Stricte observance templière (Rite maçonnique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La Stricte observance templière est un système maçonnique chevaleresque apparu en Allemagne au milieu du XVIIIe siècle sous l’impulsion du baron Karl Gotthelf von Hund (1722-1776). Fondée sur l’affirmation d’une filiation entre la franc-maçonnerie et l’ordre du Temple, et sur l’autorité de mystérieux « supérieurs inconnus », elle superpose aux trois grades symboliques un ordre intérieur de grades chevaleresques. Après avoir rassemblé une grande partie de la maçonnerie allemande et européenne, elle se défait au convent de Wilhelmsbad en 1782, dont est issu le Rite écossais rectifié, encore pratiqué aujourd’hui.

Le baron von Hund et la promesse templière

Stricte observance templière
Source : Wikimedia Commons – in Quelle nicht angegeben – Public domain

Karl Gotthelf von Hund, né le 11 septembre 1722 en Lusace et mort à Meiningen le 8 novembre 1776, est reçu franc-maçon en 1741, en marge du couronnement de l’empereur Charles VII à Francfort. Il affirme avoir été reçu à Paris, en 1742-1743, dans un ordre templier par un mystérieux « chevalier à la plume rouge » (eques a penna rubra), qu’il identifie à Charles Édouard Stuart, et avoir été nommé maître provincial de la VIIe province, l’Allemagne, par des supérieurs inconnus. Aucune de ces affirmations n’a reçu de confirmation documentaire, et sa patente chiffrée n’a jamais été déchiffrée.

Les sources donnent des dates d’apparition légèrement différentes : 1751 pour la fondation du premier chapitre selon le Wikipédia anglais consacré à von Hund, « vers 1755 » selon le Wikipédia français. Le système porte d’abord le nom de « maçonnerie rectifiée » ; il ne prend le nom de Stricte observance qu’à partir de 1764, von Hund qualifiant par contraste de « Late observance » (observance relâchée) le système anglais.

Supérieurs inconnus, convents et princes

L’année 1764 est décisive : un convent réuni à Altenberge, près de Kahla, confirme von Hund à la tête du système et absorbe les loges du système dit de Clermont. La même année, l’aventurier se faisant appeler George Frederick Johnson, qui prétendait détenir l’autorité sur les loges allemandes, est démasqué ; il s’agissait de l’escroc Johann Samuel Lechte. En 1772, le convent de Kohlo opère la fusion avec le système clérical de Johann August von Starck ; le duc Ferdinand de Brunswick devient grand maître de toutes les loges écossaises.

L’ordre connaît alors une phase princière : selon le Wikipédia allemand, vingt-six princes en sont membres en 1775 et il compte environ 1 300 membres dans les années suivantes. Mais l’attente de révélations jamais venues mine la confiance. Au convent de Brunswick, en juin 1775, von Hund, interrogé sur les supérieurs inconnus, refuse de répondre au nom de son serment.

Une échelle de sept grades

Aux trois grades symboliques venus de la maçonnerie anglaise s’ajoute un grade écossais d’origine française, puis un ordre intérieur inventé par von Hund. D’abord au nombre de six, les grades sont portés à sept :

  • Apprenti
  • Compagnon
  • Maître
  • Maître écossais
  • Novice
  • Chevalier du Temple (Templier)
  • Chevalier profès (Eques professus)

Le Wikipédia français mentionne en outre une qualité d’Eques a quaestione studiosa. L’ordre se répartissait en provinces numérotées, l’Allemagne formant la VIIe et la Bourgogne la Ve, selon le Wikipédia allemand.

Esprit : discipline, chevalerie et restauration du Temple

Le système séduit par sa promesse de restaurer un ordre religieux et militaire disparu, par sa discipline et par la cohésion qu’il impose aux loges : d’où son nom d’« observance stricte ». Selon le Wikipédia anglais, il flatte aussi la fierté nationale allemande et attire des non-nobles désireux d’accéder à un univers chevaleresque. Les thèmes templiers et jacobites s’y mêlent, sans que le lien avec les Stuarts ait jamais été établi.

Diffusion européenne et rivalités

Le Wikipédia anglais évalue à une quarantaine le nombre de loges en 1768. Le système gagne l’Europe et, en France, les loges de Lyon animées par Jean-Baptiste Willermoz le rejoignent en 1764 ; c’est dans la Ve province, dite de Bourgogne, que sera élaboré en 1779 le futur Rite écossais rectifié. Avec la Suède, qui revendique elle aussi le secret templier, les négociations échouent et la rupture est consommée en 1781.

De Wilhelmsbad au Rite écossais rectifié

Le système est d’abord « rectifié » à Lyon en 1778, sous l’impulsion de Willermoz. Puis le convent de Wilhelmsbad, ouvert le 16 juillet 1782 et réunissant trente-cinq hauts dignitaires, renonce à la thèse de la filiation templière, non sans oppositions, et transforme l’ordre en Ordre des Chevaliers bienfaisants de la Cité sainte. Le système se fragmente ensuite : la plupart des loges allemandes adoptent d’autres rites, quelques-unes persistent jusqu’en 1830 environ, et la tradition se maintient en Suisse. Le Rite écossais rectifié, aujourd’hui pratiqué notamment en France et en Suisse, se présente comme son héritier.

Pour approfondir

  • Le Baron de Hund et la stricte observance templière, André Kervella, La Pierre philosophale, 2016
  • « De la Stricte Observance au Rite Écossais Rectifié », Pierre Noël, Acta Macionica, vol. 5, 1995
  • « Notes à propos du Rite Écossais Rectifié », Alain Bernheim, Acta Macionica, vol. 11, 2001
  • Les Illuminés de Bavière et la franc-maçonnerie allemande, René Le Forestier, Hachette, 1914
  • Internationales Freimaurerlexikon, Eugen Lennhoff, Oskar Posner et Dieter A. Binder, Herbig, 2006
  • Geschichte der Freimaurerei, Ferdinand Runkel, réimpression, 2006

Synthèse

La Stricte observance templière fut à la fois l’un des plus ambitieux et l’un des plus fragiles systèmes maçonniques du XVIIIe siècle : bâtie sur un mythe templier invérifiable et sur des supérieurs qui ne se manifestèrent jamais, elle n’en a pas moins structuré durablement la maçonnerie chevaleresque. Sa dissolution à Wilhelmsbad n’est pas une fin pure et simple : elle a donné naissance au Rite écossais rectifié, qui en a conservé l’architecture tout en en transformant le sens.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.

Voir aussi dans le glossaire : Alain Bernheim (Auteur), André Kervella (Auteur), René Le Forestier (Auteur), Pierre Noël (Auteur), Jean-Baptiste Willermoz (Personnalité).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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