Le mot du lundi du Vénérable Maître : « La première Loge sapiomaçonnique allume ses feux en France »

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Mes très chères Sœurs, mes très chers Frères, mes très intelligents futurs candidats,
Face aux éternelles questions que pose la mixité en Loge — questions qui semblent parfois plus compliquées à résoudre que le mystère du Mot perdu, la quadrature du cercle et le choix du menu d’agape — notre Vénérable a pris une décision historique. Il vient de créer, en France, la première Loge sapiomaçonnique.

L’objectif est simple : en finir définitivement avec les sous-entendus, les malentendus, les regards prolongés, les « je voulais simplement te parler de ta planche » à 23 h 42, les chaînes d’union soudain beaucoup trop chaleureuses et les débats fraternels qui se prolongent mystérieusement au bar voisin, longtemps après la fermeture des travaux.

Dans cette nouvelle Loge, l’unique attirance admise sera celle de l’intelligence. Rien que l’intelligence.

Et, naturellement, une petite admiration pour la qualité d’une bibliographie correctement mise en forme.

Sapiosexuel, sapiofraternel… et finalement sapiomaçonnique

Tout le monde connaît désormais le terme « sapiosexuel » : il désigne une personne attirée, sur le plan affectif ou amoureux, par l’intelligence d’autrui avant toute autre chose. Chez nous, il fallait aller plus loin. Notre Vénérable a d’abord envisagé le mot sapiofraternel : une attirance profonde pour l’intelligence fraternelle, mais trop de candidats auraient été recalés. Le terme avait pourtant de belles qualités, une promesse irréalisable en somme. Il sonnait bien. Il évoquait la Lumière, la pensée, l’élévation de l’âme et la possibilité d’être bouleversé par une citation correctement sourcée.

Mais après débat, trois commissions, deux réunions de préparation, un échange de courriels de dix-sept pages et une intervention passionnée du Frère Orateur sur la différence entre « fraternité », « fraternel » et « fraternellement vôtre », le choix s’est porté sur le terme sapiomaçonnique. La Loge sapiomaçonnique sera donc ouverte à toutes et à tous, quels que soient le genre, l’identité, l’orientation, l’apparence, la fonction, le grade, le nombre de cordons ou le niveau de compétence au moment de connecter un ordinateur au vidéoprojecteur. À une condition : n’être attiré que par l’esprit. Et surtout pas par les autres membres de l’atelier. Enfin, pas autrement que par leur capacité à expliquer sans trembler la différence entre une pierre brute et une pierre cubique à pointe.

Le Point G : une affaire strictement géométrique

Afin d’éviter toute confusion, le règlement intérieur de la nouvelle Loge précise que la seule attirance autorisée devra concerner le Point G. Et que les esprits mal placés se calment immédiatement. Il s’agit évidemment du Point de Géométrie, celui qui est observé, validé et, lorsque la connexion céleste est suffisamment stable, transmis par le G… ADLU. Aucune interprétation profane ne sera tolérée. Toute personne surprise à sourire au moment où le Vénérable parlera du Point G sera immédiatement convoquée par une commission d’éthique, de géométrie et de refroidissement des passions. Elle devra produire une planche de 33 pages intitulée :

« Du Point de Géométrie à la verticalité de l’âme : éléments pour une purification du regard dans l’espace sacré. »

La planche devra naturellement être lue sans rougir. Ce qui, dans certains cas, constituera la première vraie épreuve initiatique.

Des enquêtes renforcées

Pour garantir le sérieux de cette ambition, les enquêtes traditionnelles seront profondément modernisées. Finies les simples questions sous le bandeau à propos des motivations du candidat, son rapport à la liberté, à la fraternité, à la tolérance et à la recherche de vérité. À la Loge sapiomaçonnique, les enquêteurs devront poser la question essentielle :

« Mon cher candidat, êtes-vous attiré par les êtres humains, ou uniquement par leurs notes de bas de page ? »

Le candidat devra répondre avec calme :

« Je ne ressens une émotion profonde que devant une bibliographie vérifiée et une pensée structurée. »

