mar 27 janvier 2026 - 02:01

B comme Bible en Franc-maçonnerie

La « Bible » occupe une place centrale et symbolique dans la Franc-maçonnerie, désignée souvent sous le terme de « Volume de la Loi Sacrée » (VLS). Elle est utilisée dans la plupart des ateliers (loges) comme un élément rituel essentiel, représentant les principes moraux, spirituels et universels qui guident les travaux maçonniques. Contrairement à une interprétation purement religieuse, la Bible en maçonnerie est un outil initiatique, ouvert à une lecture symbolique et non dogmatique.

Elle est placée au cœur des rituels, notamment lors de l’ouverture des travaux et des initiations, mais d’autres textes sacrés peuvent la remplacer pour respecter les convictions personnelles. Cet exposé vise à explorer de manière exhaustive sa définition, ses origines, ses usages rituels, ses variations selon les rites, son symbolisme profond, ainsi que les défis et justifications de son emploi.

Définition et contexte général

En Franc-maçonnerie, la Bible est le principal « Volume de la Loi Sacrée », un objet rituel qui symbolise la loi morale universelle et les valeurs éthiques partagées par l’humanité. Elle n’est pas considérée comme un texte religieux exclusif, mais comme un support pour l’initiation et la réflexion philosophique. Dans la plupart des loges, particulièrement celles suivant des rites traditionnels comme le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) ou le Rite Français, la Bible est ouverte sur l’autel des serments, souvent au Prologue de l’Évangile selon Saint Jean (« Au commencement était le Verbe… »), qui évoque la Lumière créatrice et la parole divine comme principes cosmiques.La Bible fait partie des « Trois Grandes Lumières » de la maçonnerie, aux côtés du Compas (représentant la mesure et la circonspection) et de l’Équerre (symbolisant la droiture et la justice).

Ces éléments sont disposés sur l’autel pour signifier l’équilibre entre le spirituel, le moral et le pratique. Cependant, comme vous l’avez précisé, d’autres livres traditionnels peuvent être admis pour la prestation du premier serment lors de l’initiation au 1er degré (Apprenti) : les Védas de l’hindouisme, le Tripitaka (ou Canon pali) du bouddhisme, le Coran des musulmans, le Tao Te King des taoïstes, les Quatre Livres de Confucius (Koung-Fou-tseu), ou le Zend Avesta du zoroastrisme. Cette flexibilité reflète l’universalisme maçonnique, qui accueille diverses traditions spirituelles sans imposer une foi particulière. Néanmoins, la Bible reste le volume utilisé pour les travaux habituels, en raison de son ancrage historique dans la tradition occidentale et de sa richesse symbolique accessible aux maçons d’origines diverses.

Cette pratique souligne l’ouverture de la maçonnerie : elle n’est ni une religion ni une secte, mais une société initiatique qui utilise des textes sacrés comme miroirs de la conscience humaine. Les Constitutions d’Anderson (1723), texte fondateur de la Franc-maçonnerie moderne, stipulent qu’un maçon doit obéir à la « Loi morale » et ne peut être un « Athée stupide, ni un Libertin irréligieux », mais elles n’exigent pas une adhésion à une religion spécifique, favorisant ainsi une approche déiste ou agnostique.

Étymologie et origines historiques

Le terme « Bible » provient du grec « biblia » (les livres), désignant une collection de textes sacrés judéo-chrétiens. En maçonnerie, son adoption remonte aux origines opératives de l’ordre, chez les corporations de bâtisseurs médiévaux, où la Bible servait de référence morale pour les serments et les règlements de métiers. Les manuscrits anciens, comme le Regius Manuscript (vers 1390), le plus ancien document maçonnique connu, mentionnent déjà des serments prêtés sur la Bible, liant le travail manuel à des principes divins inspirés de l’Ancien Testament (par exemple, la construction du Temple de Salomon).

Avec la transition vers la maçonnerie spéculative au XVIIe-XVIIIe siècle, la Bible est devenue un symbole central. Les Constitutions d’Anderson (1723) la consacrent comme « Volume de la Loi Sacrée », influencées par le contexte protestant et déiste de l’Angleterre. James Anderson, un pasteur presbytérien, intégra des éléments bibliques pour ancrer la maçonnerie dans une tradition morale universelle, tout en évitant les dogmes sectaires. Au fil des siècles, des obédiences comme le Grand Orient de France (GODF) ou la Grande Loge Unie d’Angleterre (UGLE) ont adapté son usage : en France, après la Révolution, certaines loges libérales ont permis des substitutions pour promouvoir la laïcité, tandis que les rites anglo-saxons maintiennent souvent la Bible comme exclusive.

Historiquement, la Bible a posé des défis : dans les pays catholiques, elle était vue avec suspicion en raison des interdictions papales contre la maçonnerie (bulle In Eminenti de 1738), mais les maçons l’utilisaient pour démontrer leur respect des valeurs chrétiennes. Aujourd’hui, son prédominance s’explique par l’héritage occidental de la maçonnerie, née en Écosse et en Angleterre, où l’Ancien et le Nouveau Testament fournissent une multitude de légendes et de symboles (comme Hiram, le Temple, ou la parole perdue).

