Franco (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Francisco Franco Bahamonde, 1892-1975, militaire et homme d’État espagnol, chef du camp nationaliste à partir de 1936 pendant la guerre civile espagnole, puis dirigeant de l’État espagnol de 1939 jusqu’à sa mort, occupe une place majeure dans l’histoire de l’antimaçonnisme d’État au XXe siècle. Chez lui, l’hostilité envers la franc-maçonnerie ne fut ni un thème secondaire de propagande, ni une simple survivance idéologique. Elle devint l’un des axes structurants du franquisme, au même titre que l’anticommunisme, le national-catholicisme et la lutte contre tout ce que le régime désignait comme l’anti-Espagne.

La franc-maçonnerie dans l’imaginaire franquiste

FrancoHuardCLIPSASJeunesse

Dans l’imaginaire franquiste, la franc-maçonnerie était présentée comme une puissance étrangère, libérale, antichrétienne, républicaine, cosmopolite et destructrice de l’unité espagnole. Elle était fréquemment amalgamée au communisme et au judaïsme dans la figure du complot judéo-maçonnique-communiste. Ce mythe permettait de relier en une seule accusation la République, la laïcité, les Lumières, les réformes sociales, l’ouverture internationale, l’anticléricalisme, l’égalité civique et tout ce que le régime voulait extirper du corps national.

L’antimaçonnisme franquiste fonctionne comme une religion politique de la purification. Il ne cherche pas à comprendre la franc-maçonnerie espagnole dans sa diversité réelle, ni son rôle historique dans certains milieux libéraux, républicains ou modernisateurs. Il la transforme en principe du mal politique.

Dans ce récit, la guerre civile n’est plus seulement un affrontement entre forces sociales, politiques, militaires et religieuses. Elle devient une croisade contre une conspiration cachée. La franc-maçonnerie est alors désignée comme l’un des visages de cette conspiration.

La loi de répression de 1940

Cette obsession se traduisit en droit. La Loi pour la répression de la franc-maçonnerie et du communisme, promulguée le 1er mars 1940, donna au régime un cadre spécial pour poursuivre francs-maçons et communistes. Elle s’ajoutait à la Loi des responsabilités politiques de et permit saisies de biens, sanctions économiques, emprisonnements, exclusions, condamnations et morts civiles. La création d’un tribunal spécial chargé de la répression de la franc-maçonnerie et du communisme entraîna le jugement de milliers d’Espagnols. Le soupçon n’était plus seulement un discours. Il devenait appareil judiciaire.

Francisco Franco ne combattait donc pas seulement des adversaires politiques. Il construisait une mythologie de purification nationale. Le franc-maçon devenait l’homme à extirper, non parce qu’il avait nécessairement commis un crime réel, mais parce qu’il incarnait, aux yeux du régime, la République, la laïcité, le libéralisme, la liberté de conscience, l’ouverture internationale et l’indépendance de l’esprit. L’antimaçonnisme franquiste montre ainsi comment une rumeur ancienne peut devenir loi, fichier, tribunal, spoliation, prison et effacement mémoriel.

Une obsession personnelle

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La dimension personnelle de cette obsession a souvent été relevée. Le frère de Franco, Ramón Franco Bahamonde, aviateur célèbre, républicain, esprit libre et figure politiquement dérangeante, est couramment présenté comme ayant appartenu à la franc-maçonnerie. Le père de Franco, Nicolás Franco Salgado-Araújo, officier de marine, est également décrit par plusieurs récits historiques comme proche de la franc-maçonnerie, même si ce point demande davantage de prudence selon les sources. Cette donnée familiale ne suffit évidemment pas à expliquer seule l’antimaçonnisme franquiste, mais elle éclaire son intensité particulière.

Chez Francisco Franco, surnommé El Caudillo (« Le Caudillo »), El Generalísimo (« Le Généralissime »), « El tío Paco » (« L’oncle Paco» diminutif de Francisco), la haine des loges semble se nouer à la fois à une idéologie de régime, à une vision national-catholique du monde et à une histoire intime travaillée par le rejet de figures familiales qu’il considérait comme étrangères à l’ordre qu’il entendait incarner.

