
Certaines obédiences du paysage maçonnique français sont actuellement en très mauvaise posture financière, sociale ou parfois fraternelle par la dégradation des relations humaines. La rédaction a choisi de braquer ses projecteurs sur une des « big eight » : la Grande Loge Mixte de France (GLMF) une maison plus que quarantenaire. En effet, nous avons été interpelés par des membres ou ex membres sur de nombreux points concernant la gestion de l’équipe en poste. Cela concerne des aspects financiers inquiétants pour l’actuel Grand Maître Félix Natali ou encore des pratiques relationnelles et disciplinaires qui interrogent, de la part des deux Grands Maîtres adjoints n° 1 et 2.
Ces points sont suffisamment sérieux et documentés pour que la rédaction ait mené une enquête auprès des plaignants. Une série de trois articles vous permettra d’apprécier les dérives d’une maison maçonnique si discrète à l’ordinaire.

Comptes 2025 : Félix Natali confronté à ses contradictions financières.
La publication des comptes 2025 de la GLMF offre une image paradoxale : celle d’une organisation affichant un excédent spectaculaire de plus de 708 000 euros… tout en reconnaissant elle-même une situation financière « toujours tendue ». Derrière le résultat au demeurant flatteur, l’examen détaillé des chiffres révèle une réalité beaucoup moins confortable : sans la vente d’un actif immobilier majeur, l’obédience resterait structurellement déficitaire. Vous avouerez que cela interroge et inquiète lorsqu’on sait que lorsqu’il quitte la rue Pétion, le nouveau siège de la GLMF, l’actuel Grand Maître Félix Natali est un CGP, autrement dit un conseiller en gestion de patrimoine. Cela pose question et nous allons tenter d’y répondre.
Un bénéfice largement artificiel
Le chiffre qui saute immédiatement aux yeux est l’excédent final de 708 366 €.
Présenté isolément, ce résultat pourrait laisser croire à un redressement spectaculaire. Pourtant, l’analyse du compte de résultat raconte une autre histoire. Le résultat d’exploitation demeure négatif à –57 060 €, tandis que le résultat courant avant impôts reste déficitaire à –62 516 €.
Le bénéfice final provient en réalité quasi exclusivement d’une opération exceptionnelle :
- 1 475 000 € de produits exceptionnels liés à une cession d’immobilisation, c’est-à-dire la vente d’un bien immobilier ;
- contre 704 118 € de valeur comptable des actifs cédés.

Autrement dit, la GLMF ne dégage pas aujourd’hui suffisamment de ressources par son activité normale pour équilibrer durablement ses comptes.
Son excédent 2025 repose principalement sur la liquidation d’une partie de son patrimoine. Cette distinction est essentielle. Car vendre un immeuble peut améliorer ponctuellement une trésorerie ; cela ne constitue pas un modèle économique dans une période où la GLMF ne communique plus et recrute relativement peu.
Une dépendance préoccupante au patrimoine historique
La vente du site de la rue de Bizerte marque un tournant stratégique majeur pour l’obédience. Les disponibilités passent ainsi de 5 732 € à plus de 1,07 million d’euros en un an. À court terme, cette opération soulage incontestablement la situation financière :
- disparition quasi complète de l’endettement bancaire ;
- renforcement spectaculaire de la trésorerie ;
- amélioration de la situation nette.
Mais cette embellie pose une question de fond :
que restera-t-il lorsque les actifs cessibles auront disparu ?
Car les comptes montrent simultanément :
- une baisse des cotisations ;
- une diminution des prestations ;
- un recul global des produits d’exploitation.
La dynamique opérationnelle ne semble donc pas suivre.
Des charges de gouvernance qui interrogent sérieusement

Dans un contexte officiellement qualifié de « tendu », certaines dépenses interrogent inévitablement sur les priorités de gestion.
Les comptes détaillent notamment :
- – 42 557 € de déplacements liés au Conseil de l’Ordre ;
– 48 810 € de déplacements pour le Convent ;
– 18 356 € de déplacements des conseillers ;
– hausse de 174 % des frais de représentation des loges GLMF.
– 9 000 € des frais de location d’un local d’archives situé à presque 5 kms du siège de l’obédience, un non-sens.
– 323 119 €/an de masse salariale en 2025, suite à l’embauche il y deux ans d’une directrice des services « comme dans les grandes obédiences pour faire plus crédible » selon les propres termes du Grand Maître. Une charge salariale inexplicable et injustifiée compte tenu de la situation financière actuelle. Il reste que depuis l’arrivée de Félix Natali la masse salariale a bondi de 66%.
Le problème est que ni l’activité, ni le chiffre d’affaires n’ont augmenté. Ainsi, rien ne justifie cet emploi supplémentaire qui plombe dangereusement les comptes de la GLMF.

