Initiation de Jean Macé à la loge La Parfaite Harmonie de Mulhouse, 1866 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

En juin 1866, lors de la fête solsticiale de la loge La Parfaite Harmonie de Mulhouse, l’écrivain et pédagogue Jean Macé est initié franc-maçon. Installé en Alsace depuis le coup d’État de 1851, auteur à succès de l’Histoire d’une bouchée de pain, il s’apprête à lancer quelques mois plus tard l’appel qui donnera naissance à la Ligue de l’enseignement. Son entrée en maçonnerie scelle une alliance durable entre les loges et le combat pour l’école gratuite, obligatoire et laïque, l’un des grands chantiers de la République.

Date : juin 1866
Lieu : Mulhouse, Haut-Rhin, France

Un républicain réfugié en Alsace

Initiation de Jean Macé à la loge La Parfaite Harmonie de Mulhouse, 1866
Source : Wikimedia Commons – versement Garitan – CC BY-SA 3.0

Né à Paris en 1815, Jean Macé enseigne, écrit et milite dans les rangs républicains sous la Deuxième République. Après la fermeture du journal La République et le coup d’État du 2 décembre 1851, il quitte Paris avec son épouse et s’installe à Beblenheim, dans le Haut-Rhin. Il y enseigne au pensionnat de jeunes filles du Petit-Château et y demeure une vingtaine d’années.

L’Alsace devient pour lui un laboratoire d’éducation populaire. En 1862, il crée à Beblenheim la première bibliothèque communale de la région ; en 1863, il suscite la fondation de la Société des bibliothèques du Haut-Rhin. Ses ouvrages de vulgarisation, publiés par Pierre-Jules Hetzel, rencontrent un immense succès, et les deux hommes lancent en 1864 le Magasin d’éducation et de récréation.

L’initiation de 1866

C’est en juin 1866, à l’occasion de la fête solsticiale, que Jean Macé est initié à La Parfaite Harmonie, loge mulhousienne du Grand Orient de France. Mulhouse est alors une ville industrielle et protestante, où la bourgeoisie manufacturière libérale est sensible aux questions d’instruction. Macé fréquente ensuite la loge La Fidélité de Colmar, puis, après l’annexion de l’Alsace en 1871, la loge Alsace-Lorraine à Paris. En 2003, un tablier maçonnique lui ayant appartenu a été retrouvé à la bibliothèque de Beblenheim.

L’appel pour une Ligue de l’enseignement

Quelques mois après son initiation, Macé publie dans le journal L’Opinion nationale l’appel qui lance la Ligue de l’enseignement, inspirée d’un mouvement belge fondé deux ans plus tôt. Les sources divergent sur la date exacte : la Ligue retient le 25 octobre 1866, d’autres le 15 novembre. Au printemps 1868, le bulletin national recense 5 319 adhérents, et environ 20 000 en 1870. Les cercles locaux attirent surtout des membres des classes moyennes, républicains et anticléricaux, ainsi que des minorités protestantes et juives.

Loges et Ligue : une alliance

Initiation de Jean Macé à la loge La Parfaite Harmonie de Mulhouse, 1866
Source : Wikimedia Commons – Atelier Nadar. Photographe – Public domain

Les loges soutiennent le mouvement, insuffisamment au gré de Macé selon la Ligue elle-même, mais leur réseau fournit des relais précieux dans toute la France. Dans les décennies suivantes, maçonnerie et Ligue partagent le combat pour l’école publique qui aboutit aux lois Ferry de 1881-1882. Macé convoque en avril 1881 le congrès constitutif de la Ligue française de l’enseignement, qu’il préside jusqu’à sa mort.

Postérité

Élu sénateur inamovible en 1883, Jean Macé meurt le 13 décembre 1894 à Monthiers, dans l’Aisne. Ses cendres sont transférées à Beblenheim en 1946. D’innombrables écoles portent son nom, et la Ligue de l’enseignement, toujours active, revendique son héritage. Pour les maçons, il reste la figure emblématique du frère engagé dans l’éducation populaire et la laïcité.

Le saviez-vous ?

Jean Macé est aussi un pionnier du crédit mutuel : en 1865, Beblenheim voit naître une caisse présentée comme la première caisse de crédit mutuel de France. Bibliothèques communales, sociétés de lecture, cercles de la Ligue : l’homme multiplie les institutions d’éducation populaire, qui reposent toutes sur l’initiative des citoyens. Cette conception d’un progrès construit par l’association libre rejoint l’idéal des loges qu’il fréquente, à Mulhouse, à Colmar puis à Paris. Le tablier retrouvé en 2003 dans la bibliothèque de Beblenheim rappelle concrètement ce compagnonnage.

Repères chronologiques

  • 22 août 1815 : naissance de Jean Macé à Paris.
  • 31 décembre 1851 : départ pour Beblenheim après le coup d’État.
  • 1861 : parution de l’Histoire d’une bouchée de pain chez Hetzel.
  • Juin 1866 : initiation à La Parfaite Harmonie de Mulhouse.
  • Automne 1866 : appel pour la Ligue de l’enseignement.
  • 1883 : élection comme sénateur inamovible.
  • 13 décembre 1894 : mort à Monthiers.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Initiation, Fêtes Solsticiales, Haine de la laïcité (antimaçonnisme), Maître de loge ou Maître en chaire, Jean Macé (Personnalité).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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