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Né le 29 décembre 1809 à Boston et mort le 2 avril 1891 à Washington, Albert Pike fut avocat, poète, journaliste, général confédéré et surtout Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil du Rite écossais pour la Juridiction Sud des États-Unis de 1859 à sa mort. Réformateur des rituels du Rite écossais ancien et accepté, il est l’auteur de Morals and Dogma (1871), somme sur les trente-deux premiers degrés, longtemps remise aux maçons américains. Il fut aussi la cible de faux célèbres, dont ceux de Léo Taxil.
De Boston à l’Arkansas

Albert Pike réussit en 1825 l’examen d’entrée de Harvard, mais renonce faute de moyens : il se forme en autodidacte et enseigne. Parti vers l’Ouest, il s’installe dans l’Arkansas, où il est journaliste, puis admis au barreau en 1837. Avocat redoutable, il plaide à tous les niveaux de juridiction, jusqu’à la Cour suprême des États-Unis après 1849, souvent pour des nations amérindiennes.
Poète, il publie dès 1834 Prose Sketches and Poems Written in the Western Country et se fait remarquer par ses Hymns to the Gods, composés jeune. Il combat lors de la guerre américano-mexicaine, à Buena Vista. Whig, puis proche du mouvement Know Nothing dans les années 1850, il rallie la Confédération pendant la guerre de Sécession.
Un général confédéré controversé
Nommé brigadier général confédéré en 1861, il commande des troupes recrutées dans le Territoire indien et participe en 1862 à la bataille de Pea Ridge. En conflit avec ses supérieurs, il démissionne la même année, puis siège à la Cour suprême de l’Arkansas en exil en 1864-1865. Il est gracié en 1866.
Les affirmations le présentant comme un dirigeant du Ku Klux Klan ne reposent, selon les archivistes, sur aucune preuve documentaire ; il n’est pas cité dans le rapport du Congrès de 1872 sur le Klan. Son passé confédéré a néanmoins pesé sur sa mémoire : sa statue de Washington, seul monument confédéré en plein air de la capitale, a été abattue par des manifestants en juin 2020, avant d’être réinstallée en 2025.
Le refondateur du Rite écossais
Initié en 1850, Pike reçoit le 33e degré en 1857 et devient en 1859 Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de la Juridiction Sud, fonction qu’il exerce pendant trente-deux ans. Il entreprend une refonte complète des rituels des degrés du Rite écossais ancien et accepté, alors disparates et souvent pauvres, pour en faire un parcours philosophique cohérent, nourri de Kabbale, d’hermétisme et des religions de l’Antiquité.
Morals and Dogma of the Ancient and Accepted Scottish Rite of Freemasonry (1871) commente les trente-deux premiers degrés. Ouvrage touffu, qui emprunte largement à d’autres auteurs, notamment à Éliphas Lévi, il est remis aux maçons américains de la Juridiction Sud jusqu’en 1974. Pike consacre ses dernières années à l’étude des religions indo-iraniennes ; il repose aujourd’hui à la House of the Temple, siège du Suprême Conseil à Washington.
Victime du canular de Léo Taxil

À la fin du XIXe siècle, le mystificateur français Léo Taxil fait de Pike le prétendu chef d’une maçonnerie luciférienne, le « Palladisme ». Ces inventions, avouées par Taxil en 1897, continuent pourtant de circuler. Il en va de même de la lettre apocryphe adressée à Mazzini annonçant trois guerres mondiales : les historiens ont montré qu’elle dérive des fabrications de Taxil, et elle emploie des termes comme « fascistes » ou « nazisme », anachroniques en 1871.
Principaux ouvrages
- Prose Sketches and Poems Written in the Western Country, 1834
- Hymns to the Gods, poèmes
- Morals and Dogma of the Ancient and Accepted Scottish Rite of Freemasonry, Suprême Conseil de la Juridiction Sud, 1871
- Rituels révisés des degrés du Rite écossais ancien et accepté (Juridiction Sud)
Une figure majeure, entre héritage et légende noire
Albert Pike a façonné le Rite écossais ancien et accepté tel qu’il est pratiqué en Amérique du Nord et a donné à ses hauts grades une ambition philosophique qui inspire encore les maçons du monde entier. Morals and Dogma reste un monument, plus souvent cité que lu. Mais Pike est aussi devenu, malgré lui, la figure favorite de l’antimaçonnisme, de Taxil aux théories du complot contemporaines : distinguer l’homme réel, avec ses engagements contestables, de la légende forgée par ses adversaires est un exercice indispensable.
À lire sur 450.fm : Albert Pike : a-t-il réellement prédit la 3e guerre mondiale entre l’islam et le sionisme ?, Tour du monde des médias maçonniques du 22/09/26, Ici l’agent 008 demande sa liaison à la centrale pour causer d’athanor….
Voir aussi dans le glossaire : Albert Pike (antimaçonnisme), Suprême Conseil, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Affaire Léo Taxil (antimaçonnisme).

