lun 16 février 2026 - 19:02

Le nombre 3 en Franc-maçonnerie

« Enfin, sachez qu’en tant qu’Apprenti, votre âge est de « Trois ans » ».

La question que je me suis posée en moi-même a été immédiatement : pourquoi 3 ans alors que je venais de naître en Maçonnerie ? Pourquoi pas 1 jour ? C’est tout le symbolisme du nombre « Trois » qu’il me faut découvrir et je vais vous livrer mes quelques réflexions au tracé de ce texte. Le but n’est pas d’être exhaustif, mais d’entrevoir la lumière du nombre 3.

Mais avant de commencer, je voudrais revenir sur le nombre Trois, qui est également un chiffre puisqu’il appartient aux dix symboles (0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 et 9) qui nous permettent de compter et d’ordonner. L’objectif de ce texte n’est pas de tendre vers une analyse mathématique, numérologique ou kabbalistique mais plutôt d’extraire la « substantifique moelle » des documents mis à ma disposition d’apprenti depuis mon arrivée dans notre Respectable Loge : le Rituel du grade apprenti pour le Rite Écossais Ancien et Accepté.

Préliminaire

Le nombre Trois est omniprésent dans notre vie profane de tous les jours : trois coups introduisent une pièce de théâtre, trois fusées éclairent le début d’un feu d’artifice, toute rédaction comprend généralement trois phases distinctes (thèse, anti-thèse et synthèse). La République Française est fondée sur la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » inscrite dans l’article 1ᵉʳ de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Je pourrai continuer avec les contes et les fables qui ont nourri notre enfance : les trois petits cochons, les trois mousquetaires, les trois HO HO HO du Père Noël ou encore les trois Rois Mages. Enfin, le symbolisme ternaire rythme notre vie profane que ce soit temporellement (le passé, le présent et le futur mais aussi le matin, le midi et le soir), spatialement (la longueur, la largeur et la hauteur ou le petit, le moyen et le grand) ou philosophiquement (la Naissance, la Vie et la Mort ou l’Homme, la Terre et le Ciel). La science-fiction n’est pas en reste avec les trois lois de la robotique imaginées par le romancier Isaac Asimov, un des pères fondateurs du genre.

Le rituel

Mais alors, qu’en est-il du Rituel maçonnique du grade d’apprenti ? Je vais rapidement énumérer les principaux symboles liés dans le rituel au nombre « Trois » :

Avant l’Initiation

On trouve la force du nombre Trois dans le rituel d’initiation du profane au grade d’apprenti.Avant le passage sous le bandeau, la candidature du profane qui postule pour entrer dans la Loge a été soumise au cours des tenues précédentes à trois reprises. À la troisième attache, il est présenté aux Sœurs et aux Frères sous le bandeau. Trois tours de scrutin favorables sont nécessaires avant l’initiation ou son refus par la Loge. En parallèle, trois enquêteurs sont nommés par le Vénérable Maître pour recevoir le candidat dans la vie profane à l’occasion d’un rendez-vous en dehors du Temple et l’interroger sur ses motivations.

Nombre Trois

Une fois dans le cabinet de réflexion, le profane trouve trois coupelles contenant respectivement du mercure (représentant l’âme), du soufre (représentant l’esprit) et du sel (représentant la sagesse et le savoir), symboles de l’Alchimie et de l’Hermétisme. Il y trouve également un tabouret à trois pieds marquant la stabilité dans la pièce.

Livré à lui-même dans ses propres ténèbres, le profane devra répondre aux trois questions suivantes :

« Qu’est-ce qu’un homme doit à son créateur ? »
« Que se doit-il à lui-même ? »
« Que doit-il à ses semblables et à sa patrie ? »

Pendant l’initiation, le profane est accueilli en Loge par trois coups de maillet qui symbolisent la Lumière, la Vérité et la Porte de la Loge² :

« Demandez et l’on vous donnera. » (la lumière)
« Cherchez et vous recevrez. » (la vérité)
« Frappez et l’on vous ouvrira. » (la porte)

Le profane doit alors effectuer sous le bandeau trois voyages aboutissant à trois épreuves allant de crescendo dans la difficulté : celles de l’Air, de l’Eau et du Feu.

Tout au long du rituel d’initiation, le langage ternaire rythme la cadence des épreuves. Lors de l’épreuve de l’eau, le Maître des Cérémonies plonge trois fois la main gauche du profane dans un bassin rempli d’eau.

Le Vénérable Maître énonce alors les trois devoirs d’un maçon : d’abord garder le silence sur les travaux en Loge, ensuite combattre les passions et pratiquer les vertus, et enfin se conformer aux statuts généraux de la Franc-Maçonnerie Régulière et aux lois particulières de l’Ordre Écossais Ancien et Accepté.

