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En 1670, la loge des maçons d’Aberdeen, dans le nord-est de l’Écosse, consigne dans un registre manuscrit, le Mark Book, ses lois et statuts et la liste de ses membres accompagnée de leurs marques. Sur 49 noms, une dizaine seulement sont ceux de maçons de métier : les autres sont des nobles, des marchands et des hommes instruits. Ce document, toujours conservé et utilisé par la loge, est l’un des témoignages les plus nets de l’ouverture des loges écossaises aux non-opératifs, un demi-siècle avant la fondation de la Grande Loge de Londres.
Date : 1670
Lieu : Aberdeen, Écosse, Royaume-Uni
Aberdeen, une vieille ville de bâtisseurs

Les archives municipales d’Aberdeen conservent des mentions très anciennes des maçons de la ville, dont certaines remontent à 1398, et la loge situe en 1485 la première mention connue du mot « loge » pour désigner un groupe de maçons. Au XVIe siècle, un acte municipal de 1532 organise une société de métier des maçons, dont la loge est issue. Au XVIIe siècle, comme à Édimbourg, la loge d’Aberdeen accueille peu à peu des membres qui ne travaillent pas la pierre.
Le Mark Book de 1670
Le registre, entièrement manuscrit, réunit les lois et statuts de la loge, rassemblés à partir d’écrits plus anciens, la liste des membres avec leur profession et leur marque personnelle, quelques procès-verbaux et des règles d’assistance mutuelle. Il contient aussi une copie des Anciens Devoirs et des dessins d’outils. Une caisse de secours permanente, la Box, est créée la même année. Le livre est toujours en usage : chaque nouveau frère y inscrit encore son nom.
Une majorité de non-opératifs
La liste de 1670 compte 49 membres. Selon les dépouillements publiés, une dizaine seulement sont des maçons opératifs ; les autres sont des gentilshommes, parmi lesquels quatre nobles, des marchands et des représentants de la bourgeoisie instruite. Le premier nom de la liste est celui du maître de la loge, Harry Elphingston, présenté comme précepteur et collecteur des douanes royales. Parmi les membres figure aussi John Skene, marchand et quaker, qui émigra en Amérique au début des années 1680 et est souvent présenté comme le premier franc-maçon connu du Nouveau Monde.
Des statuts empreints de secret

Les statuts interdisent de tenir loge dans une maison habitée, sauf par mauvais temps, et exigent alors un lieu où personne ne puisse voir ni entendre. Les apprentis doivent être reçus dans l’ancienne loge de plein air située dans la paroisse de Nigg, dans les Mearns. Les fils de maçons bénéficient de privilèges. Jusqu’en 1754, les nouveaux reçus offrent tabliers et gants. Ces dispositions montrent l’attachement des membres de 1670 à la préservation des anciennes coutumes.
Postérité
Inscrite en 1743 au registre de la Grande Loge d’Écosse sous le numéro 34, la loge obtint en 1891, après plusieurs appels, le numéro 1 ter, en reconnaissance de son ancienneté. La Lodge of Aberdeen No. 1 ter est toujours active, et sa caisse à trois serrures, la « Lockit Kist », est exposée au Freemasons’ Hall d’Aberdeen.
Le saviez-vous ?
Vers 1700, les fonds de bienfaisance de la loge étaient conservés, avec le Mark Book, dans un coffre à trois serrures, la « Lockit Kist ». L’argent ne pouvait en sortir que si les trois détenteurs des clés étaient d’accord. Quant à John Skene, membre de la liste de 1670, il était le fils d’Alexander Skene, trésorier du conseil municipal et doyen de guilde d’Aberdeen ; quaker, il fut mis à l’amende et emprisonné pour sa foi avant de partir pour l’Amérique.
Repères chronologiques
- 1532 : acte municipal organisant la société des maçons d’Aberdeen.
- 3 juillet 1634 : admission de non-opératifs à la loge d’Édimbourg.
- 1670 : rédaction du Mark Book et création de la caisse de secours.
- Années 1680 : émigration de John Skene en Amérique.
- 1736 : fondation de la Grande Loge d’Écosse.
- 1743 : la loge reçoit le numéro 34 au registre écossais.
- 1891 : attribution du numéro 1 ter.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Ordre des maîtres maçons de la marque (Rite maçonnique), Accepté : l’acte fondateur de la Franc-maçonnerie spéculative.

