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George F. Dillon (1836-1893), prêtre catholique irlandais devenu monseigneur, est l’auteur de The War of Antichrist with the Church and Christian Civilization, recueil de conférences prononcées à Édimbourg en octobre 1884 et publié à Dublin en 1885. Écrit dans le sillage immédiat de l’encyclique Humanum genus de Léon XIII, l’ouvrage présente la franc-maçonnerie continentale comme l’instrument d’une guerre séculaire contre l’Église. Il est devenu un classique durable de l’antimaçonnisme catholique anglophone, réédité au XXe siècle dans les milieux intégralistes.
Un prêtre irlandais entre Australie et Écosse

Né à Dublin en 1836, George F. Dillon appartient au clergé missionnaire irlandais du XIXe siècle. Parti en 1861 pour l’Australie, il exerce dans la région de Sydney et fonde une mission auprès des populations aborigènes. Il revient ensuite en Europe, où il se fait connaître comme conférencier.
Sa trajectoire illustre le rôle du catholicisme irlandais dans la diffusion, à travers tout l’espace anglophone, d’une lecture romaine de la modernité politique. L’Irlande fournit prêtres et prédicateurs à l’Empire britannique, et ses débats circulent de Dublin à Sydney et de Glasgow à New York.
Les conférences d’Édimbourg de 1884
En octobre 1884, Dillon prononce à Édimbourg une série de conférences qui forment la matière de son livre. Publiées l’année suivante chez M. H. Gill & Son, à Dublin, elles décrivent une conspiration continue partie des philosophes des Lumières, prolongée par les Illuminés de Bavière, la Révolution française, Napoléon, les carbonari et les révolutions du XIXe siècle, jusqu’au fénianisme irlandais.
Le fil conducteur est simple : derrière chaque bouleversement politique se tiendrait une même volonté athée, organisée dans les loges. Les nuances entre traditions maçonniques disparaissent au profit d’un ennemi unique, identifié pour l’essentiel au Grand Orient et aux sociétés secrètes du continent.
Le choix de l’Écosse et de l’Irlande comme public n’est pas neutre. Dans des pays où la franc-maçonnerie britannique est socialement installée et largement protestante, Dillon s’emploie à convaincre ses auditeurs catholiques que les loges locales, d’apparence paisible, appartiennent au même système que les révolutionnaires du continent. Il fournit ainsi un argument aux évêques qui interdisaient aux fidèles toute affiliation, et un cadre de lecture aux tensions confessionnelles propres au monde britannique.
Dans le sillage de Humanum genus
Le livre de Dillon est inséparable de l’offensive pontificale de 1884. Le 20 avril de cette année-là, Léon XIII publie l’encyclique Humanum genus, qui condamne la franc-maçonnerie comme l’une des forces du royaume opposé à celui de Dieu et invite les catholiques à la démasquer. Dillon reprend cette lecture et lui donne une forme narrative accessible au public anglophone.
L’ouvrage reçoit les autorisations ecclésiastiques en 1885 et une lettre d’encouragement de Léon XIII, transmise par le cardinal Simeoni. Dillon est élevé au rang de monseigneur. Cette caution romaine explique en grande partie l’autorité que le texte conservera dans certains milieux catholiques.
L’Alta Vendita et le recours aux documents douteux
L’un des piliers de la démonstration est l’Instruction permanente de l’Alta Vendita, présentée comme le programme secret des carbonari pour subvertir l’Église de l’intérieur. Ce texte, publié au milieu du XIXe siècle par l’historien catholique Jacques Crétineau-Joly, n’a jamais pu être authentifié par un original ; les historiens le tiennent pour un document très suspect, sinon apocryphe.
Dillon l’utilise pourtant comme une pièce maîtresse. Le procédé, qui consiste à bâtir une démonstration sur un document invérifiable, rejoint celui des Protocoles des Sages de Sion quelques décennies plus tard. Il caractérise une littérature où la conviction précède la preuve.
Une postérité intégraliste
Le texte de Dillon connaît une seconde vie au XXe siècle. En 1950, le prêtre irlandais Denis Fahey le réédite sous le titre Grand Orient Freemasonry Unmasked as the Secret Power Behind Communism, en supprimant les lettres romaines et plusieurs chapitres et en ajoutant une conclusion centrée sur l’Irlande. Le titre révèle le déplacement : la franc-maçonnerie devient la puissance cachée du communisme.
Fahey, lui-même auteur de textes antisémites, a nourri des courants intégralistes en Irlande, en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Par son intermédiaire, Dillon reste aujourd’hui encore réédité et cité dans des milieux catholiques traditionalistes et sur des sites complotistes anglophones.
George F. Dillon n’a pas inventé l’antimaçonnisme catholique, mais il l’a mis en récit pour le monde anglophone au moment exact où Rome le portait au plus haut. Son livre doit sa longévité moins à ses preuves qu’à la caution qu’il a reçue et aux usages qu’on en a faits. Une conférence de 1884 peut ainsi survivre à son siècle lorsqu’elle offre un ennemi commode à chaque génération.
Voir aussi : Pape et franc-maçonnerie, Catholicisme et franc-maçonnerie, Antimaçonnisme religieux, Carbonarisme, Abbé Augustin Barruel, Illuminati, Ultramontanisme, Faux documents.