La Chaîne d’Union, réalisée à l’issue de l’initiation, n’est rompue qu’après avoir été éprouvée par des secousses des bras réalisées à trois reprises. C’est la seule Chaîne d’Union qui est éprouvée.

Les secrets du grade livrés au récipiendaire sont au nombre de trois : un Signe (la mise à l’ordre), un Attouchement (la poignée de main) et un Mot sacré.

L’apprenti apprend également les trois pas qu’il doit réaliser pour toute entrée individuelle dans le Temple ainsi que le salut à l’ordre aux Trois Maîtres Maçons qui dirigent la Loge.

L’accolade fraternelle comporte trois temps³ : Faire ensemble le signe pénal,Frapper mutuellement par trois fois de la main droite sur l’épaule gauche du vis-à-vis,Puis échanger un triple baiser.

L’atelier ou le temple

colonnes

La composition de l’atelier est également marquée par le nombre Trois. L’espace du temple maçonnique, c’est-à-dire l’atelier sacralisé, se décompose en trois principales parties : L’Occident comprenant les deux colonnes J (JAKIN – « Il établit ») et B (BOAZ – « Force »). Ces colonnes supportent chacune trois grenades entrouvertes. Trois officiers se trouvent dans cette première partie située à l’Occident : Le 1ᵉʳ Surveillant, le Maître des Cérémonies et le Couvreur.

Le Centre inspiré du Temple de Salomon et recouvert du Pavé Mosaïque de 5 x 3 carreaux sur lequel est posé le tableau représentatif de la Loge. Trois piliers symboliques (Sagesse, Force et Beauté) bornent ce tableau. Trois étoiles (ou trois bougies blanches) sont posées chacune sur un des piliers et brillent pendant les travaux.

L’Orient constitué d’une estrade, du Trône du Vénérable Maître et des chaires de deux Officiers, l’Orateur et le Secrétaire. Ils sont situés tous trois sur une estrade à laquelle on accède par trois marches égales. De même, l’Autel des Serments situé devant l’estrade reçoit les Trois Grandes Lumières (le Compas, l’Équerre et le Volume de la Loi Sacrée, c’est-à-dire la Bible).

Enfin, au-dessus du Trône du Vénérable Maître et derrière lui, un Delta Lumineux préside au rituel. De chacun des trois côtés du triangle jaillissent trois rayons. On peut également distinguer derrière au-dessus de l’estrade trois symboles : le Soleil, la Lune et le Delta Lumineux (précédemment évoqué).

Il est à noter que le Temple de Salomon comportait trois niveaux de Sainteté représentés par les Parvis (au nombre de trois : le Grand Parvis, l’Autre Parvis et le Parvis intérieur), le Hékal (le Saint) et le Débir (le Très Saint). Le lien entre le Temple maçonnique et le Temple de Salomon est symbolique, avec notamment en commun un espace sacré au centre. Tous deux aspirent à construire une « maison de Dieu », un lieu où le Divin est accessible.

Dans le cas de Temple maçonnique, seul le travail acharné et assidu sur soi-même permettra d’atteindre la Lumière, de s’élever au-dessus de la Matière.

Lors de l’ouverture des travaux

Bijou du 1e Surveillant
Bijou du 1e Surveillant

Dès l’ouverture des travaux, on assiste à un trilogue ou une communication triangulée entre les trois Maîtres Maçons qui dirigent la Loge : le Vénérable Maître, le 1ᵉʳ Surveillant puis le 2ᵉ Surveillant. Ce trialogue atteint son paroxysme lorsque tous les F :. se lèvent à l’ordre à la demande du Vénérable Maître et qu’il est énoncé :

Bijou du 2e Surveillant
Bijou du 2e Surveillant

Que la Sagesse préside à la construction de notre édifice ! (le Vénérable Maître)
Que la Force l’achève ! (le 1ᵉʳ Surveillant)
Que la Beauté l’orne ! (le 2ᵉ Surveillant)

Ces paroles réfèrent aux trois grands piliers que l’on nomme Sagesse, Force et Beauté qui soutiennent symboliquement le Temple et sont représentés respectivement par le Vénérable Maître, le 1ᵉʳ Surveillant et le 2ᵉ Surveillant :

« La Sagesse conçoit, la Force exécute et la Beauté orne »

Enfin, l’ouverture est marquée par trois actions : le signe, la batterie et l’acclamation écossaise à trois « HOUZE » lorsque la Loge bascule du monde profane dans le monde Sacré.

