jeu 01 janvier 2026 - 06:01

Quand le corps devient tablier : réflexion clinique sur le tatouage maçonnique

Sous la plume d’un psychiatre-psychanalyste, cette enquête clinique interroge un phénomène discret mais croissant : des Frères et des Sœurs se font tatouer des emblèmes maçonniques comme signes d’appartenance. Que révèle ce passage du symbole intérieur à l’empreinte cutanée ? Entre mécanismes narcissiques, confusion du secret et du spectacle, regret tardif et coût collectif du détatouage, l’analyse croise aussi l’éclairage des traditions religieuses pour rappeler qu’en initiatique, la vraie marque ne se grave pas sur la peau mais dans la conscience.

Il arrive que certains Frères ou Sœurs, dans une ferveur sincère mais mal dirigée, choisissent d’inscrire sur leur peau les symboles maçonniques qu’ils devraient garder sur leur cœur. Équerre, compas, delta rayonnant, lettres hébraïques, colonnes ou gants stylisés deviennent alors marques indélébiles, étalées à la manière d’un blason sur le corps profane. Ce phénomène, en progression depuis une dizaine d’années, interroge non seulement la symbolique initiatique, mais aussi les ressorts psychiques de cette exposition de soi.

Le tatouage, dans le cadre maçonnique, inverse le mouvement initiatique : il externalise ce qui devrait rester intériorisé. Là où le rituel travaille à la lente gravure de la conscience, à l’inscription invisible du symbole dans l’âme, le tatouage opère une réduction – parfois narcissique – de la quête à un signe de reconnaissance immédiate. Ce passage de l’esprit à la chair trahit souvent une quête d’identité mal apaisée, un besoin d’affirmation visible, voire une revendication sociale ou communautaire déguisée en fidélité symbolique.

Le corps exhibé, le symbole trahi

La psychanalyse enseigne que le corps, lorsqu’il devient le support d’un signe d’appartenance, dit quelque chose d’un manque. Dans la Franc-Maçonnerie, où l’appartenance se vit dans le silence du Temple et non dans la démonstration, le tatouage maçonnique traduit parfois une confusion entre le paraître et l’être initié. Derrière le geste se lit souvent une détresse identitaire : ne sachant plus habiter symboliquement leur intériorité, ces Frères et Sœurs cherchent à la projeter à la surface du corps, comme pour conjurer une angoisse du vide.

D’un point de vue clinique, on retrouve ici des mécanismes proches de la compulsion identificatoire : le besoin de se faire voir, reconnaître, valider, quitte à profaner par l’image ce qui relève du secret intérieur. Le symbole, détourné de sa fonction spirituelle, devient un emblème tribal.

Le coût du désenchantement

Fait peu connu : nombre de ces initiés regrettent leur geste avec les années. Les séances de détatouage, longues, douloureuses, coûteuses (entre 1500 et 3000 euros pour un motif moyen), pèsent souvent sur la sécurité sociale lorsque la prise en charge médicale est invoquée pour raison dermatologique. À la charge psychique s’ajoute donc une charge collective : le prix d’une réintégration symbolique après un acte d’extériorisation irréfléchi.

Tatouages et spiritualités : entre interdit et purification

L’histoire religieuse éclaire cette dérive contemporaine. Dans le Lévitique (19, 28), le texte hébraïque est explicite : « Vous ne ferez pas d’incisions dans votre chair pour un mort, et vous ne ferez pas de tatouages. » Le judaïsme a toujours considéré le corps comme création divine, intouchable, destiné à retourner pur à la terre.

L’islam partage ce point de vue : le hadith condamne le tatouage comme altération de la création d’Allah. Il en fait un signe d’orgueil ou de vanité. Le corps n’appartient pas à l’homme, il est confié à sa garde.

Chez les chrétiens, la tradition ancienne reste prudente : saint Paul rappelle que « votre corps est le temple de l’Esprit » (1 Co 6,19). Le marquer, c’est risquer d’y inscrire le profane dans le sacré. Certes, quelques figures mystiques ou missionnaires ont pu y voir un signe d’engagement, mais la norme demeure la pudeur et la réserve.

Une spiritualité de la peau ou du silence ?

Il n’est pas question ici de condamner, mais de rappeler que l’initiation maçonnique invite à un autre langage du corps : le geste juste, la position rituelle, le silence fécond, la lumière qui éclaire sans brûler. Le tatouage, en réduisant l’indicible à l’image, détourne le sens de cette lente construction intérieure.