La rédaction a eu accès à l’administrateur Internet de la GLMF, ce site Internet est destiné aux Loges. Notre surprise fut de constater que cet outil interne n’est pas mis à jour. Il faut en tirer la conclusion que ladite directrice des services doit être très occupée par ailleurs.

Autre point qui pose question, sous le mandat du Grand Maître Édouard Habrant durant la période COVID, des actions de communication externes avaient été mis en place. Pour l’exemple, une newsletter mensuelle, une revue semestrielle papier (Sisyphe), et surtout : Radio GLMF (Pierres de touche) qui émettait tous les dimanches matin avec une équipe de rédaction.
Avec Félix Natali, ce budget a été totalement supprimé. La radio est redevenue muette. Après Édouard Habrant, Christiane Vienne sa remplaçante avait officiellement chargé l’actuel Grand Maître adjoint Assad ASS∴ des relations presse avec 450.fm.
Durant les deux années suivantes, ce dernier n’a émis aucun article ni communiqué. Ce qui était probablement le signe avant-coureur d’un mal plus profond que nous voyons apparaitre actuellement et que nous détaillerons dans les prochains articles à venir sur cette série.
Pris isolément, aucun des postes de dépenses n’a nécessairement de caractère anormal. Mais leur accumulation peut rapidement donner le sentiment d’une gouvernance administrative lourde, coûteuse et éloignée des préoccupations de terrain d’une petite maison maçonnique qui ne grossit plus et qui devrait apprendre à vivre selon ses ressources.
Le contraste est d’autant plus marqué que la direction évoque déjà une possible augmentation future de la capitation. La question devient alors politique autant que comptable. L’effort qui sera demandé aux loges servira-t-il à développer la vie maçonnique… ou à maintenir une structure centrale de plus en plus onéreuse pour des services réduits ?
Une inflation des charges salariales
Les charges de personnel augmentent dangereusement :
Évolutions annuelles
| Période | Charges sociales | Évolution en € | Évolution en % |
| 2021 → 2023 | 191 507 € → 195 035 € | +3 528 € | +1,84% |
| 2023 → 2024 | 195 035 € → 278 909 € | +83 874 € | +43,01% |
| 2024 → 2025 | 278 909 € → 323 119 € | +44 210 € | +15,85% |
| 2021 → 2025 | 191 507 € → 323 119 € | +131 612 € | +68,72% |
Cette progression est significative dans une organisation dont les ressources d’exploitation stagnent ou diminuent. Les défenseurs de la direction y verront une professionnalisation nécessaire de la structure. Les critiques y liront plutôt le symptôme d’une bureaucratisation progressive : une administration qui continue de croître alors même que les ressources ordinaires s’érodent.

Un rapport de contrôle étonnamment consensuel
Le rapport des vérificateurs aux comptes retient également l’attention par son ton particulièrement bienveillant.
Le document insiste longuement sur :
- « l’esprit fraternel » ;
- « le climat de confiance » ;
- les échanges « conviviaux et ouverts ».
En revanche, les interrogations de fond sur :
- la soutenabilité du modèle économique ;
- la dépendance aux cessions immobilières ;
- la maîtrise des dépenses ;
- l’évolution des cotisations ;
… restent très peu développées.
Cette approche peut nourrir un malaise chez certains membres qui attendraient d’un organe de contrôle interne une posture plus indépendante et plus exigeante vis-à-vis de la gouvernance financière.