Pendant les travaux

Pendant les travaux et lors des échanges de place dans la Loge lors du rituel, les Frères se donnent l’accolade marquée par trois bises et trois frappes réciproques sur l’épaule droite.

Fermeture des travaux

De même, à la fermeture des travaux, le langage ternaire reprend entre le Vénérable Maître qui s’adresse au 1ᵉʳ Surveillant, lequel s’adresse au 2ᵉ Surveillant, et en retour, le même échange triangulé en sens inverse.

« Que la Paix règne sur la Terre »,
« Que l’Amour règne parmi les Hommes »,
« Que la Joie soit dans les cœurs » sont prononcés respectivement par chacun des trois Maîtres Maçons dirigeant la Loge (le Vénérable Maître, le 1ᵉʳ Surveillant puis le 2ᵉ Surveillant) et sont marqués par Trois coups de maillet successifs.

À la fermeture des travaux, le V :. M :. demande : « Frères Maître des Cérémonies et Expert, rangez les Trois Grandes Lumières »⁷ Ces Trois Grandes Lumières sont l’Équerre et le Compas et le Volume de la Loi Sacrée.

La fermeture, tout comme l’ouverture, est marquée par le signe, la batterie et l’acclamation écossaise comprenant trois « HOUZE ». À l’issue, la Loge revient dans le monde profane. La boucle est bouclée.

Mais encore

Charles Baudelaire

Mais encore, Mes Frères, quand j’ai dit cela, je n’ai fait qu’épeler, je n’ai fait qu’énoncer. Je n’ai rien montré de la force et de la magie du nombre Trois. C’est de la très belle mécanique que le fonctionnement du rituel et je pense avoir suffisamment démonté ses rouages pour mettre en évidence la présence d’une base ternaire dans le Rituel, qu’il concerne l’initiation d’un profane ou les travaux en Loge : tout est bâti sur une base ternaire qui en assure la fondation, l’édification et la stabilité. Tout ceci confine à l’horlogerie. Cet équilibre qui tend à la perfection et l’harmonie pourrait se résumer dans les vers de Charles Baudelaire dans « L’Invitation au voyage » : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté ». Le calme du travail de la loge, le luxe d’appartenir à cette fraternité qu’est la Franc-Maçonnerie et la volupté de l’âme à tendre vers l’Esprit et à la transcendance du profane vers le Sacré.

Bien souvent, les triples actions ou les représentations triplées contiennent chacune trois sous-niveaux, indiquant qu’il y a plusieurs niveaux de symbolisme et que le contenu est tout aussi important que le contenant.

Il faut bien comprendre que le nombre « Trois » est la fondation, voire le fondement de la Maçonnerie. Il organise, structure et articule le rituel maçonnique. Ce n’est pas sans raison que les trois points ponctuent la prose maçonnique. Sans le trois, le triangle, qui est la première forme géométrique avec ses trois côtés et ses trois angles, ne verrait pas le jour. La géométrie, qui est à la base des grandes réflexions de l’humanité n’aurait pas de sens : il n’existe pas de polygone à un ou deux côtés.

Trois permet donc de fonder et d’édifier la géométrie, et donc l’univers qui nous entoure. Sans le nombre « Trois », l’espace n’existerait pas et nous serions confinés dans un monde à deux dimensions comme dans Flatland imaginé par Edwin A. Abbott en 1884 !Le nombre « Trois » symbolise également la stabilité et l’équilibre. Un trépied ne peut être bancal. Il en va de même pour le rituel maçonnique qui en s’appuyant sur le nombre « Trois » et la base ternaire dans ses échanges et ses représentations, trouve un rythme équilibré, juste et parfait. N’oublions pas également que ce sont trois Maîtres Maçons qui dirigent la Loge.

Enfin

Mais enfin, il y a une phrase du manuel qui m’interpelle et que l’on trouve à la fin dans le chapitre « Instruction au grade d’Apprenti ». En effet, à la question, « Que concluez-vous des principes que nous révèlent les trois premiers nombres ? » l’apprenti doit répondre : « Qu’il y a lieu de ramener le binaire à l’unité par le moyen du nombre Trois ».

En apparaissant après deux, à savoir la représentation du binaire, de la dualité et du manichéisme (le bien et le mal, le blanc et le noir, le ying et le yang), le nombre « Trois » ouvre une autre voie, permet de trouver d’autres solutions à la dualité des échanges et de dépasser leurs contraires, donne une dimension supplémentaire qui permet d’élever le débat, de trancher pour décider, de prendre de la hauteur sur des situations opposées et insolubles.Par le dépassement du Deux, le Maçon cherche avant tout à dépasser la Matière, symbolisée par le binaire, et donc à se transcender.

