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Abdelkader ibn Muhieddine, dit l’émir Abdelkader, naît près de Mascara, dans la régence d’Alger, vraisemblablement le 6 septembre 1808, et meurt à Damas le 26 mai 1883. Chef de la résistance à la conquête française de l’Algérie, puis exilé, il devient une figure de la spiritualité soufie et de la tolérance après avoir protégé les chrétiens de Damas en 1860. Ce geste lui vaut l’attention des francs-maçons français : il est initié en 1864 à Alexandrie, par délégation de la loge parisienne Henri IV du Grand Orient de France.
Un savant devenu chef de guerre

Issu d’une famille de lettrés liée à la confrérie Qadiriyya, Abdelkader connaît le Coran par cœur à quatorze ans et accomplit en 1825 le pèlerinage de La Mecque avec son père. En 1832, à vingt-trois ans, les tribus de l’Ouest algérien le désignent émir dans la plaine de Ghriss.
Il conduit alors la résistance contre l’armée française, négocie le traité Desmichels (1834) puis le traité de la Tafna (1837), avant d’affronter les campagnes de Bugeaud. En 1847, il se rend ; la promesse de le laisser partir en Orient n’est pas tenue et il est détenu en France.
De la captivité française à l’exil de Damas
Libéré par Napoléon III en 1852, Abdelkader s’installe à Damas en 1855. Il y poursuit une vie d’étude et d’enseignement, nourrie de l’œuvre d’Ibn Arabi, auprès duquel il sera d’abord inhumé. Ses restes sont transférés en 1965 au cimetière d’El Alia, à Alger.
En 1860, lors des violences qui frappent la communauté chrétienne de Damas, il intervient pour protéger et sauver de nombreux chrétiens. L’épisode lui vaut une renommée internationale et les hommages de plusieurs gouvernements européens.
L’initiation maçonnique de 1864
C’est à la suite des événements de Damas que des francs-maçons de la loge Henri IV, du Grand Orient de France, prennent contact avec lui dès septembre 1860. L’émir est initié le 18 juin 1864 à Alexandrie, au sein de la loge Les Pyramides d’Égypte, qui agit par délégation de la loge parisienne. Son initiation est confirmée à Paris, à la loge Henri IV, en 1865.
La suite de son engagement est diversement appréciée : Wikipédia en anglais indique qu’il se serait éloigné de la maçonnerie environ un an plus tard, estimant que certains frères mettaient en cause la croyance en Dieu et en l’immortalité de l’âme. L’épisode reste un jalon symbolique des relations entre la franc-maçonnerie française et le monde musulman au XIXe siècle.
Une œuvre spirituelle et politique
Abdelkader a laissé une œuvre importante : une autobiographie écrite en captivité en 1849, une Lettre aux Français rédigée en 1855, un traité philosophique traduit en 1858 sous le titre Rappel à l’intelligent, avis à l’indifférent, et surtout le Kitâb al-Mawâqif, recueil de méditations mystiques traduit en français sous le titre Le Livre des haltes.
Principales œuvres
- Poèmes, publiés par le capitaine Boissonnet, 1848
- Autobiographie (écrite en prison), 1849
- Lettre aux Français, 1855
- Rappel à l’intelligent, avis à l’indifférent, trad. française 1858
- Le Livre des haltes (Kitâb al-Mawâqif), trad. 2000-2002
- Écrits spirituels, trad. Michel Chodkiewicz
- Poèmes métaphysiques, trad. Charles-André Gilis
Un trait d’union entre deux mondes
Dans l’histoire de la franc-maçonnerie française, l’émir Abdelkader occupe une place singulière : celle d’un homme de foi et de guerre, devenu symbole de fraternité universelle, que le Grand Orient de France a voulu accueillir au nom de la tolérance. Son initiation, souvent rappelée, illustre l’ambition universaliste de la maçonnerie du Second Empire.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à Abdelkader.
Voir aussi dans le glossaire : Initiation, Loge Bleue ou Loge Symbolique., Tolérance, Fraternité.

