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En 1880, douze loges symboliques rompent avec la Grande Loge centrale, structure placée sous l’autorité du Suprême Conseil de France, et fondent la Grande Loge symbolique écossaise (GLSE). Leurs membres, au nombre d’un peu moins de sept cents, réclament que les loges bleues se gouvernent elles-mêmes, sans tutelle des hauts grades. Dotée d’une constitution démocratique et d’une orientation libertaire, la jeune obédience devient un laboratoire : c’est en son sein que se pose, dès 1881, la question de l’initiation des femmes. Son histoire mène à la fois au Droit Humain et à la Grande Loge de France.
Date : 1880
Lieu : Paris, France
Le Rite écossais face à la question de l’autonomie

Au XIXe siècle, les loges françaises qui pratiquent le Rite écossais ancien et accepté relèvent du Suprême Conseil de France, qui administre aussi bien les hauts grades que les trois grades symboliques. À partir des années 1860-1870, cette organisation est contestée : de nombreux maçons, républicains et attachés au suffrage, jugent anormal que des loges d’apprentis, compagnons et maîtres soient gouvernées par un collège de dignitaires du 33e degré.
La Grande Loge centrale, qui regroupe les loges symboliques écossaises, ne leur donne qu’une autonomie limitée. Les partisans de la réforme dénoncent le pouvoir absolu du Suprême Conseil et réclament une obédience symbolique souveraine, sur le modèle démocratique déjà adopté par le Grand Orient de France.
La scission de 1880
En 1880, douze loges franchissent le pas et constituent la Grande Loge symbolique écossaise. La nouvelle obédience ne gère que les trois grades symboliques ; elle se dote d’une constitution démocratique où les loges élisent leurs représentants. Parmi les fondateurs figure le docteur Georges Martin, élu au conseil municipal de Paris, qui en devient grand maître en 1881.
Libertaire et anticléricale dans son orientation, la GLSE attire rapidement : partie d’un peu moins de 700 membres, elle atteint 1 450 membres en 1883, son maximum, avant de stagner puis de décliner.
La question des femmes
Certaines loges de la GLSE approuvent le principe de l’initiation des femmes. En 1881, Georges Martin et Paul Goumain-Cornille proposent officiellement de l’admettre ; l’obédience refuse. La loge Les Libres Penseurs du Pecq passe outre : elle proclame son autonomie le 9 janvier 1882 et initie la féministe Maria Deraismes le 14 janvier. Suspendue, la loge n’est réintégrée qu’après avoir présenté un tableau de ses membres dont le nom de la nouvelle initiée a disparu.
En 1891, la GLSE rejette encore une proposition de la loge La Jérusalem écossaise visant à créer des loges mixtes. C’est hors d’elle, en 1893, que Martin et Deraismes fondent le Droit Humain, qui porte d’ailleurs à l’origine le nom de Grande Loge symbolique écossaise mixte.
Vers la Grande Loge de France

Dès 1887, la GLSE discute d’une fusion avec les loges symboliques restées fidèles au Suprême Conseil, pour fonder ensemble une obédience démocratique. Le Suprême Conseil crée à cet effet la Grande Loge de France en 1894, mais la fusion échoue sur des désaccords. En 1896, alors que la GLSE compte 27 loges, la GLDF renonce au principe d’une absorption globale : environ la moitié des loges la rejoignent entre 1896 et 1899, douze disparaissent et cinq ou six passent au Grand Orient de France.
Une seconde vie, mixte
Deux loges, Diderot et Les Inséparables de l’arc-en-ciel, relèvent l’obédience avec ses anciens statuts ; La Jérusalem écossaise et La Philosophie sociale les rejoignent en 1898. Cette GLSE dite « maintenue » devient mixte, mais ne dépasse jamais neuf loges, surtout parisiennes. En 1909, seule subsiste Diderot, qui rejoint la Grande Loge de France en 1911, mettant fin à l’histoire de l’obédience.
Repères chronologiques
- 1880 : douze loges fondent la Grande Loge symbolique écossaise.
- 1881 : Georges Martin grand maître ; refus de l’initiation des femmes.
- 14 janvier 1882 : initiation de Maria Deraismes au Pecq.
- 1883 : la GLSE atteint 1 450 membres.
- 4 avril 1893 : fondation du Droit Humain.
- 1894 : création de la Grande Loge de France par le Suprême Conseil.
- 1911 : la dernière loge de la GLSE rejoint la Grande Loge de France.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Suprême Conseil, Musée de la Grande Loge de France (Musée maçonnique).

