Revue internationale des sociétés secrètes (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La Revue internationale des sociétés secrètes (RISS) occupe une place centrale dans l’histoire de l’antimaçonnisme catholique français du premier XXe siècle. Fondée en 1912 autour de Mgr Ernest Jouin et publiée jusqu’en 1939, elle devient l’un des grands lieux de cristallisation de l’antijudéo-maçonnisme. Elle ne se contente pas de dénoncer la franc-maçonnerie. Elle prétend l’étudier, la documenter, la classer, l’inscrire dans une vaste cartographie des forces supposées travailler contre l’Église, la nation, l’ordre chrétien et la civilisation traditionnelle.

Une méthode

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Son importance tient à sa méthode. La revue donne au soupçon l’apparence du dossier. Elle accumule les références, les notes, les traductions, les recensions, les noms, les filiations, les rapprochements. Elle transforme l’antimaçonnisme en travail d’archives militantes. La haine ne s’y exprime pas toujours sous la forme du cri. Elle prend parfois le ton du relevé, de l’analyse, de la compilation, de la preuve patiemment réunie. C’est précisément ce qui la rend redoutable. Le soupçon s’y habille de méthode.

La franc-maçonnerie y apparaît rarement seule. Elle est presque toujours prise dans une chaîne accusatoire plus vaste. Juifs, francs-maçons, bolcheviques, occultistes, libéraux, socialistes, révolutionnaires, républicains, libres penseurs ou modernistes peuvent être rapprochés dans une même dramaturgie de subversion.

Un atelier de fusion

La revue fonctionne comme un atelier de fusion. Elle relie l’antisémitisme, l’antimaçonnisme, l’antibolchevisme, l’anticommunisme, l’antilibéralisme et la peur de l’occultisme dans une seule vision du monde.

Ce glissement est essentiel. La franc-maçonnerie n’y est plus seulement accusée d’être secrète ou incompatible avec la doctrine catholique. Elle devient l’un des rouages d’un système mondial de dissolution. Le secret maçonnique est interprété comme stratégie. Le réseau fraternel devient infiltration. La liberté de conscience devient guerre contre Dieu. La République devient œuvre de loge. La modernité devient complot.

Le tournant de la Révolution russe

Flic guérisseur

La revue connaît un tournant décisif après la Révolution russe et la diffusion des Protocoles des Sages de Sion. Le thème du judéo-bolchevisme rejoint alors celui du judéo-maçonnisme. Le Juif, le franc-maçon et le révolutionnaire sont progressivement réunis dans un même imaginaire de l’ennemi intérieur et mondial. La Revue internationale des sociétés secrètes participe ainsi à donner une forme intellectuelle, documentaire et militante à cette mythologie de haine.

Il faut comprendre que cette revue n’est pas une simple curiosité d’archives. Elle appartient à une histoire longue des instruments de persécution symbolique. En classant, en nommant, en rapprochant, en publiant, elle contribue à installer une manière de lire le monde. Chaque crise devient indice. Chaque réforme devient manœuvre. Chaque association devient relais. Chaque symbole devient preuve. Le réel est plié à une grille préalable.

Le poids du titre

Son titre même mérite attention. Parler de sociétés secrètes permet de fondre des réalités très différentes dans une même catégorie suspecte. Une loge maçonnique, un cercle politique, un mouvement révolutionnaire, une association philosophique, une tradition ésotérique, une organisation juive fantasmée, tout peut être ramené au même registre de l’action cachée. Le mot secret devient une machine d’amalgame.

La Revue internationale des sociétés secrètes montre donc comment l’antimaçonnisme peut se donner l’apparence d’une science du caché. Elle prétend dévoiler les coulisses du monde. Mais ce dévoilement ne libère pas. Il enferme dans une lecture unique. Il ne cherche pas la vérité des faits. Il cherche la confirmation d’une certitude. Il ne distingue pas. Il agrège. Il ne comprend pas. Il accuse.

L’inversion de l’archive

Dans une perspective initiatique, cette revue représente l’inversion du travail de discernement. Là où l’étude devrait séparer les plans, elle les confond.

Là où l’archive devrait ouvrir la complexité, elle devient pièce à charge. Là où la recherche devrait accepter l’incertitude, elle reconduit toujours au même ennemi. Elle est un exemple parfait de cette fausse lumière qui prétend éclairer les profondeurs, mais qui ne fait qu’épaissir l’ombre.

L’entrée Revue internationale des sociétés secrètes est donc indispensable. Elle permet de comprendre comment un antimaçonnisme de combat s’est organisé en machine documentaire. Elle relie Mgr Ernest Jouin, la presse antimaçonnique, les Protocoles des Sages de Sion, le judéo-maçonnisme, le judéo-bolchevisme et les formes ultérieures de fichage idéologique. Elle montre que la légende noire ne vit pas seulement de rumeurs. Elle peut aussi produire des revues, des dossiers, des archives, des bibliographies, des classements. Le mensonge devient alors plus dangereux parce qu’il prend les habits du savoir.

Voir aussi : Jouin, Mgr Ernest, Presse antimaçonnique, Judéo-maçonnisme, Judéo-bolchevisme, Protocoles des Sages de Sion, Antisémitisme, Catholicisme et franc-maçonnerie, Faux documents, Méthode complotiste, Archives fantasmées.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

Pour aller plus loin

Glossaire de la franc-maçonnerie

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