Ralliement de Marcel Cerbu et d’un millier de frères de la Grande Loge de France à la GLNF, 1965 (date historique)

Gardez cet article avec vous
Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
+ frais de traitement
Vous avez un code promo ?

Glossaire de la franc-maçonnerie

En 1965, environ un millier de francs-maçons quittent la Grande Loge de France pour rejoindre la Grande Loge nationale française. Ils refusent le traité d’alliance conclu en 1964 entre leur obédience et le Grand Orient de France, qu’ils jugent incompatible avec la régularité maçonnique. Parmi eux, Marcel Cerbu, dont le rituel servira de base au premier rituel du Rite écossais ancien et accepté de la GLNF. Cet afflux, accompagné de la création du Suprême Conseil pour la France autour de Charles Riandey, transforme une obédience jusque-là marginale et lance son essor.

Date : 1965
Lieu : Paris, France

Le traité de 1964, détonateur de la crise

Depuis la fin des années 1950, la Grande Loge de France oscille entre la quête d’une reconnaissance anglo-saxonne et le rapprochement avec le Grand Orient de France. Après une rupture en 1959, elle signe en 1964 avec le Grand Orient un traité d’alliance fraternelle. Pour une partie de ses membres, attachés au Grand Architecte de l’Univers et à la présence du Volume de la Loi sacrée en loge, ce rapprochement avec une obédience qui a supprimé ces obligations ferme définitivement la porte de la régularité. La GLDF compte alors environ 8 200 membres.

La scission du Suprême Conseil de France

La crise touche d’abord les hauts grades. Charles Riandey, initié en 1917, Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France depuis 1961, s’oppose au traité au nom de la régularité. Exclu en 1964, il quitte le Suprême Conseil avec 400 à 500 membres de la juridiction et fonde, avec l’appui du Suprême Conseil de la Juridiction Sud des États-Unis, un Suprême Conseil pour la France lié à la GLNF. Il le dirige jusqu’en 1976. Ce nouveau Suprême Conseil sera reconnu par les Suprêmes Conseils américains en 1970.

Une GLNF qui s’était préparée

La GLNF n’a pas attendu passivement. Le 3 décembre 1963, elle modifie l’article premier de sa Constitution pour permettre à ses loges de travailler à tous les rites sanctionnés par les puissances régulières, à condition de les pratiquer dans leur pureté. En novembre 1963, le frère Marius Lepage la rejoint ; en février 1964, la commission des rites, présidée par François Poccardi, lui propose de travailler au Rite écossais ancien et accepté selon un rituel de 1829. Le terrain est prêt lorsque les dissidents arrivent.

Le ralliement de 1965

En 1965, environ un millier de frères quittent la Grande Loge de France et rejoignent la GLNF, emportant avec eux leurs loges et leur rite. Selon la chronologie Kronobase, le mouvement se concrétise en décembre 1965 et concerne 38 loges, chiffre que les sources consultées ne permettent pas de vérifier. Parmi les figures de ce départ figurent Marcel Cerbu et Emmanuel Drapanasky, ancien Grand Secrétaire de la Grande Loge de France. Le rituel dit « rituel Cerbu » devient la base du premier rituel du REAA pratiqué à la GLNF.

Les conséquences pour la GLNF

L’arrivée des dissidents change la nature de l’obédience. Jusque-là largement composée d’anglophones, la GLNF dépasse désormais 4 000 membres, ouvre des loges francophones et ajoute le REAA au Rite émulation et au Rite écossais rectifié. Les historiens de l’obédience parlent d’un essor définitif à partir de 1965. La croissance ne s’arrêtera plus pendant plusieurs décennies : environ 27 000 membres en 2000, plus de 40 000 à la fin des années 2000.

Les conséquences pour la Grande Loge de France

Pour la Grande Loge de France, la saignée est sévère, environ un huitième de ses effectifs, et elle s’accompagne d’un recul international. Plusieurs puissances étrangères prennent leurs distances : en juillet 1966, sous la pression de Londres, la Grande Loge suisse Alpina rompt avec elle. Le paysage maçonnique français se fige pour longtemps dans une opposition entre maçonnerie dite régulière, incarnée par la GLNF, et maçonnerie libérale ou traditionnelle non reconnue par Londres.

Repères chronologiques

  • 1959 : la Grande Loge de France suspend ses relations avec le Grand Orient.
  • 3 décembre 1963 : la GLNF ouvre sa Constitution à tous les rites réguliers.
  • 1964 : traité d’alliance entre la Grande Loge de France et le Grand Orient ; scission du Suprême Conseil de France autour de Charles Riandey.
  • 1965 : environ un millier de frères de la Grande Loge de France rejoignent la GLNF avec le REAA.
  • Juillet 1966 : la Grande Loge suisse Alpina rompt avec la Grande Loge de France.
  • 1970 : reconnaissance du Suprême Conseil pour la France par les Suprêmes Conseils américains.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Suprême Conseil, Musée-bibliothèque de la Grande Loge Nationale Française (Musée maçonnique), Musée de la Grande Loge de France (Musée maçonnique), Marius Lepage (Auteur), Charles Riandey (Auteur).

Glossaire de la franc-maçonnerie

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles en relation avec ce sujet

Titre du document

DERNIERS ARTICLES