occupation. Plusieurs maçons belges ont été arrêtés, déportés ou tués durant la guerre, sans qu’il soit possible, dans l’état des sources accessibles, d’établir précisément la part imputable à ses listes.
Une mort avant le jugement
Ouwerx meurt en 1946, avant d’avoir répondu de ses actes. D’après l’étude d’Aide-mémoire, le procès lié à son activité s’ouvre en mai 1947 en son absence. Sa disparition prématurée explique en partie qu’il soit resté une figure de second plan dans la mémoire belge de l’Occupation, malgré la gravité de ce qu’il a rendu possible.
Son cas mérite pourtant l’attention. Il montre qu’une liste publiée en temps de paix, au nom d’une polémique idéologique, peut devenir en temps de guerre un outil de persécution entre les mains d’un occupant.
Paul Ouwerx n’a pas inventé l’antimaçonnisme belge, mais il lui a donné sa forme la plus dangereuse : celle de l’annuaire. Entre ses répertoires d’avant-guerre et les fichiers transmis aux collaborateurs, la continuité est frappante. Publier un nom, c’est parfois déjà désigner une cible.
Voir aussi : Dénonciation, Ligues antisémites et antimaçonniques, Complot judéo-maçonnique, Presse antimaçonnique, Vichy et héritages antijudéo-maçonniques, Coston, Henry, Faux documents.

