P comme Pommes de grenades en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Les pommes de grenade couronnent, dans de nombreux temples et tableaux de loge, les chapiteaux des deux colonnes placées à l’entrée, désignées par les lettres J et B. Elles proviennent directement de la description biblique du Temple de Salomon, où des centaines de grenades de bronze ornaient les colonnes Jakin et Boaz. Fruit aux innombrables grains serrés sous une même écorce, la grenade est devenue pour les Maçons l’image de la loge et de la fraternité : des individus distincts, unis dans une même enveloppe. Elle évoque aussi l’abondance, la fécondité et, dans une lecture plus intérieure, les richesses cachées sous une apparence rugueuse.

Pourquoi « pommes » de grenade ?

Pommes de grenades
Grenades

L’expression vient du latin malum granatum ou pomum granatum, « fruit à grains ». La langue ancienne appelait « pomme » de nombreux fruits ronds, et l’on disait couramment « pomme de grenade » pour le fruit du grenadier. Les rituels maçonniques ont conservé cette forme archaïque, qui donne au symbole une saveur de texte ancien. Le grenadier, originaire d’Iran et cultivé depuis l’Antiquité dans tout le Proche-Orient, est l’un des sept fruits de la Terre promise cités dans le Deutéronome.

Dans le Temple de Salomon

Le Premier Livre des Rois décrit les deux colonnes de bronze, Jakin et Boaz, fondues par Hiram pour le portique du Temple. Leurs chapiteaux étaient entourés de treillis et de chaînettes, et ornés de deux rangées de grenades, deux cents pour chaque chapiteau ; le texte mentionne aussi quatre cents grenades pour les deux treillis. Le Deuxième Livre des Chroniques et le livre de Jérémie reprennent cette description, Jérémie précisant qu’il y avait quatre-vingt-seize grenades sur les côtés et cent en tout autour du treillis. Les grenades ornaient aussi, avec des clochettes d’or, la bordure de la robe du grand prêtre décrite dans l’Exode.

  • 1 Rois 7 : deux rangées de grenades autour de chaque chapiteau.
  • 2 Chroniques 3 : cent grenades attachées aux chaînettes.
  • Jérémie 52 : quatre-vingt-seize grenades sur les côtés, cent en tout.
  • Exode 28 : grenades et clochettes d’or sur la robe du grand prêtre.

Sur les colonnes du temple maçonnique

Les temples maçonniques reproduisent les deux colonnes à l’entrée, à l’Occident. Dans la tradition française, elles sont souvent surmontées de trois grenades entrouvertes, laissant voir leurs grains, comme on le voit sur les tableaux de loge du Rite Français et du Rite Écossais Ancien et Accepté. La tradition anglaise les a plutôt couronnées de deux globes, céleste et terrestre, sans doute à partir d’une lecture du mot « globe » ou « boule » appliqué aux chapiteaux ; les deux usages coexistent selon les rites et les pays.

L’unité dans la multiplicité

Pommes de grenades

L’interprétation la plus répandue voit dans les grains de la grenade l’image des membres de la loge, et plus largement de la Franc-maçonnerie : nombreux, distincts, mais serrés les uns contre les autres et protégés par une même écorce. Les rituels anciens expliquent volontiers que les Maçons, unis comme les grains de la grenade, forment un seul corps. Les cloisons qui séparent les grains rappellent aussi que l’union n’abolit pas la singularité de chacun : chacun garde sa place, mais tous sont tenus ensemble.

Abondance et fécondité

Dans de nombreuses cultures méditerranéennes et orientales, la grenade symbolise la fécondité, l’abondance et la vie qui se renouvelle. Dans la mythologie grecque, Perséphone, ayant mangé quelques grains de grenade aux Enfers, doit y revenir chaque année, ce qui fonde le cycle des saisons. Le judaïsme associe traditionnellement la grenade aux commandements de la Torah. Ces associations enrichissent la lecture maçonnique : le travail de la loge, comme la grenade mûre, doit porter des fruits et se transmettre.

Une écorce rugueuse, un trésor caché

La grenade présente une écorce dure, sans éclat particulier, qui cache des grains rouges et lumineux. Plusieurs commentateurs y lisent une image de l’initiation : sous une apparence ordinaire, l’être humain recèle des richesses intérieures qu’il faut découvrir en ouvrant le fruit. La grenade entrouverte des colonnes signifierait alors que la lumière commence à se révéler à celui qui franchit le seuil du temple. Cette interprétation rejoint la recherche de la pierre cachée du VITRIOL.

À retenir

  • Les pommes de grenade couronnent les colonnes J et B dans la tradition maçonnique française.
  • Elles proviennent de la description biblique du Temple de Salomon.
  • Leurs grains serrés figurent l’union fraternelle des Maçons dans la diversité.
  • Elles évoquent aussi l’abondance, la fécondité et les richesses cachées.
  • La tradition anglaise place plutôt des globes sur les colonnes.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Colonnes, Hiram, Fraternité, Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Fondation de la loge Aux Trois Globes à Berlin, 13 septembre 1740 (date historique).

Glossaire de la franc-maçonnerie
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