Une question désormais incontournable
Les comptes 2025 ne révèlent ni fraude apparente ni irrégularité manifeste. Les dettes diminuent, la trésorerie est renforcée et la situation nette s’améliore fortement.
Mais ils révèlent autre chose : une organisation qui semble avoir retrouvé de l’oxygène moins grâce à la performance de son activité que grâce à la vente d’un héritage immobilier constitué au fil des décennies par les anciens. Et c’est peut-être là le véritable sujet. Car une institution peut vendre ses murs qu’une seule fois. Elle ne peut pas bâtir durablement son avenir sur cette seule stratégie, à moins qu’elle se prépare à fusionner avec une autre structure de même nature. La question est posée et nous y reviendrons dans les prochains articles à venir avec de plus amples détails.
La rédaction a sollicité la GLMF en la personne de son Grand Maître Félix Natali, afin d’obtenir certaines observations. À l’heure où nous publions, aucune réponse circonstanciée ne nous est encore parvenue. Si l’obédience souhaite faire valoir ses éléments d’explication, nous les publierons naturellement.
Par ailleurs, tel que nous le verrons prochainement, l’Obédience s’est livrée ces derniers mois à une politique disciplinaire perçue par certains membres comme brutale et disproportionnée en excluant, parfois au mépris du respect élémentaire de la législation, des membres ou des Loges qui assuraient pourtant un revenu dont la GLMF avait grand besoin. Les raisons invoquées furent pour le moins discutables et surtout aux antipodes de l’esprit fraternel que la maison GLMF portait depuis quatre décennies.
Le prochain volet traitera d’une affaire pour le moins très trouble, qui donne des signes assez inquiétants, quant à la sérénité de l’actuelle gouvernance. Puis nous braquerons ensuite les projecteurs sur certaines méthodes de gestion humaine et disciplinaire de cette obédience
là où les chiffres cessent d’être seulement des chiffres pour devenir le symptôme d’un climat jadis fraternel en phase de dégradation… à suivre.

Merci a 450 fm de lever les doutes sur les derives de Glmf. Une cour de justice bidon, une assoc Bel veritable verrue et maintenant un GM comique!! Sauve qui peut!
Article somme toute bien peu fraternel et manquant totalement de neutralité. Quel intérêt autre que salir inutilement, de mettre en pâture des informations internes qui ne regardent que la GLMF ?
450.fm est il un média qui désormais cherche le sensationnel, les bruits de couloirs voire de caniveaux ?
Une approche par le doute et en passant la truelle pourrait mieux nous éclairer.
Un lecteur peu assidu et qui n’est pas prêt de le devenir plus.
Très Cher Philippe,
Un journal d’information n’est rien d’autre qu’un support destiné à informer objectivement ses lecteurs. Cela implique parfois la frustration d’y lire des comptes rendus peu flatteurs, je vous l’accorde, mais qu’est-ce que la fraternité vient faire dans cette histoire ? Un journal n’est pas un initié.
Vous confondez probablement avec les dépliants internes issus des Obédiences (financés par les cotisants).
450.fm serait-il devenu, avec cet article, un média sensationnaliste ?
Vous ne nous lisez pas depuis longtemps et vous devriez faire quelques recherches dans nos 10 000 articles en lecture ouverte et gratuite. Vous réviserez ainsi votre jugement. La GLMF n’est pas la première obédience que nous épinglons sur des problèmes de gestion ou d’autres affaires.
« Et enfin, une approche par le doute, dites-vous ? »
Parlons-nous bien du même article, mon cher Philippe ?
À quel doute faites-vous référence ?
Il n’y a aucun doute, seulement des faits prouvés et attestés par des documents comptables et des analyses effectuées par des professionnels que nous avons mandatés.
Finalement, il semblerait bien que votre commentaire résulte d’un moment de légitime colère. La colère de voir une maison maçonnique que vous aimez probablement et que vous voyez se dégrader. Je vous comprends, et nous en sommes tous là lorsque nous voyons des structures maçonniques censées être au service des Loges, donc des maçons, qui déraillent ou se perdent en entraînant des frères et des soeurs déçus.
Salutations « fraternelles »
Franck Fouqueray
Directeur de la publication
Entre la précédente Grand Maître qui avait environ 150.000 € de frais de déplacements et de réceptions par an et celui-ci, la GLMF est décidément une obédience pour riches…