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En août 1913, à La Haye, se tient la sixième Manifestation maçonnique internationale, la chronologie de référence retenant le 25 août. Organisée sous l’égide de la maçonnerie néerlandaise, dans la ville qui abrite la Cour permanente d’arbitrage et où s’achève alors le palais de la Paix, elle réunit selon une source quelque 400 délégués de quatorze pays. Le Français Charles Bernardin, le Belge Henri La Fontaine et l’Allemand Heinrich Kraft y prennent la parole. Un an avant la guerre, c’est la dernière grande rencontre maçonnique pacifiste et franco-allemande.
Date : 25 août 1913
Lieu : La Haye, Pays-Bas
La Haye, capitale de la paix

Depuis les conférences de la paix de 1899 et 1907, La Haye incarne l’espoir d’un règlement juridique des conflits. La Cour permanente d’arbitrage y siège et le palais de la Paix, financé par Andrew Carnegie, est inauguré à la fin du mois d’août 1913. Le choix de la ville pour une rencontre maçonnique internationale a donc valeur de programme. La même année, La Haye accueille aussi un congrès maçonnique international, preuve de l’intensité des échanges entre obédiences européennes à la veille de la guerre.
Une série ouverte en 1907
Les manifestations maçonniques internationales sont nées de la volonté de rapprocher francs-maçons français et allemands. La première se tient en juillet 1907 au col de la Schlucht, dans les Vosges ; suivent Bâle (1908), Baden-Baden (1909), Paris (1911), où la crise d’Agadir oblige les délégués à quitter la rue Cadet pour la loge L’Étoile polaire, puis Luxembourg (1912). La Haye en est la sixième étape, et elle sera la dernière.
Le déroulement de la rencontre
La manifestation se tient en août 1913 sous l’égide de la maçonnerie néerlandaise ; le jour retenu par la chronologie, le 25 août, n’a pu être recoupé par les sources consultées. Côté français, l’organisation est conduite par Charles Bernardin, président de la loge nancéienne Saint-Jean de Jérusalem, entouré d’un comité. Le discours inaugural lui revient. Henri La Fontaine prononce une intervention plus critique, le Néerlandais Reepmaker prend la parole, et Heinrich Kraft livre un discours très politique plaidant pour une véritable alliance franco-allemande. Le pacifiste autrichien Alfred Hermann Fried est présent.
Les acteurs

Charles Bernardin, figure de la maçonnerie lorraine, est l’un des organisateurs français de ces rencontres frontalières. Henri La Fontaine, sénateur belge, a reçu le prix Nobel de la paix en 1913 ; il présidera plus tard le Bureau international de relations maçonniques. Alfred Hermann Fried, journaliste autrichien, est lui aussi lauréat du Nobel de la paix (1911). Heinrich Kraft, enfin, est avec le Français Lucien Le Foyer l’un des moteurs du dialogue maçonnique franco-allemand.
Une portée symbolique
La rencontre de La Haye ne pèse pas sur les chancelleries, mais elle exprime avec force un idéal de fraternité universelle que la franc-maçonnerie entend opposer au nationalisme. Elle reste toutefois le fait d’un milieu limité : les grandes loges prussiennes et la plupart des obédiences anglo-saxonnes se tiennent à l’écart. La manifestation suivante devait se tenir à Francfort-sur-le-Main en 1914 ; elle n’aura jamais lieu, emportée par la guerre déclarée au début du mois d’août.
Postérité et mémoire
Après 1918, l’esprit de La Haye survit dans les congrès maçonniques interalliés favorables à la Société des Nations, puis dans l’Association maçonnique internationale fondée à Genève en 1921. Les discours prononcés en 1913 ont été conservés et sont aujourd’hui étudiés comme les derniers témoignages d’un pacifisme maçonnique qui croyait encore possible une Europe réconciliée par la fraternité.
Repères chronologiques
- Juillet 1907 : première manifestation au col de la Schlucht.
- Juillet 1911 : rencontre de Paris perturbée par la crise d’Agadir.
- 1912 : cinquième manifestation, à Luxembourg.
- Août 1913 : sixième manifestation, à La Haye ; inauguration du palais de la Paix.
- Août 1914 : la rencontre prévue à Francfort est annulée par la guerre.
- 1921 : fondation de l’Association maçonnique internationale.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Fraternité, Ouverture du Bureau international de relations maçonniques à Neuchâtel, 1er janvier 1903 (date historique), Nomination du prince Frédéric d’Orange-Nassau comme Grand Maître du Grand Orient des Pays-Bas, 13 octobre 1816 (date historique), Charles Bernardin (Personnalité).