Sans un travail sur soi, sans cette volonté de se dépasser et de s’élever, il n’est pas possible d’atteindre la Lumière, le Divin que tout Homme a en soi : V :. I :. T :. R :. I :. O :. L :. sont les lettres qui apparaissent au Profane dans le Cabinet de réflexion avant son initiation. L’impétrant ne peut en appréhender la force lors de cette première rencontre. Mais ces lettres sont l’essence même de la Franc-Maçonnerie et ordonnent le travail à accomplir par le Maçon pour construire son « Temple intérieur » et atteindre la Lumière. Il faut visiter l’intérieur de la Terre (Visita Interiora Terrae), c’est-à-dire la Matière, la Pierre Brute, donc soi-même, et en rectifiant (Rectificandoque), il est possible de dégrossir, de tailler sa propre Pierre afin de découvrir la Pierre cachée (Invenies Occultum Lapidem), c’est-à-dire la Lumière. Ces trois actions (visiter, dégrossir et découvrir) représentent donc les étapes des travaux que doit mener avec persévérance et assiduité le Maçon pour s’élever vers la Lumière. Cette tâche est un travail de chaque instant sans cesse perfectible.

La Pierre Brute est un des symboles présents au grade d’Apprenti. N’oublions pas que la Pierre Brute est imparfaitement dégrossie mais elle tend à prendre une forme cubique, représentant le nombre Trois. Selon Jean-Marie RAGON dans son « Cours philosophique et interprétatif des initiations anciennes et modernes » paru en 1841, « la Pierre Brute symbolise les imperfections de l’esprit et du cœur que le Maçon doit s’appliquer à corriger »⁸. À l’aide des deux outils mis à la disposition de l’Apprenti, à savoir le Ciseau et le Maillet, ce dernier va pouvoir dégrossir sa pierre et ainsi commencer à se libérer de la Matière.

Par ce travail sur soi, le but est de retrouver la Lumière qui est en soi et par là même accéder au Divin qui est en nous. Trois permet donc d’accéder à un niveau supérieur auquel l’homme n’est pas enclin de prime abord. C’est l’élévation du binaire (la base du triangle donc le monde profane) vers le ternaire et donc l’unité (le haut du triangle symbolisant le divin), le passage de l’horizontalité à la verticalité et par là-même, la transcendance de la pluralité et la réunification des idées éparses.

En conclusion, le langage binaire est celui du monde profane.

abréviation, triangle, triponctuation

Le langage et la structure ternaires permettent de dépasser la condition humaine, d’élever l’âme humaine et d’accéder à l’unique, au divin par l’Esprit. Le nombre « Trois » est le fondement à toute construction, en assure la stabilité mais surtout ouvre la possibilité d’un dépassement de la matière par un travail sur soi en vue d’accéder au divin.

Mais dire cela c’est déjà toucher à l’indicible, c’est tendre à construire un égrégore cher à l’esprit maçonnique.

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2 Commentaires

  1. Je dois compléter mon commentaire précédent pour ramener le binaire à l’unité par le moyen du nombre trois : comme expliqué le 0 est binaire, donc lui même 2 égale 3 = le UN sans cesse en activité de la création à recréer en soi afin d’accéder à un autre monde,

  2. Ramener le binaire à l’unité par le moyen du nombre trois ? Un élément est binaire en ayant deux pour base. Pour que le chiffre 1 existe, il lui faut partir du zéro, 0 sans début ni fin est le chiffre 1 primordial de la création d’où 0+1= 2., deux = 0+ 1+ 2 = 3 . L’univers est binaire, la terre est binaire avec ses deux hémisphères. Dieu a créé l’homme à son image, l’homme a un cerveau avec deux hémisphères, Dieu est donc binaire comme toute chose visible ou invisible dans l’univers. Le troisième élément, ,celui de la vraie lumière, de ce binaire est à trouver comme indiqué dans V.I.T.R.I.O.L. sept lettres qui résument la lettre G entre les triangles du haut et du bas que forment l’équerre et le compas.

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Christian Belloc
Christian Bellochttps://scdoccitanie.org
Né en 1948 à Toulouse, il étudie au Lycée Pierre de Fermat, sert dans l’armée en 1968, puis dirige un salon de coiffure et préside le syndicat coiffure 31. Créateur de revues comme Le Tondu et Le Citoyen, il s’engage dans des associations et la CCI de Toulouse, notamment pour le métro. Initié à la Grande Loge de France en 1989, il fonde plusieurs loges et devient Grand Maître du Suprême Conseil en Occitanie. En 2024, il crée l’Institution Maçonnique Universelle, regroupant 280 obédiences, dont il est président mondial. Il est aussi rédacteur en chef des Cahiers de Recherche Maçonnique.

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