Mais, car il est facile de mentir, la Loge a prévu un dispositif scientifique, rigoureux et incontestable : les nouveaux tests sous casque de réalité virtuelle. Un tablier spécial à clochettes a été créé pour l’occasion. Il remplacera le traditionnel bandeau lors d’une partie des épreuves préliminaires. Le candidat sera placé sous casque VR et confronté à plusieurs scènes hautement troublantes :

  • Une personne qui cite Platon sans confondre Le Banquet et La République.
  • Un Frère ou une Sœur qui donne la parole aux Apprentis sans les interrompre.
  • Une planche de quinze minutes, claire, sourcée, personnelle et sans citation apocryphe.
  • Une tenue entière sans que personne ne consulte son téléphone.
  • Un Trésorier qui annonce que tous les comptes sont équilibrés.
  • Un Maître des Banquets qui a prévu une option végétarienne digne de ce nom.
  • … et quelques scènes suggestives entre membres de l’Atelier

Ces scènes peuvent provoquer chez certaines personnes une émotion intellectuelle intense. La Loge ne le nie pas. Mais elle souhaite s’assurer que cette émotion reste strictement spirituelle.

Le tablier à clochettes

C’est ici que la procédure devient remarquable. Durant le passage sous casque, le candidat sera revêtu d’un tablier de profane spécialement conçu, muni de petites clochettes très sensibles. La règle est simple : aucune clochette ne devra émettre le moindre son, pendant les scènes dites « suggestives ». Pas un tintement. Pas un frémissement. Pas même un léger « cling » de curiosité profane.

Si les clochettes restent parfaitement silencieuses lorsque le candidat découvre une conférence sur la symbolique de l’équerre ou un débat rigoureux sur la différence entre tradition et traditionalisme, alors sa candidature pourra suivre son cours. Il aura prouvé qu’il n’est pas motivé par la chair. Il n’est pas motivé par le pouvoir. Il n’est pas motivé par le désir de porter un sautoir plus large que celui du voisin. Il est motivé uniquement par l’esprit spirituel, la pensée élevée et la passion froide de la géométrie sacrée. En cas de tintement, même discret, le candidat ne sera pas rejeté. La Loge reste fraternelle. Il sera orienté vers un atelier de réflexion intitulé :

« De l’émotion initiatique à la vibration des clochettes : pour une approche responsable du désir de connaissance. »

Enfin une Loge sans problèmes humains

Grâce à cette innovation, la Loge sapiomaçonnique devrait permettre d’en finir avec les difficultés relationnelles qui agitent parfois les ateliers mixtes. Plus de séduction. Plus de jalousie. Plus de regard ambigu au moment de la chaîne d’union. Plus de Frère qui propose très généreusement de raccompagner une Sœur « parce qu’il habite dans la même direction », alors qu’il vit à 38 kilomètres dans le sens opposé. Plus de Sœur qui annonce qu’elle vient uniquement pour le travail symbolique, puis découvre soudain que le nouveau Frère est spécialiste de Jung, célibataire, cultivé et capable d’installer une étagère sans appeler quelqu’un. Tout sera réglé.

Les membres s’aimeront uniquement pour la pureté de leurs références, la tenue de leurs raisonnements et leur capacité à parler de l’alchimie sans prononcer « énergie quantique » toutes les trois phrases. Enfin, théoriquement. Car il faut rappeler une vérité éternelle : un tablier ne transforme pas automatiquement un être humain en ange de la connaissance.

Avec tablier ou sans tablier, avec casque VR ou sans casque VR, avec Point G géométrique ou sans Point G géométrique, les êtres humains restent des êtres humains.

Et, soyons honnêtes, surtout les Frères.

Votre Vénérable sapiomaçonnique,
qui vous aime… intellectuellement, bien entendu.

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Alexandre Jones
Alexandre Jones
Passionné par l'Histoire, la Littérature, le Cinéma et, bien entendu, la Franc-maçonnerie, j'ai à cœur de partager mes passions. Mon objectif est de provoquer le débat, d'éveiller les esprits et de stimuler la curiosité intellectuelle. Je m'emploie à créer des espaces de discussion enrichissants où chacun peut explorer de nouvelles idées et perspectives, pour le plaisir et l'éducation de tous. À travers ces échanges, je cherche à développer une communauté où le savoir se transmet et se construit collectivement.

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