Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
Vous avez un code promo ?

Henry Coston, né Henry Georges Coston le 20 décembre 1910 à Paris et mort le 26 juillet 2001 à Caen, est une figure majeure de l’antisémitisme et de l’antimaçonnisme français du XXe siècle. Journaliste, éditeur, essayiste, militant d’extrême droite, collaborationniste sous l’Occupation, il occupe une place singulière dans la fabrique documentaire du soupçon. Il n’est pas seulement un pamphlétaire. Il est l’un de ceux qui ont donné à l’obsession antijudéo-maçonnique la forme du fichier, du dictionnaire, de la notice, de la liste, du dossier, de la cartographie d’influence.
Un itinéraire nationaliste et antisémite

Son itinéraire commence très tôt dans les milieux monarchistes, nationalistes et antisémites. Jeune militant proche de l’Action française, il fonde dès 1928 La Contre-Révolution, revue antisémite, anticommuniste et antimaçonnique. Dans les années 1930, il se réclame explicitement de l’héritage d’Édouard Drumont, reprend le titre La Libre Parole, participe à des réseaux fascisants, entretient des contacts avec la propagande antisémite allemande et fait de la lutte contre les Juifs et les francs-maçons l’un des axes constants de son engagement. Sous l’Occupation, son rôle devient plus grave encore. Vice-président de l’Association des journalistes anti-juifs, collaborateur de La France au travail, il fonde en 1941 le Centre d’action et de documentation, orienté vers la propagande antisémite et l’information antimaçonnique.
Il dirige le Bulletin d’information antimaçonnique jusqu’en 1944, puis le Bulletin d’information sur la question juive. Il collabore aussi à Documents maçonniques, organe emblématique de l’antimaçonnisme vichyste. Après la Libération, il est arrêté, poursuivi pour collaboration, condamné aux travaux forcés à perpétuité en 1948, puis bénéficie d’une grâce médicale en 1951 et d’une grâce définitive en 1955.
L’après-guerre et les fichiers
L’après-guerre ne marque pas une rupture de fond, mais une transformation de style. Henry Coston reprend son activité d’éditeur et de journaliste à travers La Librairie française, fondée par son épouse Gilberte en 1952, puis la revue Lectures françaises, lancée en 1957 avec Michel de Mauny et Pierre-Antoine Cousteau. Il continue d’y développer une lecture politique fondée sur la dénonciation des réseaux, de la haute finance, des francs-maçons, des Juifs et des puissances d’influence. La Librairie française devient un lieu important de diffusion d’ouvrages d’extrême droite, antimaçonniques, nationalistes ou conspirationnistes.
Son Dictionnaire de la politique française, publié en plusieurs volumes à partir des années 1960, lui donne une postérité paradoxale. Il est abondamment consulté pour ses notices, ses noms, ses réseaux, ses références, tout en demeurant profondément marqué par sa vision idéologique. C’est ici que Henry Coston devient particulièrement intéressant pour cet abécédaire. Il montre que l’antimaçonnisme ne prend pas toujours la forme d’un cri. Il peut prendre la forme d’un outil.
Un dictionnaire, une fiche, une archive, une notice biographique peuvent devenir des instruments de soupçon lorsque la méthode documentaire est orientée par une obsession préalable. Le Monde rappelait à sa mort qu’il était considéré par certains comme « l’archiviste de la droite nationale » et qu’il fut tenu comme un auteur de référence dans une partie de l’extrême droite.
Pierre Assouline lui a consacré en octobre 1991, dans L’Histoire, un article intitulé « Henry Coston, itinéraire d’un antisémite ». Cette formule dit l’essentiel. Henry Coston ne change pas vraiment de matrice au fil des décennies. Il adapte ses supports, ses stratégies, ses réseaux, ses formulations. Mais le cœur reste identique, expliquer la décadence française et occidentale par l’action supposée d’un ennemi intérieur mêlant Juifs, francs-maçons, finance, presse, République et modernité politique.
Antimaçonnisme et antisémitisme indissociables

Son antimaçonnisme est inséparable de son antisémitisme. Il ne faut donc pas le lire comme un simple adversaire des loges.
Il appartient à cette lignée de l’antijudéo-maçonnisme français où la franc-maçonnerie sert de second visage au même récit de dépossession. Le Juif serait la finance, le cosmopolitisme, l’influence invisible. Le franc-maçon serait le réseau, le secret, la République, la laïcité, l’infiltration. Ensemble, ils forment dans son imaginaire une puissance souterraine censée expliquer la perte de la France traditionnelle.
Cette structure est dangereuse parce qu’elle se pare d’archives. Chez Henry Coston, la haine ne s’exprime pas seulement par l’invective. Elle se donne la patience du classement. Elle accumule les noms. Elle prétend dévoiler les appartenances. Elle cartographie. Elle relie. Elle fabrique une impression de preuve par l’abondance. Or l’abondance documentaire n’est pas la vérité lorsque le regard qui classe est déjà captif d’un récit de persécution.
L’inversion de l’archiviste
Dans une lecture maçonnique, Henry Coston représente l’inversion de l’archiviste. L’archive devrait aider à comprendre. Chez lui, elle sert souvent à désigner. Le document devrait ouvrir la complexité. Il devient pièce à charge. Le dictionnaire devrait distinguer. Il devient parfois tribunal alphabétique. Le travail de l’abécédaire doit précisément reprendre cette matière à l’envers, non pour dresser de nouvelles listes de haine, mais pour comprendre comment la liste elle-même peut devenir une arme.
Henry Coston doit donc figurer parmi les grandes figures de l’antimaçonnisme français contemporain.
Non comme un penseur profond, mais comme un producteur durable d’outils de soupçon. Il incarne la continuité entre Drumont, Vichy, la presse antimaçonnique, les dictionnaires d’extrême droite et certaines formes plus récentes de cartographie conspirationniste. Sa leçon est sombre. Le mensonge le plus efficace n’est pas toujours celui qui hurle. Il peut se présenter sous forme de fiche, de dossier, de notice, de bibliographie. Il peut porter la livrée de l’archive tout en demeurant prisonnier de la nuit.
Voir aussi : Édouard Drumont, Vichy, Presse antimaçonnique, Documents maçonniques, Revue internationale des sociétés secrètes, Judéo-maçonnisme, Faits et Documents, Emmanuel Ratier, Méthode complotiste, Archives fantasmées.

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.
Pour aller plus loin