À ceux qui inscrivent l’Équerre et le Compas sur leur bras, il faut rappeler que l’outil n’appartient pas au corps, mais à l’Œuvre. Le symbole, lorsqu’il s’imprime dans la chair, perd sa fonction de médiation : il devient possession. Et posséder un symbole, c’est déjà cesser de l’entendre.

Une misère expressive déguisée en passion initiatique

Dans ma pratique, j’ai rencontré plusieurs de ces Frères ou Sœurs repentis. Tous exprimaient, à mots couverts, un même regret : celui d’avoir voulu rendre visible ce qu’ils ne savaient plus ressentir. C’est là une pauvreté d’expression, non une faute morale. Mais elle dit quelque chose d’une époque : celle où l’être se mesure à ce qu’il montre, et non à ce qu’il élève.

La véritable trace maçonnique n’est pas sur la peau, mais dans le regard, la main tendue, la parole maîtrisée. Le reste n’est que bruit. Et dans cette inflation de signes, l’initié se perd, croyant se retrouver.

Le tatouage dans les rites traditionnels : quelques repères…

Tatouage intégral yakuza portant un fundoshi.

Dans l’histoire des sociétés, le tatouage n’a pas une signification unique : il peut marquer l’appartenance, l’épreuve, la protection, la mémoire des morts ou l’esthétique. Quelques repères utiles pour ne pas confondre ces usages avec l’extériorisation initiatique maçonnique.

Polynésie et Māori
Le tā moko maori et les motifs polynésiens inscrivent la généalogie, le rang, la bravoure. Ils ne relèvent pas d’un “branding” individuel mais d’une grammaire lignagère et sacrée, codifiée et transmissible.

Afrique du Nord et Orient
Les tatouages amazighs ou coptes ont souvent une valeur protectrice, identitaire ou liturgique (croix coptes au poignet). Ils témoignent d’une mémoire communautaire plus que d’une revendication personnelle.

Japon traditionnel
L’irezumi a porté successivement des fonctions pénales, esthétiques et viriles : le même geste technique a pu signifier l’infamie, puis l’ornement héroïque. La fonction sociale du signe prime sur son motif.

Europe moderne
Marins, légionnaires, forçats, pèlerins : le tatouage y fut tantôt registre de route, tantôt talisman, tantôt stigmate. Dans les cultures initiatiques occidentales, la marque la plus haute demeure intérieure : le signe s’éprouve plus qu’il ne s’exhibe.

Religions du Livre
Le judaïsme (Lv 19,28) proscrit le tatouage ; l’islam le réprouve comme altération de la création ; le christianisme, plus nuancé, rappelle que « le corps est temple de l’Esprit » et valorise la pudeur. Ces réserves convergent : la sacralité du corps appelle la discrétion du signe.

Là où les sociétés traditionnelles inscrivent sur la peau une loi commune, l’initié maçon cherche, lui, à inscrire la Loi en lui. Le rite vise l’intériorisation patiente, non la publication de soi. Entre symbole vécu et emblème tatoué, l’écart n’est pas esthétique : il est spirituel.

Références d’études et spécialistes

  • Viren Swami — psychologue britannique, spécialiste des études sur l’estime de soi et les motivations du tatouage (voir article sur Trust My Science : « Le tatouage, un moyen d’expression aux vertus psychologiques »).​
  • Analyse sur le site MissionPsychologue.fr : « Que révèlent les tatouages en psychanalyse » avec des points de vue de psychanalystes français et des synthèses cliniques.​
  • Psychologue.net — plateforme regroupant des témoignages et recherches cliniques de psychologues sur le rapport au tatouage.​
  • Article sur Lacageauxfioles.fr, par des thérapeutes spécialisés, sur le tatouage comme processus thérapeutique et gestion du traumatisme.​
  • Études sociologiques et psychologiques mentionnées par Eurekoi.org (bibliothécaires et chercheurs, dont des psychologues canadiens, interrogés sur la symbolique et la popularité du tatouage auprès des jeunes adultes).

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10 Commentaires

  1. Satya est servi comme si l’auteur stigmatisait les Francs-maçons ayant des tatouages. L’auteur présente l’opinion que rien ne doit être transmis au monde extérieur! D’accord! D’accord! Qu’en est-il de ceux qui portent des insignes maçonniques en boutonnière? Qui porte des bagues maçonniques? Qui pend l’emblème maçonnique sur sa voiture! Qui est fier d’être Franc-maçon plutôt que de le cacher, Tremblant de peur.

