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La vraie critique et le faux procès doivent être soigneusement distingués. Toute critique de la franc-maçonnerie n’est pas antimaçonnique. Il est légitime d’interroger ses pratiques, ses silences, ses sociabilités, ses rapports au pouvoir, ses contradictions internes, ses éventuels abus, ses dérives individuelles, son entre-soi ou sa difficulté à se faire comprendre du monde profane. Une institution humaine ne doit jamais se croire au-dessus de l’examen.
Le faux procès

Le faux procès commence lorsque la critique cesse d’établir des faits pour fabriquer une culpabilité globale. Il commence lorsque toute appartenance maçonnique devient suspecte par principe, lorsque la fraternité devient nécessairement réseau, lorsque le secret devient nécessairement complot, lorsque le symbole devient nécessairement code, lorsque l’engagement d’un frère devient preuve de la volonté de tous. La critique cherche la vérité. Le faux procès cherche la condamnation.
Cette distinction est capitale. Si toute objection est confondue avec de la haine, la défense de la franc-maçonnerie devient fragile et injuste. Mais si le faux procès est accepté sous prétexte de débat, la vérité est abandonnée aux faussaires. Il faut donc apprendre à reconnaître les critères. Y a-t-il des sources ? Les faits sont-ils vérifiables ? Les nuances sont-elles respectées ? Les personnes sont-elles distinguées des institutions ? La contradiction est-elle possible ? Si la réponse est non, nous sommes probablement dans le procès, non dans la critique.
La vraie critique
La vraie critique peut être sévère. Elle peut déranger. Elle peut obliger à regarder ce que l’on préfèrerait taire. Elle peut pointer des complaisances, des aveuglements, des fautes, des faiblesses institutionnelles. Elle est parfois nécessaire pour que la franc-maçonnerie reste fidèle à ses propres exigences. Une critique loyale n’est pas une attaque contre la lumière. Elle peut être un outil de rectification.
Le faux procès, au contraire, ne veut pas améliorer. Il veut salir. Il ne cherche pas à comprendre. Il cherche à confirmer une culpabilité déjà décidée. Il part de la conclusion et cherche les éléments capables de l’illustrer. Il transforme la nuance en complicité, la rectification en manœuvre, la contradiction en preuve supplémentaire. Il ne supporte pas que la franc-maçonnerie soit humaine, diverse, contradictoire. Il lui faut une essence noire.
La démarche maçonnique
La démarche maçonnique invite à cette exigence. Elle n’a rien à gagner à refuser la critique honnête. Celle-ci peut même l’aider à mieux se connaître, à corriger ses angles morts, à rendre sa fraternité plus digne d’elle-même. Mais elle doit refuser le faux procès, parce qu’il ne veut pas la vérité. Il fabrique une ombre.
Dans une perspective initiatique, cette distinction est une épreuve d’humilité. Il faut accepter d’être critiqué sans se croire persécuté. Il faut refuser d’être calomnié sans devenir sourd aux questions légitimes. L’équerre doit servir des deux côtés. Elle mesure la parole de l’accusateur, mais aussi la réponse de l’accusé. La vérité ne se défend bien qu’en restant fidèle à elle-même.
Voir aussi : Calomnie, Droit de réponse, Méthode critique, Antimaçonnisme, Désinformation, Zones grises, Mensonge.

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.
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