Circulaire du Grand Orient de France saluant la Deuxième République, 1848 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Au printemps 1848, quelques semaines après la révolution de Février qui renverse Louis-Philippe, le Grand Orient de France adresse à ses loges une circulaire qui se félicite de l’avènement de la Deuxième République. Le texte invite les ateliers à travailler sur les « hautes questions sociales inhérentes au bonheur de tous ». Le 6 mars, une délégation de l’obédience a été reçue par le gouvernement provisoire, où siègent plusieurs frères. Ce ralliement public marque le premier rapprochement officiel entre la principale obédience française et l’idée républicaine.

Date : 1848
Lieu : Paris, France

Février 1848, une révolution fraternelle

Circulaire du Grand Orient de France saluant la Deuxième République, 1848
Source : Wikimedia Commons – Unknown – CC0

Les journées de février 1848 emportent la monarchie de Juillet. Un gouvernement provisoire proclame la République, instaure le suffrage universel masculin et promet l’organisation du travail. L’atmosphère est à la fraternité, mot que la devise républicaine consacre. Nombre de francs-maçons ont pris part au mouvement, et le gouvernement provisoire compte cinq d’entre eux. Pour une obédience qui, sous la monarchie, s’était tenue officiellement à l’écart de la politique, le moment est inédit.

La délégation du 6 mars

Le Grand Orient est reçu par les nouveaux dirigeants et salue la République par des batteries d’allégresse. Le 6 mars 1848, Adolphe Crémieux, ministre de la Justice, accueille une délégation de l’obédience en portant son cordon maçonnique. La délégation remet une adresse assurant le gouvernement du soutien de l’ensemble des membres. Dans sa réponse, Crémieux oppose à la politique des partis une « politique d’humanité » propre aux maçons. Une tradition, entretenue plus tard, attribue aussi à Lamartine un hommage appuyé à la franc-maçonnerie, sans que ses termes exacts soient établis.

Le contenu de la circulaire

Dans la foulée, le Grand Orient adresse à ses ateliers une circulaire qui se félicite du nouveau régime. Elle invite les loges à se saisir des questions sociales qui agitent le pays, au service du « bonheur de tous ». Les historiens y voient l’adhésion de l’Ordre à la République, même si les sources consultées ne précisent ni la date exacte ni les signataires du texte. L’obédience, alors dirigée par un Grand Collège et un Conseil, cherche à accompagner un mouvement que beaucoup de ses membres soutiennent déjà.

Des frères au pouvoir

Circulaire du Grand Orient de France saluant la Deuxième République, 1848
Source : Wikimedia Commons – Patania, dessinateur – CC0

Les francs-maçons sont nombreux dans les institutions nouvelles. Victor Schœlcher, membre de la loge La Clémente Amitié, et Cyrille Bissette portent l’abolition de l’esclavage, décrétée le 27 avril 1848. Crémieux fait supprimer la peine de mort en matière politique, l’exposition publique des condamnés et la contrainte par corps pour dettes. Un « Appel aux Maçons » suscite un comité central maçonnique pour les élections à l’Assemblée constituante, où plus d’une centaine de frères sont élus.

Du lyrisme à la prudence

L’enthousiasme ne dure pas. Après les journées de juin 1848, Bethmont reste le seul franc-maçon du gouvernement. En 1849, le Grand Orient inscrit dans l’article premier de sa constitution la devise républicaine, mais aussi, pour la première fois, la croyance en Dieu et en l’immortalité de l’âme comme base de la maçonnerie. En 1850 et 1851, plusieurs loges jugées trop politiques sont fermées par l’administration. Après le coup d’État du 2 décembre 1851, l’obédience se soumet et élit pour Grand Maître le prince Lucien Murat, cousin du futur Napoléon III.

Portée et mémoire

La circulaire de 1848 reste un jalon : elle inaugure l’identification durable entre le Grand Orient de France et la République, qui s’épanouira sous la IIIe République. Le printemps 1848 a aussi nourri une mémoire maçonnique de la fraternité républicaine, célébrée dans les loges, où l’abolition de l’esclavage et la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » occupent une place de choix.

Repères chronologiques

  • 24 février 1848 : proclamation de la République à Paris.
  • 5 mars 1848 : la loge Le Patronage des Orphelins rompt avec le Suprême Conseil et appelle à une Grande Loge nationale.
  • 6 mars 1848 : Adolphe Crémieux reçoit une délégation du Grand Orient.
  • 27 avril 1848 : décret d’abolition de l’esclavage porté par Victor Schœlcher.
  • 1849 : la constitution du Grand Orient affirme la croyance en Dieu et en l’immortalité de l’âme.
  • 2 décembre 1851 : coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.
  • 1877 : le Grand Orient supprime l’obligation de croyance en Dieu.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Lalande, Helvétius et les débuts de la réforme du Grand Orient de France, 1771 (date historique), Loge Mère, Fraternité, Haine de la laïcité (antimaçonnisme), Cyrille Bissette (Personnalité), Adolphe Crémieux (Personnalité), Victor Schœlcher (Personnalité).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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