Pape et franc-maçonnerie (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La relation entre papauté et franc-maçonnerie appartient à l’un des grands axes historiques de l’antimaçonnisme religieux. Depuis le XVIIIe siècle, plusieurs papes ont condamné l’appartenance maçonnique, en raison du secret, du serment, de la pluralité confessionnelle des loges, de la liberté de conscience, de l’autonomie morale du maçon et d’une incompatibilité doctrinale jugée profonde. La première grande condamnation pontificale intervient avec la bulle In eminenti apostolatus specula de Clément XII, publiée le 28 avril 1738. Benoît XIV confirme cette orientation avec Providas Romanorum Pontificum en 1751.

Humanum genus

tournage papesse

L’encyclique Humanum genus de Léon XIII, publiée le 20 avril 1884, constitue l’un des textes pontificaux majeurs de cette tradition de condamnation. Elle inscrit la franc-maçonnerie dans une vision du combat entre deux cités, l’une ordonnée à Dieu, l’autre présentée comme révoltée contre l’ordre chrétien. Ce texte a profondément marqué l’antimaçonnisme catholique moderne, car il fournit une architecture doctrinale à la dénonciation des loges. La franc-maçonnerie n’y est pas seulement critiquée comme association secrète. Elle devient le signe d’un ordre spirituel, moral, social et politique opposé à l’Église.

La Déclaration de 1983

La Déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 26 novembre 1983, signée par le cardinal Joseph Ratzinger et approuvée par Jean-Paul II, affirme que le jugement négatif de l’Église sur les associations maçonniques demeure inchangé, que leurs principes sont considérés comme inconciliables avec la doctrine de l’Église, et que les fidèles inscrits dans des associations maçonniques se trouvent en état de péché grave et ne peuvent recevoir la communion. Ce texte est important, car il maintient la position catholique au moment même où le nouveau Code de droit canonique de 1983 ne mentionne plus explicitement la franc-maçonnerie par son nom.

Position pontificale et polémique

Il faut cependant distinguer la position pontificale, qui relève de la discipline et de la doctrine catholiques, des usages antimaçonniques qui peuvent en être faits. Une condamnation ecclésiale ne justifie ni les fantasmes de satanisme, ni le mythe du gouvernement occulte, ni les amalgames judéo-maçonniques, ni les calomnies politiques. Le problème commence lorsque le désaccord religieux devient diabolisation, lorsque la règle interne d’une Église devient arme de soupçon contre toute une tradition initiatique.

Cette distinction est essentielle. L’Église catholique a le droit de définir sa propre doctrine et de déterminer ce qu’elle juge compatible ou non avec l’appartenance de ses fidèles. La franc-maçonnerie a le droit de contester cette lecture, de défendre sa nature initiatique, symbolique et philosophique, et de rappeler qu’elle ne se réduit ni à l’athéisme, ni à l’anticléricalisme, ni à une religion parallèle.

Entre ces deux ordres, la tension existe. Elle doit être regardée avec lucidité. Mais elle ne doit jamais être livrée aux faussaires du sens.

L’antimaçonnisme polémique

les papes bandeau

L’antimaçonnisme polémique s’engouffre souvent dans cette tension. Il transforme la condamnation doctrinale en preuve que la franc-maçonnerie serait nécessairement démoniaque, antichrétienne, destructrice ou secrètement politique. Il substitue à la question théologique une dramaturgie de l’ennemi. Il ne cherche pas à comprendre la différence entre incompatibilité doctrinale et accusation criminelle. Il préfère faire du maçon un adversaire absolu.

Penser la tension

Pour une lecture maçonnique, cette entrée invite à penser la tension entre deux ordres. L’Église catholique parle depuis une foi révélée, une autorité magistérielle, une tradition dogmatique et une cohérence sacramentelle. La franc-maçonnerie parle depuis une initiation symbolique, une pluralité d’approches spirituelles ou philosophiques, une liberté de conscience et un travail intérieur. Le conflit existe, mais il n’est pas nécessaire de le convertir en guerre mythologique.

Il existe aussi des histoires personnelles plus complexes que les condamnations institutionnelles. Des hommes issus de cultures catholiques ont rejoint les loges. Des francs-maçons ont gardé une foi chrétienne. Des catholiques ont dialogué avec des maçons. Des tensions, des ruptures, des fidélités douloureuses ont traversé les consciences. L’histoire humaine est plus nuancée que les formules.

Pas d’anticatholicisme

La réponse maçonnique ne doit donc pas être l’anticatholicisme. Elle doit être la clarté. Respecter l’Église dans son droit à définir sa doctrine. Refuser que cette doctrine soit utilisée comme prétexte à la calomnie. Distinguer la foi de l’instrumentalisation politique. Distinguer la critique religieuse de la légende noire. Distinguer la liberté de conscience de l’hostilité au sacré.

Dans le Temple, cette tension peut être méditée comme une question de parole. Qui parle au nom de la vérité ? Comment une conscience reçoit-elle une autorité ? Jusqu’où peut-elle consentir sans se renier ? Comment tenir ensemble fidélité et liberté ? L’antimaçonnisme veut transformer ces questions en accusation. L’initiation les transforme en travail.

Voir aussi : Église catholique, Humanum genus, Droit canonique, Excommunication, Liberté de conscience, Catholicisme et franc-maçonnerie, Cléricalisme.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

Pour aller plus loin

Glossaire de la franc-maçonnerie

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