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En 1881, à Bucarest, est fondé le Suprême Conseil de Roumanie du Rite écossais ancien et accepté, sous la direction de son Souverain Grand Commandeur, Constantin Moroiu. L’événement intervient un an seulement après la création de la Grande Loge nationale de Roumanie, dont Moroiu est aussi le premier grand maître, et au moment même où le pays, devenu indépendant en 1878, s’érige en royaume. Il parachève l’émancipation d’une maçonnerie roumaine longtemps placée sous juridictions étrangères, notamment françaises, et dote le pays d’une structure propre pour les hauts grades.
Date : 1881 (juin selon certaines sources)
Lieu : Bucarest, Roumanie
Une maçonnerie longtemps sous tutelle étrangère

La franc-maçonnerie apparaît tôt dans les principautés roumaines : en 1734, Antonio Maria del Chiaro y fonde des loges à Galați et à Iași. Au XIXe siècle, elle se développe sous l’influence française. Le 24 septembre 1856, Auguste Carance fonde à Bucarest la loge Steaua Dunării (L’Étoile du Danube) sous les auspices du Grand Orient de France ; en 1859, elle s’érige en « Grande Loge Steaua Dunării », avec Ion C. Brătianu comme premier vénérable.
Les élites politiques de la Roumanie moderne fréquentent les loges : on y rencontre le médecin Carol Davila ou le futur président du Conseil Petre P. Carp, initié à Iași en 1867. Mais les ateliers dépendent de juridictions étrangères, situation qui paraît de moins en moins compatible avec l’affirmation nationale du jeune État.
1879-1880 : une obédience nationale
Le mouvement d’émancipation s’accélère après l’indépendance. Une Constitution maçonnique roumaine est promulguée en mai 1879 et crée le Grand Orient de Roumanie, déclaré puissance souveraine nationale et indépendante, avec Theodor Rosetti comme grand maître. Le 8/20 septembre 1880, il est transformé en Grande Loge nationale de Roumanie, et le capitaine Constantin Moroiu en est élu grand maître.
La création du Suprême Conseil
Il manque encore à la maçonnerie roumaine une autorité propre pour les hauts grades. C’est chose faite en 1881 : un Suprême Conseil du 33e degré du Rite écossais ancien et accepté est constitué, avec, selon l’histoire publiée par la Grande Loge nationale de Roumanie, l’appui du Grand Orient d’Italie de Naples. Certaines sources situent la fondation en juin 1881. La même année, Moroiu fonde aussi un Suprême Conseil du Rite ancien et primitif de Memphis.
Constantin Moroiu, figure centrale

Né à Bucarest le 15 février 1837, officier de carrière, Constantin Moroiu reçoit le 31e degré en mai 1880 et devient alors Grand Sage du chapitre Steaua Dunării. Fondateur et premier grand maître de la Grande Loge nationale, il cumule cette fonction avec celle de Souverain Grand Commandeur jusqu’en 1911, date à laquelle il scinde l’obédience en deux sections. Il meurt à Bucarest le 27 avril 1918 et repose au cimetière Bellu.
Interdictions et renaissance
Le XXe siècle est tragique pour la maçonnerie roumaine. Le 20 décembre 1937, le roi Carol II ordonne la fermeture des loges, après une démarche d’autodissolution conduite par Ioan Pangal au début de l’année. Reprise en 1944, l’activité est de nouveau interdite en 1948 par le pouvoir communiste. Après la chute du régime, la loge Concordia est fondée en 1990, la Grande Loge nationale de Roumanie rallume ses feux le 24 janvier 1993, et un Suprême Conseil est reconstitué à Washington en octobre 1993.
Repères chronologiques
- 1734 : premières loges à Galați et Iași.
- 24 septembre 1856 : fondation de la loge Steaua Dunării à Bucarest.
- Mai 1879 : création du Grand Orient de Roumanie.
- 8/20 septembre 1880 : fondation de la Grande Loge nationale de Roumanie.
- 1881 : fondation du Suprême Conseil de Roumanie.
- 20 décembre 1937 : fermeture des loges par Carol II.
- Octobre 1993 : reconstitution du Suprême Conseil de Roumanie.
Voir aussi dans le glossaire : Suprême Conseil, Grande Loge.