Ce point mérite d’être formulé avec mesure. Il serait trop simple de réduire l’antimaçonnisme de Franco à un règlement de comptes familial. Le franquisme s’inscrit dans une histoire beaucoup plus large, celle de l’Espagne catholique contre l’Espagne libérale, de la contre-révolution contre la République, de l’armée contre les forces de gauche, du national-catholicisme contre la liberté de conscience. Mais l’existence, réelle ou supposée, de francs-maçons dans l’entourage familial de Franco ajoute une profondeur psychologique à cette haine. La franc-maçonnerie n’est pas seulement un ennemi doctrinal. Elle devient aussi, dans son imaginaire, le signe d’une trahison intime, d’une insoumission proche, d’une altérité logée jusque dans la famille.

La violence de la répression

Là se trouve l’un des traits les plus inquiétants de l’antimaçonnisme franquiste. Il ne combat pas seulement une institution extérieure. Il voit la franc-maçonnerie comme une contamination intérieure. Elle serait partout où l’Espagne officielle ne parvient pas à imposer son unité. Dans l’armée, dans l’université, dans la République, dans les réseaux libéraux, dans les familles, dans les mémoires, dans les consciences. Le franc-maçon n’est plus seulement un adversaire. Il devient un corps étranger au sein même de la nation.

Cette logique explique la violence de la répression. Interdire les loges ne suffisait pas. Il fallait poursuivre les personnes, saisir les archives, inventorier les noms, punir les appartenances passées, détruire les réseaux réels ou imaginaires, effacer la mémoire. Le franquisme voulait non seulement empêcher l’activité maçonnique, mais aussi délégitimer symboliquement tout ce que la franc-maçonnerie représentait à ses yeux. Une Espagne plurielle. Une Espagne républicaine. Une Espagne de liberté de conscience. Une Espagne capable de penser l’État autrement que comme prolongement de l’unité catholique et militaire.

La leçon est redoutable. Lorsque l’antimaçonnisme devient doctrine d’État, il cesse d’être seulement un discours de peur. Il devient une machine administrative de persécution. Franco rappelle que le soupçon, lorsqu’il trouve un pouvoir pour le servir, ne se contente plus de calomnier le Temple. Il en ferme les portes, en saisit les archives, en poursuit les frères, en détruit les traces et tente d’effacer jusqu’à leur mémoire.

Une lecture initiatique

Dans une lecture initiatique, Franco incarne l’exact contraire de la liberté intérieure. Son antimaçonnisme ne vise pas seulement des loges, il vise la possibilité même d’un espace où l’homme puisse se réunir, parler, chercher, transmettre et travailler sur lui-même en dehors du contrôle de l’État, de l’armée et de l’Église officielle. Le Temple devient suspect parce qu’il maintient une réserve de conscience. Pour un pouvoir qui veut tout tenir, cette réserve est insupportable.

La franc-maçonnerie n’a pas été persécutée par Franco parce qu’elle aurait gouverné secrètement l’Espagne. Elle l’a été parce qu’elle symbolisait une Espagne autre, une Espagne de pluralité, d’émancipation, de modernité, de liberté de conscience et de fraternité choisie. C’est pourquoi son nom fut associé au communisme, au judaïsme, au libéralisme, à la République et à toutes les figures de l’anti-Espagne. L’amalgame n’avait pas besoin d’être cohérent. Il devait seulement être efficace.

Franco demeure ainsi l’un des exemples les plus nets du passage de l’antimaçonnisme comme imaginaire à l’antimaçonnisme comme pouvoir. Le soupçon y devient loi. La peur y devient tribunal. La rumeur y devient sanction. Le mythe du complot judéo-maçonnique-communiste y devient instrument de gouvernement. Et l’histoire nous rappelle, avec gravité, qu’il suffit parfois d’un État pour transformer les fantômes du soupçon en réalités de persécution.

Voir aussi : Fascisme, Guerre d’Espagne, Dictatures, National-catholicisme, Complot judéo-maçonnique, Persécutions.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

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