Maçonnerie et Révolution française (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La Révolution française est l’un des foyers majeurs du soupçon antimaçonnique. Dès la fin du XVIIIe siècle, des auteurs contre-révolutionnaires ont cherché dans les loges, les sociétés de pensée, les philosophes, les encyclopédistes et les Illuminés de Bavière l’explication secrète de 1789. La Révolution ne serait plus alors un événement né de crises politiques, fiscales, sociales, religieuses, intellectuelles et institutionnelles multiples. Elle serait l’exécution d’un plan. L’histoire deviendrait un procès.

Une puissance narrative

Grenoble cable cars view from Bastille

Cette lecture possède une grande puissance narrative. Elle explique tout. Elle donne un auteur caché à l’effondrement de l’Ancien Régime. Elle évite de regarder les dettes de la monarchie, les impasses fiscales, les tensions entre ordres, les aspirations à la représentation, la crise de l’autorité, les fractures religieuses, la circulation des idées, les famines, les violences sociales, les inquiétudes populaires. Au lieu de regarder un monde ancien se fissurer sous le poids de ses contradictions, elle désigne un complot. L’explication devient accusation.

Le lien entre franc-maçonnerie et Révolution doit être pensé avec nuance. Des francs-maçons ont participé à la Révolution. Des loges ont été des lieux de sociabilité où circulaient des idées de réforme, de tolérance, de vertu civique, de discussion, d’égalité symbolique et de dignité humaine. Certaines formes de sociabilité maçonnique ont pu habituer des hommes à débattre, à voter, à travailler ensemble au-delà des hiérarchies ordinaires. Mais cette présence ne fait pas de la franc-maçonnerie le poste de commandement de 1789.

L’architecte noir de la Révolution

L’antimaçonnisme a besoin d’un architecte noir de la Révolution. Il ne peut admettre qu’un événement aussi immense soit né d’une pluralité de causes. Il lui faut des serments secrets, des correspondances dissimulées, des ordres transmis dans l’ombre, une architecture invisible. Ainsi, la maçonnerie devient moins un acteur parmi d’autres qu’un deus ex machina négatif. Le réel est remplacé par une scène de théâtre, où les peuples ne sont plus que des figurants et les loges les véritables metteurs en scène.

La méthode est toujours la même. On prend des francs-maçons présents dans la Révolution.

On constate que des idées de liberté, d’égalité, de fraternité ou de réforme ont circulé dans certains milieux maçonniques. On oublie que ces idées circulaient aussi dans les salons, les académies, les sociétés de lecture, les clubs, les journaux, les correspondances, les universités, les paroisses, les armées et les administrations. Puis l’on transforme une circulation culturelle en direction occulte.

Influence, participation et commandement

place de la Bastille

Il faut distinguer influence, participation et commandement. Une influence intellectuelle ne prouve pas une manipulation. Une participation individuelle ne prouve pas un ordre collectif. Une proximité de langage ne prouve pas une conspiration. La Révolution française a mobilisé des hommes venus de mondes très différents. Certains étaient maçons, d’autres non. Certains maçons furent révolutionnaires, d’autres monarchistes, modérés, prudents, opposés à la Terreur, hostiles au désordre ou simplement emportés par la tourmente.

Une lecture initiatique et historique refuse donc la clé unique. La Révolution française fut à la fois un chaos, une promesse, une violence, une espérance, une rupture, une tragédie et une fondation. Elle porta les droits de l’homme et la Terreur, l’émancipation et la guerre civile, la souveraineté populaire et les exclusions, la chute des privilèges et l’instabilité politique. Elle ne se laisse pas enfermer dans une seule cause, encore moins dans un complot maçonnique.

La franc-maçonnerie y apparaît comme l’un des lieux de formation des consciences modernes. Elle a pu préparer des hommes à une culture de la parole, de l’élection, de la fraternité, de l’égalité symbolique, de la réflexion morale. Mais elle n’a pas écrit l’histoire dans l’ombre. L’antimaçonnisme transforme un foyer de sociabilité en quartier général secret. Cette transformation est une falsification de méthode.

La dignité du réel

Le grand enjeu est la dignité du réel. Dire que la Révolution fut maçonnique par essence revient à retirer au peuple sa capacité d’agir. C’est refuser que des hommes et des femmes aient pu vouloir la justice, la représentation, la fin des privilèges, la liberté civile, la souveraineté nationale. C’est réduire les douleurs d’un pays à un scénario de cabinet noir. L’histoire mérite mieux que cette nuit volontaire.

Dans le Temple, le symbole ne remplace pas l’histoire. Il aide à la méditer. La Révolution française peut être lue comme un chantier immense, traversé de pierres mal taillées, de colonnes brisées, de lumières violentes et d’ombres profondes. La maçonnerie y fut présente comme une part de l’air du temps, non comme la main unique.

La pensée du soupçon cherche un maître caché. L’histoire cherche des causes, des hommes, des contradictions et des passages.

Voir aussi : Abbé Augustin Barruel, Jacobinisme, Contre-révolution, Illuminati, Lumières, Sociétés de pensée, Révolution française, Clubs révolutionnaires.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

Pour aller plus loin

Glossaire de la franc-maçonnerie

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