Description du Rituel et Variations Selon les RitesLes rituels impliquant la Bible varient selon les grades et les rites, mais elle est toujours manipulée avec respect, souvent par le Frère Expert ou le Vénérable Maître.

  • Ouverture des Travaux : Comme vous l’avez décrit, le Vénérable Maître demande au Frère Expert de faire apparaître les Trois Grandes Lumières. La Bible est ouverte au Prologue de Jean, symbolisant la Lumière primordiale. Le Compas et l’Équerre sont disposés dessus : pour l’Apprenti, l’Équerre sur le Compas (priorité à la matière) ; pour le Compagnon, inversé (priorité à l’esprit) ; pour le Maître, entrelacés (équilibre). Le tableau de loge (représentant les symboles du grade) est tracé à proximité.
  • Initiation au 1er Degré : Le récipiendaire prête serment sur les Trois Grandes Lumières. Le Vénérable Maître informe que la Bible (ou un équivalent) représente la Loi Sacrée. Le serment engage le maçon à la discrétion, à la fraternité et à la moralité, avec des pénalités symboliques (non littérales). Si le candidat n’est pas chrétien, un autre texte est utilisé pour éviter toute contrainte religieuse.

Variations par Rite :

  • Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) : La Bible est omniprésente, avec de nombreuses références bibliques. Les mots de passe et légendes des grades (comme le 3e degré, inspiré de la mort d’Hiram dans le Livre des Rois) tirent de l’Ancien et du Nouveau Testament. Comme vous l’avez noté, cela crée une « double-difficulté » : le chrétien doit accepter une lecture non religieuse, axée sur le symbolisme (par exemple, le Temple comme allégorie de l’âme) ; l’athée doit la voir comme une « loi sacrée » morale, non divine. Le REAA distingue la Bible du VLS générique, permettant des substitutions pour embrasser les grandes spiritualités mondiales.
  • Rite Français : Plus laïque, la Bible peut être remplacée par la Déclaration des Droits de l’Homme dans certaines loges adogmatiques, mais reste courante pour les travaux symboliques.
  • Rite Écossais Rectifié : Fortement chrétien, la Bible est ouverte à des passages évangéliques, avec une interprétation chevaleresque et mystique.
  • Autres Rites : Au Rite d’York, la Bible est obligatoire ; dans les loges mixtes ou libérales (comme le Droit Humain), les alternatives sont plus fréquentes pour promouvoir l’inclusivité.

Dans les hauts grades du REAA (4e au 33e), la Bible inspire des allégories plus ésotériques, comme les mystères d’Éleusis comparés aux paraboles christiques.Occasions d’Utilisation et Raisons de sa Prédominance

La Bible est utilisée lors des initiations, élévations de grade, installations d’officiers, et fermetures de travaux. Elle sert de support pour les serments collectifs ou individuels, renforçant l’engagement moral.

Pourquoi la Bible reste-t-elle le volume habituel ? D’abord, pour son accessibilité en Occident : elle fournit un cadre narratif riche (création, exode, sagesse salomonienne) qui alimente les légendes maçonniques. Ensuite, elle incarne l’universalité : comme vous l’avez expliqué, le REAA se place dans les grandes traditions, mais la Bible est la mieux connue, servant de pont vers d’autres textes. Enfin, elle permet de dépasser les antagonismes : l’initiation transforme une lecture religieuse en connaissance intime, tournée vers la Lumière commune à tous les humains, favorisant la construction du « Temple de l’Humanité ».

Symbolisme et significations profondes

La signification profonde du VLS, avec la Bible en tête, réside dans sa fonction initiatique :

  • Universalisme Spirituel : La Bible et les autres textes représentent les « grandes Lois universelles », comme la loi d’Amour. Le rituel distingue la Bible (texte spécifique) du VLS (concept générique), invitant à une interprétation symbolique qui conjugue tradition et présent. Elle contient des valeurs éternelles (fraternité, justice, vérité) que l’initiation actualise.
  • Dépassement des Conflits : Elle résout l’antagonisme entre universalité initiatique et particularité religieuse. La révélation judéo-chrétienne est un « point de départ » vers la Lumière, non une fin. Pour l’athée, elle est une allégorie morale ; pour le croyant, un outil de transcendence.
  • Symbolisme Lumineux : Ouverte au Prologue de Jean, elle évoque la parole créatrice comme lumière intérieure, reliant le maçon au Grand Architecte de l’Univers (GADU), concept déiste neutre.
  • Alchimie Intérieure : La Bible symbolise la transformation : du chaos à l’ordre, comme la construction du Temple. Elle invite à une herméneutique personnelle, où le maçon « bâtit » son temple intérieur.

En somme, la Bible n’est pas un dogme, mais un miroir de l’âme humaine, favorisant l’humilité, la tolérance et la quête de vérité.

Conclusion

La Bible, en tant que Volume de la Loi Sacrée, est un pilier de la Franc-maçonnerie, alliant héritage historique, rituel codifié et symbolisme universel. Elle incarne l’équilibre entre tradition et ouverture, invitant chaque maçon à une lecture initiatique qui transcende les clivages. Malgré les alternatives, sa prédominance reflète l’ancrage occidental de l’ordre, tout en promouvant un humanisme inclusif. Dans un glossaire maçonnique, elle illustre comment un texte ancien devient un outil vivant pour l’édification spirituelle.

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