  2. Généralement quand je lis ce genre de pamphlet, ils sont signés de nervis de l’extrême droite.
    J’ai été tatoueur pendant plus de 2 décennies, membre du SNAT quelques années, et j’en ai lu, en nombre, de ces réquisitoires dignes de l’inquisition, accablant le tatoué de tous les maux, où comme aux grandes heures des institutions staliniennes, le pathologisant pour le rabaisser et le marginaliser.
    On retrouve ce genre de discours infâme et infamant dans le rapport Civatte de 2007, où avec un mépris à peine voilé, l’académie française de médecine menait une charge frontale contre le tatouage, sans en avoir, ostensiblement, une quelconque connaissance : ni de l’activité, ni des tatoueurs ni des tatoués.
    Il est attristant de lire encore et toujours les mêmes arguments toxiques, parfois issus des recoins les plus sombres du monothéisme, parfois issus d’études menées à charge ou plus souvent du populisme le plus crasse et le plus morbide, dans un article « maçonnique ».
    Il existerait une porosité croissante de certains frères et de certains ateliers aux thèses de l’extrême droite : en voici donc un flagrant exemple : intolérance, mépris, condescendance…
    Maçons et tatoués furent déportés par le 3e Reich. Certains ont la mémoire courte.

  3. Il est dit dans les écritures : nous sommes le Temple du Dieu vivant, et plus loin: un esprit sain dans un corps sain.
    Le corps humain bien que enveloppe charnelle est sacré et le créateur du ciel et de la terre a fait toute chose bonne, bonne à ses yeux et inaltérable.
    Maintenant, libre à ceux et celles qui selon leurs croyances font de leurs peaux un tableau de réécriture graphique.
    Loin de porter des jugements, j’essaie juste de convoquer les textes divins afin que ceux qui ont des oreilles pour entendre ententent.

    Très respectueusement…

  4. Hummm article qui divise plus qu’il ne rassemble. Je ne pensais pas qu’un sujet aussi futile pouvait faire remonter autant de jugements tranchés à l’excès. La forme de l’article y incite en invoquant comme cautions morales les religions monothéistes. Rien que ça me colle la chair de poule. Et les illustrations par IA complètement exagérées pour frapper l’imagination. Que l’auteur pense ce qu’il veut de la pratique, mais l’analyse pseudo psychologique qu’il en fait est bourrée de biais subjectifs. Sans intérêt.

  5. Oh, Alain quelle condescendance typique d’un pseudo-progressiste qui se drape dans une cape d’ouverture d’esprit pour mieux dénigrer ceux qui ne partagent pas son enthousiasme pour les tatouages. « Encore faut-il avoir l’esprit ouvert pour bien comprendre cela » – vraiment ? Comme si admirer des encrages permanents sur la peau était une marque de sophistication intellectuelle, et que refuser de se transformer en toile vivante relevait d’une étroitesse d’esprit archaïque.
    Ce n’est pas parce que vous avez transformé votre corps en un album de stickers personnels que vous êtes automatiquement plus « éveillé » ou profond.
    Au contraire, ça pourrait juste signifier que vous avez cédé à une mode passagère, influencée par des célébrités et des réseaux sociaux, sans réfléchir aux regrets futurs ou à l’esthétique douteuse qui viendra avec l’âge.
    Et puis, cette pique gratuite contre « certains anciens complètement déphasés » – ah, le classique mépris générationnel. Parce que les personnes âgées, avec leurs décennies d’expérience de vie, de guerres, de crises et de leçons apprises, sont forcément « déphasées » si elles ne sautent pas sur la tendance du tatouage ?
    Peut-être qu’elles ont vu assez de modes idiotes venir et partir pour savoir que se marquer la peau pour un deuil, un amour éphémère ou un hommage à un chanteur de heavy metal n’est pas synonyme de profondeur, mais souvent d’impulsivité juvénile. Elles ont peut-être compris que la loyauté, les serments et les souvenirs n’ont pas besoin d’être gravés dans la chair pour être vrais ; ils se vivent intérieurement, sans besoin de parade publique. Mais non, selon vous, elles sont juste des reliques d’un monde dépassé, hein ? C’est pathétique, cette arrogance qui confond le conformisme culturel actuel avec de l’ouverture d’esprit.
    Quant à « on n’est pas sorti de l’auberge », c’est d’une ironie mordante venant de quelqu’un qui paraît enfermé dans une bulle d’autosatisfaction béate.
    Le monde que nous vivons est effectivement compliqué, mais pas à cause des « anciens déphasés » – plutôt à cause de gens comme vous qui jugent les autres sur des critères superficiels comme l’absence d’encre sur la peau, tout en prétendant promouvoir la tolérance. Si l’ouverture d’esprit consiste à idolâtrer les tatouages comme des « chemins de loyauté » tout en rabaissant ceux qui choisissent la simplicité, alors merci, mais non merci.
    Peut-être que les non-tatoués, comme Abiker lui-même l’admet avec une pointe d’humilité, ont simplement plus de sagesse en n’osant pas « se jurer, ni dessiner, ni promettre, ni risquer » sur leur peau.
    Au final, votre commentaire n’est qu’un écho vide de vertu signalée, qui révèle plus sur votre propre étroitesse que sur celle des autres.
    Réveillez-vous !
    La vraie ouverture, c’est accepter que tout le monde n’ait pas besoin de se scarifier pour se sentir vivant.

