À l’Assemblée nationale, la mémoire des Francs-Maçons qui ont fait la République reprend la parole

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Le 7 novembre 2026, La Plume et la Pensée, revue maçonnique numérique de la Libre Pensée, réunira à l’Assemblée nationale un remarquable plateau d’intervenants autour d’une question qui, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, prend une résonance particulière : que devons-nous encore aux Francs-Maçons qui contribuèrent à bâtir, défendre et parfois sauver la République ? De Maria Deraismes à Félix Éboué, en passant par Jean Macé, Adolphe Crémieux, Gambetta ou Jean Zay, il ne s’agira pas de dresser un panthéon maçonnique, mais de restituer une mémoire civique dont notre temps paraît avoir grand besoin.

Il est des colloques dont le titre vaut déjà programme

Celui que La Plume et la Pensée organisera le samedi 7 novembre 2026, de 9 heures à 17 heures, à l’Assemblée nationale, porte une formule aussi simple que chargée d’histoire :

« Des Francs-Maçons qui ont fait la République. »

Le lieu n’est évidemment pas indifférent

Réunir sous les ors de la représentation nationale celles et ceux qui viendront évoquer dix grandes figures des combats républicains revient à faire dialoguer la mémoire avec l’institution qu’elle a contribué à façonner.

La République n’est jamais un héritage définitivement acquis

La thématique aurait déjà été légitime en toute époque ; elle acquiert aujourd’hui une acuité singulière. La France est entrée dans cette longue séquence préélectorale qui conduira à l’élection présidentielle de 2027, et chacun mesure combien les mots de République, de laïcité, de liberté, d’égalité, de fraternité, d’école publique, de justice sociale ou de citoyenneté sont invoqués, disputés, parfois détournés, alors même que grandissent la défiance démocratique, les crispations identitaires, les fractures sociales et les tentations de réduire l’adversaire politique à un ennemi.

C’est précisément dans ces moments que l’histoire devient autre chose qu’un décor

Elle oblige. Se souvenir de ceux qui ont fait la République ne signifie pas chercher dans le passé des recettes toutes faites pour notre présent, mais retrouver la généalogie de principes que l’habitude finit parfois par rendre invisibles. La République française ne s’est pas levée un matin, achevée et parfaite ; elle fut conquise, perdue, rétablie, combattue, approfondie, et chaque génération dut reprendre l’ouvrage.

Maria-Deraismes

Le titre du colloque ne doit donc pas être entendu comme une revendication corporatiste selon laquelle les Francs-Maçons auraient, à eux seuls, « fait » la République. L’histoire serait alors réduite à une légende d’atelier. Ils furent cependant nombreux, souvent aux avant-postes, parmi les femmes et les hommes qui travaillèrent à l’émancipation des consciences, à l’instruction publique, à la laïcisation de l’État, à la conquête des libertés, au progrès social ou, dans les heures les plus sombres, au refus de l’asservissement. Là réside tout l’intérêt de cette journée : replacer la présence maçonnique dans la grande histoire collective plutôt que substituer une mythologie à une autre.

Dix figures pour parcourir près de deux siècles de combats

Le programme compose à cet égard une véritable traversée de la République. Maria Deraismes sera évoquée par Sylvain Zeghni, ancien Grand Maître National de la Fédération française du DROIT HUMAIN, obédience dont Deraismes fut, avec Georges Martin, l’une des figures fondatrices. La présence de cette femme de lettres, féministe, libre penseuse et pionnière de la mixité maçonnique rappelle opportunément que la République ne s’est pas seulement construite dans les assemblées parlementaires, mais aussi dans le long combat pour l’égalité des sexes et l’émancipation humaine.

''Louise Michel'' de Marie-Hélène Baylac (Perrin, 2024)
Louise Michel
Gaston Monnerville

Louise Michel, l’insoumise de la Commune, sera présentée par Cécile Tabarin, tandis que Gaston Monnerville trouvera en Guy Arcizet un passeur particulièrement qualifié : médecin et ancien Grand Maître du Grand Orient de France, celui-ci connaît intimement cette tradition maçonnique républicaine où l’engagement dans la Cité ne saurait être séparé de l’exigence humaniste.

Avec Jean Macé, confié à Jean-Michel Ducomte, le colloque touchera à l’une des matrices essentielles de la République : l’éducation. Juriste, spécialiste de droit public et de laïcité, longtemps président de la Ligue de l’enseignement fondée précisément par Jean Macé, Jean-Michel Ducomte paraît presque naturellement destiné à faire revivre celui qui comprit que la République ne pouvait durablement exister sans citoyens instruits.

