sam 31 janvier 2026 - 19:01

Entrisme des Frères musulmans : la Franc-maçonnerie ne s’exposerait-elle au même risque ?

L’Assemblée nationale vient d’adopter une résolution contre les Frères musulmans, alertant sur un entrisme tentaculaire dans la société française. Dans ce contexte, l’invitation de l’imam Tareq Oubrou, lié à l’UOIF, par une loge GLNF en 2019 n’interrogeait-elle pas déjà sur l’amorce d’une infiltration symbolique à l’occasion d’un pseudo dialogue initiatique ? L’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler invite à scruter ces porosités discrètes.

Une résolution qui interroge les réseaux invisibles

Pourquoi l’Assemblée nationale, après un débat de près de cinq heures, vient-elle de voter, le 22 janvier 2026, par 157 voix contre 101, une résolution demandant une évaluation européenne de la mouvance des Frères musulmans ? Le rapport du ministère de l’Intérieur de mai 2025 y voit un entrisme multiforme : 139 lieux de culte, 21 écoles, 280 associations, doublant les effectifs militants en cinq ans. Une « double organisation » – officielle et secrète – finance-t-elle vraiment des « contre-sociétés » via le Qatar ou la Turquie, préparant un « islamisme municipal » pour 2026 ? Et la Franc-maçonnerie, avec son opacité initiatique, échappe-t-elle à ce maillage protéiforme ? Ce n’est pas céder à une prétendue paranoïa ambiante que de chercher, sur ce sujet comme sur d’autres, à faire la lumière et à mettre en garde, sachant que, malgré sa vigilance proclamée, la Franc-maçonnerie reste naïve, par nature, enracinée qu’elle est dans un humanisme confiant.

Tareq Oubrou : un parcours qui intrigue

Tareq Oubrou

Né en 1959 à Taroudant, autodidacte devenu « imam de Bordeaux », Tareq Oubrou revendique l’UOIF (ex-Frères musulmans en France) comme rempart contre le talibanisme : « Sans elle, je le serais devenu ». Sa «shari‘a de minorité », ancrée dans la principologie, adapte-t-elle vraiment la norme islamique à la laïcité française, ou conserve-t-elle une centralité coranique sous couvert d’herméneutique contextualisée ? De son rigorisme pro-voile des années 2000 à son « islam libéral » post-Charlie, chevalier de la Légion d’honneur malgré une fatwa de Daesh, ne mérite-t-il de susciter, au vu de son évolution, qu’une curiosité bienveillante et consensuelle ?

Le 26 novembre 2019, la loge Villard de Honnecourt (GLNF) l’accueille pour « Islam, une voie initiatique », célébrant sa réflexion sur la Révélation bédouine et l’Europe. Dialogue maçonnique enrichissant, selon les apparences, ou première brèche d’un frérisme migrateur vers des espaces symboliques ?​

Florence Bergeaud-Blackler : un regard qui dérange

Florence Bergeaud-Blackler

Et si l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler avait raison de parler du « frérisme » comme d’un islamisme culturel, infiltrant économie et institutions via un halal normatif plutôt que par une conquête empruntant trop visiblement les voies aménagées par l’État ? Ses enquêtes voient dans la «shari‘a de minorité » d’Oubrou une tactique d’adaptation : les concessions lexicales ne constituent-elles pas une monnaie d’échange au service d’un projet théologico-politique persistant ? Ce point de vue, certes, controversé, n’en invite pas moins à se demander : la Franc-maçonnerie, avec sa lampe équalisante, permet-elle de distinguer avec assez de rigueur et de perspicacité le désir légitime des loges dans leur ouverture pluraliste, d’une légitimation involontaire qui introduirait le ver dans le fruit ?

Vers une vigilance maçonnique repensée ?

Aucune preuve publique d’infiltration maçonnique n’existe, mais l’opacité des rites, la diversité des obédiences et moult débats chaotiques sur la laïcité menés à l’ombre d’un nombre appréciable de temples maçonniques ne créent-ils pas des failles théoriques ? L’exemple Oubrou-GLNF, tout anecdotique qu’il puisse paraître, n’avalise-t-il pas un frérisme suggérant une quête initiatique commune ? Plutôt que des protestations de bonne foi drapées dans une dignité ombrageuse que l’on connaît bien, ne faudrait-il pas renforcer contrôles internes, contre-discours et contextualisation historique – ligues factieuses, extrême droite – pour que les loges restent authentiquement des sentinelles de la République ?

Face à ces signaux parlementaires et symboliques, la Franc-maçonnerie française est-elle prête à s’interroger : jusqu’où tolérer sa porosité aux influences contemporaines, au risque de voir ses temples devenir par inadvertance les relais possibles d’un frérisme d’atmosphère ?

Allumons, au moins, cette veilleuse dans notre esprit !

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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