    • J ai 67 ans et me suis fait tatouer 2 éléments très personnels à des moments particuliers de ma vie !
      Cela m’appartient (et a du sens pour moi !) et je ne comprends pas en quoi je dérange « l’autre »
      Vous faites de beaux discours qui me semblent qu’intolérance et si peu fraternel !
      «  je ne serai pas « deçu » par la FM mais plus souvent par des Francs Maçons »

  6. « C’est fou, le nombre de gens tatoués ! »
    Voilà une phrase un peu bête, que j’ai entendue, et sans doute aussi prononcée, à la fin de chaque été. C’est évidemment une phrase de non-tatoué. Il y a une sorte de frontière entre eux et nous, tracée à l’encre invisible avec une pointe d’a priori. Lassé de compter les tatoués chaque été sur la plage, aiguillonné que j’étais par les dessins et motifs réalisés par le dermographe, je leur ai parlé. On devrait toujours s’adresser aux tatoués. Quand, au café, j’ai interrogé la serveuse, elle m’a répondu volontiers, avec un sourire qui m’a plu. Quand j’ai demandé aussi à la jeune femme qui garde parfois mon chien, elle m’a tout dit ou presque. Même des tatoués rencontrés dans le train ont accepté de m’expliquer.
    Cette fleur sur mon cou ? C’est parce que je me sens aussi une animale végétale. La coccinelle sur mon bras ? Parce que ça porte chance. L’oiseau sur mon poignet ? C’était après un cancer. Une femme m’a dit que chacun de ses tatouages correspondait à un deuil. Il y a ceux qu’on montre et ceux qu’on garde pour soi ou pour l’amour. Une autre s’est tatouée à la naissance de son fils. Une amie m’a dit que ce dessin géométrique était un hommage à un chanteur de heavy metal qui avait compté quand elle fut terrible pour elle. Il y avait aussi cette grande brune avec une salamandre sur sa veine cicatrisée. Une autre évoquait que le rouge sur l’aine (je l’aurais mordue au sang pour goûter au jus de cerise). Un couple de mariés très mis en valeur m’a fièrement montré ses alliances : deux tatouages anthracite autour du majeur. Un garçon s’est tatoué après avoir réchappé d’un accident. Un gros dur murmura trois mots timides de petit garçon.
    Une de mes amies, jamais à court d’une provocation, s’est fait piquer sur l’épaule, pour ses 50 ans, la maxime suivante : « Sur la route de l’amour, racontons des blagues ». Une fille qui avait du poids m’a dit : « Le tatouage c’est comme une drogue, tu ne t’arrêteras pas ». Un autre : « Les motifs m’ont bouleversé. »
    Moi qui pensais que ce que je regardais furtivement ne me regardait pas. Rien que sur la plage, je me suis dit que leurs tatouages nous regardent. Ils nous disent : « Je ne suis pas celui que tu crois. » Et parfois plus : « Voilà qui je suis » ou « Regarde ce que j’ai ta peau encore » « Regarde comme j’ai aimé ». Les tatoués à fleur de peau peuvent parler à livre ouvert. Les non-tatoués devraient plus souvent écouter les tatoués.
    Sous un tatouage, un vrai, il y a souvent un chemin de loyauté et une prestation de serment. D’une conversation avec un tatoué, il reste toujours un petit quelque chose d’important, d’indélébile, parfois une douleur qui finit de rougir sur les braises du souvenir. Une confidence, un secret partagé qui n’appartient pourtant qu’à eux.
    Tatoués, je vous aime à tout jamais, moi qui suis vierge de peau et qui, moi le sans-encre, moi qui n’ai jamais osé me jurer, ni dessiner, ni promettre, ni risquer sur ma vieille peau parcheminée.
    Par David Abiker
    Voilà simplement, encore faut il avoir l’esprit ouvert pour bien comprendre cela, et en lisant certains commentaires, je comprends un peu le monde que nous vivons, surtout certains anciens complètement déphasés. Bref on n’est pas sorti de l’auberge 😉

