Fondation de la Grande Loge nationale indépendante et régulière par Édouard de Ribaucourt, 5 novembre 1913 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 5 novembre 1913, à Paris, la loge Le Centre des Amis, conduite par le scientifique Édouard de Ribaucourt, rompt avec le Grand Orient de France et s’érige en Grande Loge nationale indépendante et régulière pour la France et les colonies françaises. Au cœur du différend : l’invocation du Grand Architecte de l’Univers, que le Grand Orient a abandonnée en 1877 et que Ribaucourt veut maintenir pour pratiquer le Rite écossais rectifié. Reconnue un mois plus tard par la Grande Loge unie d’Angleterre, la nouvelle obédience prendra en 1948 le nom de Grande Loge nationale française (GLNF).

Date : 5 novembre 1913
Lieu : Paris, France

Le contexte : la fracture de 1877

En 1877, le Grand Orient de France supprime de sa Constitution l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme. La Grande Loge unie d’Angleterre rompt alors ses relations avec lui. Pendant plus de trente ans, il n’existe plus en France de maçonnerie reconnue par Londres, sinon quelques loges à l’existence fragile. Au début du XXe siècle, dans un Grand Orient très engagé dans le combat laïque, une minorité de frères attachés à la dimension spirituelle de l’Ordre cherche à renouer avec la tradition.

Le réveil du Centre des Amis

Ce courant se cristallise autour du Rite écossais rectifié, système chrétien issu de la réforme de Jean-Baptiste Willermoz au XVIIIe siècle. Le 9 juin 1910, Édouard de Ribaucourt, Camille Savoire et Gustave Bastard sont reçus Chevaliers bienfaisants de la Cité sainte ; le 20 juin suivant, la loge Le Centre des Amis, ancienne loge rectifiée parisienne, est réveillée au sein du Grand Orient avec Ribaucourt pour premier vénérable. Le Grand Orient lui accorde une patente pour travailler au Rite rectifié en invoquant le Grand Architecte de l’Univers.

La rupture de novembre 1913

Les relations se dégradent lorsque le Grand Orient transmet à la loge des rituels dépourvus de toute référence au Grand Architecte. La rupture est décidée : le 5 novembre 1913, Le Centre des Amis se proclame Grande Loge nationale indépendante et régulière pour la France et les colonies françaises. Certaines présentations, dont la chronologie de référence, retiennent le 5 octobre ; la date du 5 novembre est celle donnée par la thèse de doctorat consacrée à l’obédience. La loge bordelaise L’Anglaise n° 204 annonce aussitôt son souhait de rejoindre la nouvelle Grande Loge, qui pratique deux rites : le Rite écossais rectifié et le Rite Émulation.

Édouard de Ribaucourt, savant et maçon

Né en 1865 à Payerne, en Suisse, dans une vieille famille protestante d’origine picarde, Édouard de Ribaucourt est docteur ès sciences naturelles, auteur d’une thèse sur l’anatomie comparée des lombricidés, et enseigne à la Sorbonne. Initié au Grand Orient dans la loge Les Amis des Allobroges, titulaire du 31e degré du Rite écossais ancien et accepté, il devient le premier Grand Maître de l’obédience qu’il a fondée. Il démissionne ensuite de cette charge et contribue, avec Camille Savoire, à la naissance du Grand Prieuré des Gaules. Il meurt à Paris en 1936.

Une obédience fondée sur la régularité

La nouvelle Grande Loge se réclame des principes qui fondent la régularité au sens anglais : croyance en Dieu, Grand Architecte de l’Univers, serment prêté sur le Volume de la Loi sacrée, le plus souvent la Bible, interdiction des discussions politiques et religieuses en loge. Le 3 décembre 1913, la Grande Loge unie d’Angleterre lui accorde sa reconnaissance, ce qui en fait d’emblée l’interlocutrice française de la maçonnerie anglo-saxonne. Très minoritaire, elle se développe lentement, d’autant que la guerre éclate quelques mois plus tard.

Postérité : de la GLNIR à la GLNF

Interdite comme toutes les obédiences sous l’Occupation, la Grande Loge nationale indépendante et régulière adopte officiellement en 1948 le nom de Grande Loge nationale française. Elle connaît ensuite une forte croissance, marquée par plusieurs scissions, dont celle de 1958 qui donne naissance à la future Grande Loge traditionnelle et symbolique Opéra, à laquelle participe Pierre de Ribaucourt, fils du fondateur. Forte d’environ 44 000 membres en 2011, elle en compte aujourd’hui autour de 30 000 après la crise de 2010-2012.

Repères chronologiques

  • 1877 : le Grand Orient de France supprime l’obligation de croire en Dieu.
  • 9 juin 1910 : Ribaucourt, Savoire et Bastard reçus Chevaliers bienfaisants de la Cité sainte.
  • 20 juin 1910 : réveil de la loge Le Centre des Amis.
  • 5 novembre 1913 : fondation de la Grande Loge nationale indépendante et régulière.
  • 3 décembre 1913 : reconnaissance par la Grande Loge unie d’Angleterre.
  • 1948 : adoption du nom de Grande Loge nationale française.
  • 1958 : départ de loges qui fondent la future GLTSO.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Musée-bibliothèque de la Grande Loge Nationale Française (Musée maçonnique), Régularité, Grand Architecte de l’Univers mal interprété (antimaçonnisme), Volume de la loi sacrée, Camille Savoire (Personnalité), Jean-Baptiste Willermoz (Personnalité).

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