Les Francs maçons ne sont pas toujours des bienfaiteurs… en Argentine

Les habitants de Bragado défendent bec et ongles leur Centre de fournitures pour enfants face à la surprenante revendication des francs-maçons

Bragado, 15 mai 2026 – Un siècle après avoir abandonné un bâtiment en ruines, la franc-maçonnerie argentine réclame aujourd’hui sa restitution. Face à cette demande inattendue, les habitants de Bragado se mobilisent pour protéger un lieu devenu le symbole de la solidarité locale depuis plus de 70 ans.

Une revendication qui tombe comme un coup de tonnerreLa nouvelle a stupéfait toute la communauté de Bragado. Des représentants de la franc-maçonnerie ont publiquement réclamé la propriété du bâtiment historique situé rue Núñez, actuellement occupé par le Centre de fournitures pour enfants (Proveeduría Infantil), une institution qui œuvre quotidiennement auprès des familles les plus vulnérables. Mercedes Puricelli, ancienne présidente et figure historique de l’institution, n’a pas mâché ses mots. Elle qualifie cette initiative d’« injustice flagrante » et assure que les habitants ne resteront pas les bras croisés.

Un bâtiment sauvé de l’oubli par la communauté

Dans un entretien accordé à Bragado TV, Mercedes Puricelli a retracé avec émotion l’histoire réelle du lieu : « Les francs-maçons ont quitté les lieux vers 1923, laissant le bâtiment à l’abandon et dans un état de ruine avancé. Ce n’est qu’en 1951 que Miguel Garruba, un voisin qui venait de surmonter une grave maladie, a accepté verbalement cette propriété abandonnée pour en faire un espace dédié aux enfants défavorisés. »

Depuis, la communauté n’a cessé d’investir dans ce lieu. L’ancienne épicerie a brûlé et a été entièrement reconstruite par les voisins. Pendant les inondations de la région de Fatima, le bâtiment a servi de centre d’évacuation, avec des lits installés jusque dans les couloirs. Plomberie, électricité, structure : tout a été refait à la force de la solidarité locale, sans aucune aide extérieure des anciens propriétaires.

« Pendant plus d’un siècle, nous n’avons reçu ni un mot, ni un centime, ni la moindre contribution de leur part. Et aujourd’hui, en 2026, ils reviennent réclamer ce qui a été sauvé et maintenu vivant par le peuple de Bragado », déplore Mercedes Puricelli.

Un combat pour la mémoire et la justice sociale

Au-delà des questions juridiques, c’est surtout la valeur humaine et sentimentale du bâtiment qui est en jeu. Pendant plus de sept décennies, ce lieu a été un pilier de l’aide alimentaire, sanitaire et sociale pour des centaines de familles.

Puricelli, accompagnée d’autres figures historiques du quartier comme Gladis Issouribehere, annonce qu’ils sont prêts à porter le débat sur la place publique. Ils entendent défendre « l’histoire vécue » face à une revendication qu’ils jugent tardive et déconnectée de la réalité.

Un symbole qui dépasse les murs

Pour les habitants de Bragado, ce bâtiment n’est plus seulement une propriété. Il incarne des valeurs de solidarité, de persévérance et d’entraide qui ont permis à toute une communauté de surmonter les épreuves. Le voir soudain revendiqué par une institution absente pendant plus de 100 ans suscite incompréhension et colère.

L’affaire, désormais entre les mains de la justice, risque de marquer durablement la mémoire collective de cette ville de la province de Buenos Aires.

La communauté de Bragado est déterminée : elle ne laissera pas disparaître, sans combattre, un lieu qui symbolise aujourd’hui bien plus que des murs : l’esprit de solidarité d’un peuple qui a reconstruit ce qui avait été abandonné.

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Erwan Le Bihan
Erwan Le Bihan
Né à Quimper, Erwan Le Bihan, louveteau, a reçu la lumière à l’âge de 18 ans. Il maçonne au Rite Français selon le Régulateur du Maçon « 1801 ». Féru d’histoire, il s’intéresse notamment à l’étude des symboles et des rituels maçonniques.

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