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Le 17 septembre 1959, le convent de la Grande Loge de France vote la suspension de ses relations avec le Grand Orient de France, interdit la double appartenance et proscrit les intervisites. Sous la grande maîtrise de Richard Dupuy, l’obédience veut se mettre en conformité avec les critères de régularité de la Convention de Luxembourg et se rapprocher de la maçonnerie anglo-saxonne. La décision tombe une semaine à peine après que Dupuy a été chaleureusement accueilli au convent du Grand Orient. Cette rupture, qui durera jusqu’en 1964, éclaire la longue hésitation de la GLDF entre régularité et fraternité française.
Date : 17 septembre 1959
Lieu : Paris, France
La Grande Loge de France en quête de régularité

Depuis l’après-guerre, la Grande Loge de France, qui pratique le Rite écossais ancien et accepté et invoque le Grand Architecte de l’Univers, espère obtenir la reconnaissance des grandes loges anglo-saxonnes, réservée en France à la seule GLNF. En 1954, son convent impose la présence du Volume de la Loi sacrée dans toutes ses loges. La même année, elle signe la Convention de Luxembourg avec plusieurs grandes loges européennes attachées à la régularité. Des négociations d’union avec la GLNF sont même engagées, sans succès.
Des négociations sans issue
Au convent des 19-21 septembre 1957, la GLDF se croit en position de force, comptant sur l’appui de grandes loges américaines pour faire évoluer Londres. En 1959, plusieurs réunions entre le Grand Orient, la GLNF et la GLDF se tiennent avant l’été, sans résultat concret. Surtout, les obédiences signataires de la Convention de Luxembourg estiment que la GLDF ne remplit pas leurs critères, en raison de ses liens avec le Grand Orient, et fixent une échéance au 5 mai 1959. La pression devient décisive.
Le convent du 17 septembre 1959
Du 7 au 11 septembre 1959, le Grand Maître de la GLDF, Richard Dupuy, est invité au convent du Grand Orient, où il prononce un discours conciliant, vivement applaudi. Une semaine plus tard, le 17 septembre, le convent de la Grande Loge de France vote la suspension des relations obédientielles avec le Grand Orient, l’interdiction de la double appartenance et celle des intervisites. Dans le Bulletin intérieur de décembre 1959, Dupuy défend des décisions qu’il qualifie lui-même de cruelles mais indispensables, au nom d’une conception initiatique et symbolique de la maçonnerie.
Les acteurs

Richard Dupuy, Grand Maître de la GLDF, est l’artisan de cette politique ; il représentait déjà son obédience à la conférence de Bruxelles du 11 octobre 1958, aux côtés de son Grand Secrétaire Emmanuel Drapanasky. En face, le Grand Orient est dirigé en 1958-1959 par Robert Richard, puis par Marcel Ravel, qui répond à l’isolement du Grand Orient par la création du CLIPSAS. La même année, la GLDF suspend aussi ses relations avec le Grand Orient de Belgique, affaibli par la naissance de la Grande Loge de Belgique.
Une mesure peu suivie
Sur le terrain, l’interdiction des intervisites est peu respectée : les liens personnels et locaux entre frères des deux obédiences résistent aux décisions des convents. Selon l’analyse de Christophe de Brouwer, la base désavoue la direction et la GLDF perd quelques loges et frères. Surtout, la reconnaissance anglo-saxonne espérée ne vient pas. Le calcul de 1959 échoue, et l’obédience change de cap quelques années plus tard.
Une rupture de cinq ans
En 1964, la Grande Loge de France renoue avec le Grand Orient et conclut avec lui un traité d’alliance. Ce revirement provoque à son tour une crise : en 1965, environ un millier de frères attachés à la régularité quittent la GLDF pour la GLNF. La rupture de 1959 et la réconciliation de 1964 forment ainsi les deux temps d’un même dilemme, qui structure encore aujourd’hui les relations entre obédiences françaises.
Repères chronologiques
- 1954 : la GLDF impose le Volume de la Loi sacrée et signe la Convention de Luxembourg.
- 19-21 septembre 1957 : convent de la GLDF.
- 11 octobre 1958 : conférence de Bruxelles entre obédiences européennes.
- 5 mai 1959 : échéance fixée par les signataires de la Convention de Luxembourg.
- 17 septembre 1959 : la GLDF suspend ses relations avec le Grand Orient.
- 1964 : traité d’alliance entre la GLDF et le Grand Orient.
- 1965 : départ d’environ un millier de frères de la GLDF vers la GLNF.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Musée de la Grande Loge de France (Musée maçonnique), Lalande, Helvétius et les débuts de la réforme du Grand Orient de France, 1771 (date historique), Convent, Volume de la loi sacrée.