  7. Il faut le dire clairement. Un Frère ou une Sœur qui se fait tatouer des symboles maçonniques sur le corps manifeste une profonde incompréhension de ce qu’est l’initiation – et, bien souvent, une réelle fragilité psychique.
    Derrière le discours de passion, de fierté ou de dévouement à l’Ordre, on voit surtout à l’œuvre des personnalités en souffrance, dépendantes du regard des autres, incapables de vivre le secret autrement qu’en le transformant en spectacle.
    Quand l’appartenance maçonnique doit être gravée dans la chair pour exister, c’est que quelque chose ne va plus. Ce n’est plus le symbole qui élève l’initié, c’est l’ego qui instrumentalise le symbole. On n’est plus dans la quête, mais dans la mise en scène. Sur le plan clinique, ce type de conduite relève souvent d’une pathologie de l’image de soi : fissure de l’estime personnelle, immaturité affective, besoin compulsif de se signaler, voire dérives quasi addictives autour du marquage du corps.
    Le plus inquiétant est que ces personnes se vivent parfois comme plus engagées, plus fidèles, plus maçons que les autres parce qu’elles exhibent un compas sur l’épaule ou un delta au creux du dos.
    En réalité, elles révèlent exactement l’inverse : une incapacité à contenir le symbole, à le laisser travailler en profondeur. L’incapacité à supporter l’invisible est un signe de fragilité, parfois même d’organisation psychique limite. Quand on ne supporte plus que le sens soit intérieur, on le projette sur la peau, comme un pansement identitaire.
    Ajoutons l’absurdité du retour en arrière car nombre de ces tatoués finissent par regretter leur geste. Viennent alors les demandes de détatouage, procédures longues, douloureuses, coûteuses – et souvent en partie supportées par la collectivité.
    Autrement dit, la société se retrouve à payer, au sens propre, les conséquences de caprices identitaires et de conduites impulsives. C’est un comble pour des individus qui se prétendent initiés et responsables.
    Dans un Ordre qui travaille le symbolisme, la discrétion et la maîtrise de soi, le tatouage maçonnique relève objectivement d’une dérive. Il trahit une misère intérieure que l’on maquille en fidélité, une confusion grave entre le cheminement spirituel et le marquage tribal. Il n’est pas exagéré de dire que certains de ces Frères ou Sœurs sont, à des degrés divers, de véritables malades du signe : obsédés par l’emblème, incapables d’habiter le sens.
    Rappeler cela n’est ni méchant ni réactionnaire, c’est prendre au sérieux ce que la Franc-Maçonnerie prétend être. Un initié n’a pas besoin de tatouer son appartenance pour qu’elle soit réelle. Ceux qui croient le contraire ne sont pas des avant-gardes courageuses, mais des êtres en grand désarroi, qui ont substitué la surface de leur peau à la profondeur de leur travail intérieur. À eux, il faudrait moins offrir des likes qu’une véritable écoute et, souvent, une aide professionnelle.

  8. je ne suis pas vraiment d’accord avec l’article. Le tatouage peut marquer l’engagement mais également marquer une intention, un rappel au quotidien. A l’époque des croisades, les pèlerins se faisaient tatouer, les coptes notamment se faisaient tatouer des images chrétiennes qu’ils devaient montrer pour entrer dans le temple. Personnellement j’ai un tatouage, est il maçonnique ? C’est une représentation de Saint Georges terrassant le dragon, symbole de mon engagement de lutter contre mes vices et de développer la vertu, de combattre l’injustice et de défendre la vérité (quelle qu’elle soit), j’ai rajouté sur le haut de la lance la croix hospitalière et dés que j’en aurai l’occasion je lui adjoindrai le soleil, la lune et la petite ourse à l’aplomb du chevalier. Je rajouterai que j’utilise régulièrement du jagua un gel naturel qui permet de marquer la peau de façon temporaire, je trace alors quelques runes, de façon ésotérique, j’influence alors l’esprit par le marquage sur le corps, pour moi ça fonctionne assez bien. Bref, tout ça pour dire que le tatouage dépasse un simple coup de tête identitaire et peut être un agent de développement spirituel. Note : à qui sait marcher, prenez un crayon, tracer vos pas et vous découvrirez 3 runes, Isa, Wunjo, et Sowelo, le graphisme est là pour qui veut le voir…

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Erwan Le Bihan
Erwan Le Bihan
Né à Quimper, Erwan Le Bihan, louveteau, a reçu la lumière à l’âge de 18 ans. Il maçonne au Rite Français selon le Régulateur du Maçon « 1801 ». Féru d’histoire, il s’intéresse notamment à l’étude des symboles et des rituels maçonniques.

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