Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
Vous avez un code promo ?

En 1964, cinq ans après la suspension de 1959, la Grande Loge de France et le Grand Orient de France rétablissent leurs relations et concluent un traité d’alliance fraternelle. Pour la GLDF, c’est le renoncement de fait à une reconnaissance anglo-saxonne qui ne venait pas, au profit de la solidarité entre grandes obédiences françaises. Le prix est élevé : le Suprême Conseil de France se déchire, Charles Riandey fonde un Suprême Conseil pour la France lié à la GLNF, et environ un millier de frères quittent la GLDF. Le paysage maçonnique français en sort durablement recomposé.
Date : 1964
Lieu : Paris, France
Cinq ans de rupture

Le 17 septembre 1959, le convent de la Grande Loge de France avait suspendu ses relations avec le Grand Orient, interdit la double appartenance et les intervisites. L’objectif était de satisfaire aux critères de régularité de la Convention de Luxembourg et d’obtenir la reconnaissance des grandes loges anglo-saxonnes. Mais la mesure est peu suivie sur le terrain, et la reconnaissance espérée ne vient pas. Jusqu’au milieu des années 1960, la GLDF entretient certes des relations d’amitié avec dix-sept grandes loges américaines, mais Londres reste fermée.
Le revirement de 1964
En 1964, la Grande Loge de France change de stratégie et signe avec le Grand Orient un traité d’alliance fraternelle. Le texte rétablit les relations entre les deux principales obédiences françaises et scelle leur solidarité. Les sources consultées ne précisent ni le jour de la signature ni les termes exacts de l’accord. Le site de la GLNF résume l’enjeu : la GLDF refuse de rompre avec le Grand Orient sur la question du Grand Architecte de l’Univers, que le Grand Orient a cessé d’exiger depuis 1877.
La crise du Suprême Conseil de France
La réaction la plus vive vient des hauts grades. Charles Riandey, Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France depuis 1961, s’oppose au traité au nom de la régularité. Exclu en 1964, il quitte le Suprême Conseil avec 400 à 500 membres de la juridiction et fonde, avec l’appui du Suprême Conseil de la Juridiction Sud des États-Unis, le Suprême Conseil pour la France, lié à la GLNF. Stanislas Bonnet lui succède à la tête du Suprême Conseil de France en 1965.
Le départ d’un millier de frères
Dans les loges bleues, le mouvement suit. En 1965, environ un millier de frères, sur quelque 8 200 membres que compte la GLDF, rejoignent la Grande Loge nationale française et y introduisent le Rite écossais ancien et accepté. Parmi eux, Marcel Cerbu, dont le rituel sert de base à celui de la GLNF, et l’ancien Grand Secrétaire Emmanuel Drapanasky. Pour la GLNF, jusque-là très minoritaire, c’est le début d’un essor durable.
Le déclin international de la GLDF
Le traité a des conséquences internationales lourdes. Un historique publié par la GLNF y voit le début du déclin international de la Grande Loge de France, qui était reconnue par 62 obédiences en 1937. En juillet 1966, sous la pression de la Grande Loge unie d’Angleterre, la Grande Loge suisse Alpina rompt avec elle. D’autres puissances régulières prennent leurs distances au fil des années.
Postérité
L’alliance de 1964 ancre la Grande Loge de France dans une position originale, qu’elle revendique encore : une maçonnerie traditionnelle, attachée au Grand Architecte de l’Univers, mais solidaire des autres obédiences françaises. Elle préfigure les coopérations ultérieures entre obédiences, tandis que la GLNF devient l’interlocuteur unique de Londres en France. Les épisodes de 1959 et de 1964 restent des références obligées pour comprendre la géographie maçonnique française.
Repères chronologiques
- 1877 : le Grand Orient de France supprime l’obligation de croire en Dieu et le Grand Architecte de l’Univers.
- 1954 : Convention de Luxembourg.
- 17 septembre 1959 : la GLDF suspend ses relations avec le Grand Orient.
- 1964 : traité d’alliance fraternelle GLDF-Grand Orient ; scission du Suprême Conseil de France.
- 1965 : environ un millier de frères de la GLDF rejoignent la GLNF.
- Juillet 1966 : la Grande Loge suisse Alpina rompt avec la GLDF.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Musée de la Grande Loge de France (Musée maçonnique), Lalande, Helvétius et les débuts de la réforme du Grand Orient de France, 1771 (date historique), Suprême Conseil, Grand Architecte de l’Univers mal interprété (antimaçonnisme), Charles Riandey (Auteur).