Adolphe Crémieux

Adolphe Crémieux sera évoqué par Dominique Losay, aujourd’hui assistant Grand Maître de la Grande Loge de France, engagé notamment dans les travaux publics de l’obédience autour de la liberté de conscience et du dialogue des convictions. Crémieux permet à lui seul de faire se rejoindre droit, politique, émancipation, judaïsme français et Franc-Maçonnerie écossaise : ministre de la Justice de la IIe République, avocat, défenseur des libertés, il fut également Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France et l’une des grandes figures du Convent de Lausanne de 1875.

Gambetta_par_Etienne_Carjat

Puis viendront Filippo Buonarroti, présenté par François Bourcier, auteur notamment de travaux sur les rites maçonniques égyptiens et membre de la Grande Loge de Memphis-Misraïm ; Léon Gambetta, confié au docteur Jacques Oréfice, gynécologue-obstétricien, Franc-Maçon depuis plus d’un demi-siècle et fondateur des Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal ; Jean Zay, auquel rendra hommage Jean-Michel Quillardet, avocat et ancien Grand Maître du Grand Orient de France de 2005 à 2008 ; Marceau Pivert, présenté par Jean-Jacques Mitterrand, lui-même héritier d’une grande mémoire maçonnique familiale et ancien Vénérable de la Loge « Combats » du GODF ; enfin Félix Éboué, dont la destinée sera relue par Pierre Galand, sénateur honoraire belge, ancien secrétaire général d’Oxfam Belgique et grande figure de l’engagement humaniste international.

L’invitation rassemble ainsi Maria Deraismes, Louise Michel, Gaston Monnerville, Jean Macé, Adolphe Crémieux, Filippo Buonarroti, Léon Gambetta, Jean Zay, Marceau Pivert et Félix Éboué : dix noms, dix itinéraires, dix manières parfois très différentes d’habiter la République.

Une ouverture qui dépasse les frontières du seul monde maçonnique.

assemblée nationale
Assemblée nationale (Palais Bourbon)

La journée sera accueillie par Rodrigo Arenas, député de la 10e circonscription de Paris et membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale. Elle se déroulera sous la présidence de Christian Eyschen, rédacteur en chef de La Plume et la Pensée et secrétaire général de la Fédération nationale de la Libre Pensée, tandis que l’introduction reviendra à Benoît Schneckenburger, directeur de la revue et actuel président de la Libre Pensée, agrégé de philosophie et docteur en science politique.

Christian-Eyschen

Cette diversité n’est pas accessoire. Elle donne au colloque sa profondeur, car l’histoire de la République ne relève ni du monopole d’une obédience ni de celui d’une famille politique. Elle procède d’un faisceau de traditions, de controverses et de combats, parfois contradictoires, où se sont rencontrés libéraux, radicaux, socialistes, libres penseurs, militants de l’éducation populaire, défenseurs de la laïcité, résistants, réformateurs et révolutionnaires. La Franc-Maçonnerie fut l’un des laboratoires de cette histoire, jamais le seul, mais certainement pas le moindre.

Se souvenir pour ne pas recevoir la République comme une évidence

Pour le Franc-Maçon, cette journée contient aussi une leçon plus intérieure. Une mémoire initiatique qui ne serait que nostalgie deviendrait vite un mausolée. Se souvenir n’a de sens que si le passé travaille le présent, comme la pierre ancienne demeure dans l’édifice tout en supportant les assises nouvelles. Les hommes et les femmes évoqués le 7 novembre n’ont pas tous pensé de la même manière ; certains se seraient même âprement opposés. Mais chacun, depuis son lieu et avec ses contradictions, rappelle que la République n’est vivante que lorsqu’elle demeure une œuvre à poursuivre.

À l’heure où les campagnes électorales risquent toujours de transformer les principes en slogans et l’histoire en instrument de légitimation, retourner vers ces itinéraires peut nous préserver d’un double écueil : l’amnésie et l’idolâtrie. Il ne s’agit ni de canoniser les anciens ni de les oublier, mais de comprendre ce qu’ils eurent à conquérir pour mesurer ce que nous avons aujourd’hui à préserver, à corriger et à transmettre.

L’inscription au colloque est obligatoire, une pièce d’identité étant exigée pour l’accès à l’Assemblée nationale. Le bulletin doit être retourné à ECBourneville@orange.fr ; un déjeuner sur place pourra être réservé et réglé à l’avance. Les actes numériques du colloque seront ensuite publiés gratuitement par La Plume et la Pensée, prolongeant ainsi bien au-delà de cette journée un travail de mémoire qui, en novembre prochain, sera sans doute beaucoup plus qu’un exercice d’histoire.

Car lorsqu’une société doute de ce qu’elle veut devenir, il n’est jamais inutile qu’elle se souvienne de celles et ceux qui contribuèrent à la construire. Et pour les Francs-Maçons, regarder ces anciens ouvriers de la République, ce n’est pas contempler un Temple achevé : c’est se rappeler que la République elle aussi reste un chantier.

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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