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Le Rite de Schroeder (en allemand Schrödersche Lehrart) est un rite maçonnique symbolique conçu à Hambourg au tournant des XVIIIe et XIXe siècles par Friedrich Ludwig Schröder (1744-1816), grand acteur et directeur de théâtre. Pensé en réaction à la prolifération des hauts grades et aux spéculations templières de la Stricte observance, il ramène la maçonnerie à ses trois grades d’Apprenti, de Compagnon et de Maître, dans un esprit de sobriété, de tolérance et d’humanisme. Il reste pratiqué aujourd’hui en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Europe centrale et nordique, ainsi qu’au Brésil et au Chili.
Une réforme née à Hambourg

Le rite naît dans l’Allemagne maçonnique de la fin du XVIIIe siècle, alors partagée entre des systèmes concurrents riches en hauts grades, au premier rang desquels la Stricte observance templière et le système de Zinnendorf, qui conserve lui aussi une échelle de grades supérieurs. Friedrich Ludwig Schröder, initié en 1774 dans la loge hambourgeoise Emanuel zur Maienblume, qui travaillait alors selon la Stricte observance, en éprouve rapidement les limites. Devenu vénérable maître de sa loge en 1787, il entreprend de rendre à la franc-maçonnerie la forme simple et originelle qu’il croit trouver dans la tradition anglaise.
Les sources divergent sur la date d’adoption. Selon Wikipédia en anglais, Schröder présente son rituel aux maîtres de Hambourg le 29 juillet 1801, qui l’adoptent à l’unanimité ; selon Wikipédia en français, c’est en 1811 que la Grande Loge provinciale de Hambourg, dont il est devenu grand maître, adopte le rite. Les deux dates peuvent correspondre à deux étapes d’un même processus, mais les sources consultées ne permettent pas de trancher. D’autres loges et grandes loges allemandes l’adoptent ensuite progressivement.
Friedrich Ludwig Schröder, l’acteur réformateur
Né à Schwerin en 1744, fils de l’actrice Sophie Charlotte Bierreichel et beau-fils du directeur de troupe Konrad Ernst Ackermann, Schröder grandit sur les planches. Après un passage par l’apprentissage de cordonnier, il devient acteur, triomphe à Hambourg dans les rôles comiques puis tragiques, dirige avec sa mère le théâtre de la ville à partir de 1771, passe par le Burgtheater de Vienne, puis reprend la direction hambourgeoise de 1785 à 1798. Il est aussi l’auteur de nombreuses pièces adaptées du répertoire anglais.
Cette culture de la scène et du texte marque profondément sa conception du rituel. Schröder rassemble et étudie les sources écrites de la maçonnerie et fait consigner les traditions orales ; son édition critique, les Materialien zur Geschichte der Freymaurerey, demeure une référence. Le Wikipédia allemand mentionne aussi son dialogue suivi avec Johann Gottfried Herder, à Weimar, sur la formulation même des rituels.
Trois grades, un cercle qui se referme
Le rite ne comporte que les trois grades de la maçonnerie dite bleue ou de Saint-Jean. Les éléments jugés étrangers au système d’origine sont supprimés, et aucun ordre intérieur ni chapitre ne vient prolonger le parcours :
- Apprenti (Lehrling)
- Compagnon (Geselle)
- Maître (Meister)
Sa devise résume cette option : « Mit dem Meister schließt sich der Kreis », « avec le Maître, le cercle se referme ». Au grade de Maître, le franc-maçon n’attend plus de révélation supplémentaire : il lui revient de mettre en pratique ce qu’il a reçu.
Un esprit de sobriété et de tolérance
Contre les promesses de secrets templiers, d’alchimie ou de supérieurs inconnus, le Rite de Schroeder place au centre l’idée tolérante et humaine de la maçonnerie. Le rituel accorde une large place à la parole, au texte lu et au chant, ce que le Wikipédia allemand rapporte à une volonté de mieux correspondre à « l’esprit allemand » de l’époque. Le contexte compte : la Révolution française affermit la conscience bourgeoise et ébranle la position de l’aristocratie, très présente dans les systèmes à hauts grades.
Il ne faut pas le confondre avec le système homonyme de Friedrich Joseph Wilhelm Schroeder, fondateur en 1766 à Marbourg d’un chapitre de tendance néo-rosicrucienne et alchimique, qui aurait subsisté jusqu’au milieu du XIXe siècle dans deux loges de Hambourg.
Diffusion : de l’Allemagne au Brésil

En Allemagne, le rite est principalement travaillé au sein de la Grande Loge des Anciens Maçons Libres et Acceptés d’Allemagne (AFAM) ; le Wikipédia allemand avance le chiffre de 33 loges et de plus d’un dixième des francs-maçons allemands, donnée à manier avec prudence car non datée. Il est également pratiqué par les Grandes Loges d’Autriche (loges germanophones, dans une version modifiée), de Croatie, tchèque et symbolique de Hongrie, ainsi qu’au Danemark, en Lettonie, en Lituanie, en Serbie, au Monténégro et en Slovénie.
En Suisse, il est travaillé par quatre loges germanophones du Grand Orient de Suisse, par des loges de la Grande Loge suisse Alpina et par une loge francophone de Suisse romande, qui y a apporté quelques modifications mineures inspirées du Rite écossais rectifié. L’émigration allemande l’a porté en Amérique du Sud : plus d’une centaine de loges au Brésil, dont la loge Zur Eintracht de Porto Alegre, fondée en 1874 et travaillant toujours en allemand, et des loges germanophones à Valparaíso, au Chili. Les sources consultées ne mentionnent pas de pratique régulière en France.
Variantes et travail d’unification
Comme tout rite transmis sur deux siècles, le rituel de Schröder a connu des dérives locales et des versions divergentes. Pour y remédier, la Grande Loge AFAM a engagé en 2005 un travail d’unification fondé sur le rituel de 1816, retrouvé à Copenhague. La genèse du texte a été étudiée par H. H. Solf dans les Ars Quatuor Coronatorum en 1980, et la collection rituelle de Schröder a fait l’objet d’une réimpression hors commerce en 26 volumes en 1977.
Pour approfondir
- Internationales Freimaurerlexikon, Eugen Lennhoff, Oskar Posner et Dieter A. Binder, Herbig, 2006
- Materialien zur Geschichte der Freymaurerey seit ihrer Entstehung 1723, Friedrich Ludwig Schröder, édition originale, 4 vol.
- « The Origin and Sources of the Schroeder Ritual », H. H. Solf, Ars Quatuor Coronatorum, vol. 92, 1980
- Il Rito di Friedrich Ludwig Schröder 1744-1816, Quaderno n. 8, Loggia Brenno Bertoni, Lugano, 1998
- La Massoneria, Zeffiro Ciuffoletti et Sergio Moravia (dir.), Mondadori, 2019
- Histoire générale de la franc-maçonnerie, Paul Naudon, Charles Moreau, 2004
- Friedrich Ludwig Schröder. Beitrag zur Kunde des Menschen und des Künstlers, Friedrich Ludwig Wilhelm Meyer, Hambourg, 1819
Synthèse
Le Rite de Schroeder incarne une voie singulière dans l’histoire maçonnique : celle d’un retour volontaire à la simplicité des trois grades, porté par un homme de théâtre soucieux de textes exacts et de sources vérifiées. Né contre les excès des systèmes chevaleresques, il a durablement façonné la maçonnerie germanophone et continue, du Rhin au Rio Grande do Sul, de proposer une franc-maçonnerie humaniste où le cercle se referme avec la maîtrise.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.
Voir aussi dans le glossaire : Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Rituel, Paul Naudon (historien).

