dim 30 novembre 2025 - 17:11

La grenade, gardienne des mystères maçonniques

De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

La grenade se distingue dans le firmament symbolique de la franc-maçonnerie comme un archétype vibrant : elle représente la tension entre l’unité et la multiplicité, entre la certitude de l’Ordre et l’incertitude de la recherche, entre le silence et la parole qui illumine.

La forme sphérique évoque la perfection pythagoricienne, la coque dure symbolise la Tradition, les nombreux et distincts grains rouges témoignent de l’irréductible richesse des subjectivités maçonniques, unies dans la Loge sans jamais être annulées.

Dans le langage hermétique, la relation entre le fruit et l’Institution devient paradigmatique : la Loge est la grenade, un microcosme dans lequel chaque graine est un Frère ou une Sœur, unique et essentiel à la prospérité de l’ensemble ; l’Obéissance est la coquille qui accueille, protège et maintient l’unité, afin qu’elle ne sombre pas dans l’indifférence.

Le sentiment d’appartenance est la pierre angulaire du chemin initiatique :

Unus pro omnibus, omnes pro uno

Grenades

une attitude intérieure qui n’entrave pas la liberté, mais la raffine jusqu’à l’engagement partagé.

Chaque grain nourrit : une Loge s’épanouit lorsque chacun se sent partie prenante de l’Œuvre, responsable de son propre chemin de lumière. L’obéissance, douce et ferme, n’est pas une soumission aveugle : c’est une écoute attentive, une discipline consciente, le choix d’adhérer aux règles qui nous précèdent afin que, ensemble, nous puissions chercher la Vérité.

C’est une obéissance raisonnée , l’antithèse de l’obéissance passive, car la liberté du franc-maçon brille précisément dans le consentement lucide et partagé aux lois de l’Atelier.

Rien n’exprime mieux la dynamique évolutive de la Loge que le fruit ouvert : diversité et similitude coexistent dans les noyaux brillants, et le tout est plus grand que la somme de ses parties. La Tradition nous met en garde : la perte d’un noyau perturbe l’intégrité. Pourtant, la plante perdure, se renouvelle et porte de nouveaux fruits ; il en va de même pour la Loge, qui régénère sa sève même après le départ d’un Frère ou d’une Sœur.

Omnia mutantur, nihil interit

Il ne s’agit pas de destruction, mais de transformation.

L’héritage de la fraternité demeure, tout comme les valeurs qui font de l’Atelier un lieu de travail et d’espoir.

Et, pour rappeler la noblesse de la dissidence, on pourrait dire avec Voltaire, par la bouche d’Evelyn Beatrice Hall :

Je ne suis pas d’accord avec toi, mais tu vas te battre contre moi pour pouvoir me le dire .

Grenades

La Loge préserve son intégrité et, en même temps, s’enrichit de la friction fructueuse entre les idées sincères.

L’écorce, parfois amère, toujours ferme, se défend contre l’agression du monde profane sans isoler : elle ouvre des portes, filtre, éduque. L’initiation enseigne que l’amour a de multiples voix : agapè, éros, philia , respect, passion, amitié ; comme trois courants qui convergent au cœur du fruit et font de la communauté initiatique une communion exigeante et féconde.

La femme franc-maçonne est la voix et la graine de la grenade, incarnant son alchimie : force créatrice et modération, humilité et fermeté, acceptation et rigueur. Dans la grenade, elle perçoit son œuvre quotidienne : préserver la pluralité des graines sans perdre le centre ; défendre la différence, la protégeant de la dispersion comme de la standardisation.

Elle apporte à la Loge un savoir guérisseur qui, loin d’édulcorer la loi, la rend vivable ; une intelligence relationnelle qui n’a pas peur du conflit, car elle croit au travail progressif de l’harmonie. Lorsqu’elle s’incline devant la diversité des points de vue, elle ne recule pas : elle reconnaît que l’unité est un accomplissement, un exercice d’écoute, une pratique de la responsabilité.

Grenades

Sa voix, flamme tenace, nous rappelle que la Tradition n’est pas un sanctuaire, mais une sève qui coule : la coquille protège, certes, mais elle s’ouvre au moment opportun pour nourrir le monde. Dans ce geste, de la certitude de la coquille à l’incertitude de la graine, la femme franc-maçonne témoigne que la liberté n’est pas solitude, mais appartenance choisie ; que la force n’est pas dureté, mais bienveillance ; que le rituel n’est pas habitude, mais renaissance continue de l’Œuvre.

Ainsi le cercle se referme et se rouvre aussitôt : de l’Un à la multiplicité et vice-versa, de la parole au silence fécond, de la perte à la renaissance. La grenade, au cœur de la franc-maçonnerie, demeure une invitation et un avertissement : cherchez l’Un dans la diversité, ne craignez pas la métamorphose, veillez à ce que chaque graine, chaque Frère, chaque Sœur, trouve sa place et sa raison d’être dans l’Œuvre éternelle.

Et lorsqu’une graine tombe, la plante ne meurt pas : elle se prépare pour la saison suivante, fidèle au soleil de la fraternité, au souffle de l’égalité, au vent libre de l’exploration.

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