Serment (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le serment est l’un des objets les plus déformés de l’antimaçonnisme. Dans l’imaginaire du soupçon, il devient pacte inquiétant, lien d’obéissance absolue, instrument de silence forcé, engagement contre la société, voire alliance obscure.

Le sens inversé du serment

Le Serment du Jeu de paume

Le franc-maçon serait moins un homme engagé par sa parole qu’un être lié à une puissance supérieure, tenu de préférer ses frères à la loi commune, la loge à la patrie, le secret à la justice, l’obédience à la conscience.

Cette lecture inverse le sens du serment initiatique. Dans une démarche maçonnique, le serment engage d’abord la conscience de celui qui le prononce. Il appelle à la fidélité, à la discrétion, à la loyauté, à la rectitude, au respect d’une méthode et d’une fraternité. Il ne dispense jamais de la loi civile, de l’éthique personnelle ni de la responsabilité morale. Une parole donnée n’est pas une abdication. Elle est une exigence. Elle oblige celui qui parle à ne pas se séparer de ce qu’il promet.

L’antimaçonnisme ne comprend pas cette noblesse de l’engagement. Il ne voit dans la fidélité qu’un clan, dans la discrétion qu’une dissimulation, dans la parole donnée qu’une soumission. Le serment lui paraît nécessairement suspect, parce qu’il ne conçoit pas qu’un homme puisse s’obliger librement à devenir meilleur. Il transforme une discipline morale en chaîne. Il ne voit pas l’axe. Il imagine la prison.

Des formules anciennes

Le serment maçonnique a souvent été attaqué à cause de ses formules anciennes, parfois impressionnantes, parfois terribles dans leur expression symbolique. Les pénalités évoquées dans certains rites ont pu être lues littéralement par les adversaires des loges, qui y ont vu une preuve de violence cachée ou d’emprise. Cette lecture ignore la dimension symbolique, historique et dramatique du langage rituel. Le rite parle souvent par images fortes. Il grave dans la mémoire le sérieux de la parole donnée. Il n’annonce pas une exécution matérielle. Il marque le poids moral de l’engagement.

Il faut pourtant reconnaître que ces formulations peuvent troubler. Elles demandent explication, contextualisation, pédagogie. Une tradition initiatique ne doit pas supposer que les formes anciennes soient immédiatement comprises dans une société qui a perdu la familiarité avec les langages symboliques. L’antimaçonnisme se nourrit de ce décalage. Il lit littéralement ce qui relève du rite. Il transforme la solennité en menace, la dramaturgie en preuve, la parole symbolique en violence réelle.

Le poids de la parole

Le serment rappelle aussi une vérité oubliée. La parole engage. Dans un monde où les mots circulent vite, où les promesses se dissolvent, où l’engagement peut devenir simple posture, où la parole publique se dégrade parfois en bruit, le serment redonne au verbe un poids.

Il rappelle que dire, c’est déjà agir. Promettre, c’est se lier devant soi-même, devant les autres, et, pour ceux qui y croient, devant Dieu ou devant le Grand Architecte de l’Univers. La parole devient pierre d’angle.

Ce poids de la parole explique que le serment soit au cœur du soupçon. L’antimaçonnisme se demande toujours à quoi le maçon s’oblige. Que promet-il ? À qui se lie-t-il ? Quelle parole reçoit-il ? Quelle autorité reconnaît-il ? Ces questions peuvent être légitimes si elles sont posées avec sérieux. Elles deviennent antimaçonniques lorsqu’elles sont déjà résolues par l’accusation. Le frère serait nécessairement lié à un pouvoir secret. Son serment serait nécessairement contraire au bien commun. Sa discrétion serait nécessairement une trahison.

Une réponse nette

femme prestation serment

La réponse maçonnique doit être nette. Aucun serment ne peut légitimement couvrir une injustice, une corruption, une violence, une calomnie, un conflit d’intérêts, une faute pénale ou morale. La parole donnée n’est noble que si elle demeure au service du juste. Si un serment était invoqué pour protéger l’indigne, il trahirait sa propre vocation. Le serment initiatique ne peut pas abolir la conscience. Il doit l’aiguiser. Il ne peut pas contredire la loi commune. Il doit rendre celui qui le prononce plus attentif à la rectitude.

Le serment peut être dévoyé dans certaines organisations lorsqu’il devient instrument d’emprise, de silence coupable ou de protection abusive. C’est pourquoi il doit toujours être subordonné à la conscience droite, à la loi commune et à la dignité humaine. Il n’est pas une permission d’obéir aveuglément. Il est une invitation à répondre plus profondément de sa parole. Un serment qui détruirait la liberté intérieure ne serait plus initiatique. Il deviendrait servitude.

Une perspective initiatique

Dans une perspective initiatique, le serment n’est pas une chaîne. Il est un axe. Il ne retire pas l’homme au monde. Il l’oblige à s’y tenir plus droitement. Il ne l’enferme pas dans un clan. Il lui rappelle qu’une fraternité authentique ne vaut que si elle est ordonnée à la justice. Il ne le dispense pas de penser. Il l’oblige à penser avec plus de fidélité. L’antimaçonnisme y voit une soumission secrète. L’initiation y voit une éducation de la parole.

Le serment est donc l’un des lieux où se mesure la différence entre le regard du soupçon et le regard initiatique. Pour le soupçon, promettre, c’est se livrer. Pour l’initiation, promettre, c’est se tenir. Pour le soupçon, le silence est complicité.

Pour l’initiation, la discrétion est parfois garde de la profondeur. Pour le soupçon, la fraternité est clan. Pour l’initiation, elle doit être apprentissage de la justice.

La parole donnée

Cette entrée doit aussi rappeler que la parole donnée engage au-delà du Temple. Le maçon qui promet ne promet pas pour se retirer du monde. Il promet pour mieux y revenir. Le serment ne doit pas construire une séparation orgueilleuse entre initiés et profanes. Il doit former un homme plus attentif, plus loyal, plus responsable. S’il n’aboutit pas à cela, il devient une forme vide. S’il y conduit, il retrouve sa dignité de pierre fondatrice.

Voir aussi : Secret maçonnique, Accusation de secret, Double appartenance, Pacte satanique, Rite, Trahison, Catholicisme et franc-maçonnerie, Liberté de conscience.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

Pour aller plus loin

Glossaire de la franc-maçonnerie

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