Gardez cet article avec vous Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
+ frais de traitement
Vous avez un code promo ?
Deux enseignants assassinés, deux journées de mémoire, une même exigence de liberté.Les 16 et 17 octobre 2026, la Franc-Maçonnerie a renouvelé son hommage à Samuel Paty et Dominique Bernard, victimes du terrorisme islamiste pour avoir incarné l’émancipation par le savoir.À Paris, au square Samuel-Paty, Guillaume Trichard, Grand Maître du Grand Orient de France, Géraldine Frobert, représentant la Grande Loge Féminine de France, et Maurice Leduc, Grand Maître National de la Fédération Française du DROIT HUMAIN, ont fait entendre trois voix fraternelles unies dans la défense de la République.
Le lendemain, à Conflans-Sainte-Honorine, devant le collège où enseignait Samuel Paty, le Grand Orient de France, avec Guillaume Trichard, Georges Sérignac et la Loge Les Sept Frères d’Héliopolis, prolongeait cet engagement dans une émotion profonde, avant un moment de concorde au Temple. Deux hommages, une même fidélité à la liberté de conscience, à la laïcité et à la transmission, pour que la mémoire des disparus demeure une responsabilité vivante plutôt qu’un souvenir figé.
Deux noms que la République porte désormais dans sa chair
Il est des noms que l’Histoire ne peut plus prononcer sans que la mémoire collective se trouble, des noms qui cessent d’appartenir à ceux qui les portaient pour devenir ceux d’une exigence morale adressée à toute une nation. Samuel Paty et Dominique Bernard sont de ceux-là, deux hommes dont la vie s’était construite autour d’une vocation aussi discrète qu’essentielle, celle d’enseigner, de transmettre, d’ouvrir les intelligences au monde et d’accompagner de jeunes êtres humains vers la liberté de penser.
Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie au collège du Bois-d’Aulne de Conflans-Sainte-Honorine, était assassiné par un terroriste islamiste après avoir consacré un enseignement à la liberté d’expression. Trois années plus tard, le 13 octobre 2023, Dominique Bernard, professeur de lettres modernes au lycée Gambetta-Carnot d’Arras, tombait à son tour sous les coups d’un terroriste islamiste, alors qu’il tentait de s’opposer à l’agresseur.
Six ans après le premier assassinat, trois ans après le second, la douleur demeure, mais une conviction s’impose avec une force renouvelée : ces deux professeurs n’ont pas seulement été victimes de la violence terroriste, ils ont été frappés dans ce qu’ils représentaient de plus précieux, la possibilité pour chaque enfant de grandir dans une conscience libre.
Leur rendre hommage ne consiste donc pas à entretenir une tristesse sans lendemain, mais à refuser que la peur, l’intimidation et le fanatisme deviennent les arbitres de ce qui peut être enseigné, expliqué ou débattu dans une salle de classe. C’est cette fidélité active qui a donné aux deux journées des 16 et 17 octobre 2026 leur profondeur humaine et leur portée républicaine.
Paris, 16 octobre : trois voix maçonniques pour une même fidélité
Vendredi 16 octobre, à midi, le square Samuel-Paty, dans le 5ᵉ arrondissement de Paris, à proximité de la Sorbonne, accueillait une cérémonie organisée par le Grand Orient de France et le Collectif Laïque National, en présence de représentants des Obédiences maçonniques, d’associations attachées à la laïcité et de personnalités engagées dans la défense des valeurs républicaines.
Dans cet espace parisien devenu lieu de mémoire, trois prises de parole ont particulièrement donné corps à l’engagement de la Franc-Maçonnerie : celles de Guillaume Trichard, Grand Maître du Grand Orient de France, de Géraldine Forbert conseillère fédérale de la Grande Loge Féminine de France, représentant la Grande Maîtresse Liliane Mirville, et de Maurice Leduc, Grand Maître National de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International LE DROIT HUMAIN.
Leurs sensibilités et leurs accents différaient, mais leurs interventions se rejoignaient sur l’essentiel, cette conviction que la laïcité, la liberté de conscience, l’instruction et la fraternité constituent les fondements d’une société dans laquelle nul ne devrait mourir pour avoir enseigné à penser.
Au-delà des appartenances obédientielles et des différentes manières de vivre l’engagement initiatique, les Francs-Maçons savent se retrouver lorsqu’il s’agit de défendre la dignité humaine et les libertés fondamentales. Devant les noms de Samuel Paty et de Dominique Bernard, leurs différences s’effaçaient au profit de ce qui les rassemble, non dans une uniformité de pensée, mais dans la reconnaissance d’un héritage commun, celui des Lumières, de l’humanisme et de la République.
Guillaume Trichard : transmettre, c’est résister à l’obscurantisme
Le discours de Guillaume Trichard a donné à cette commémoration une dimension tout à la fois profondément humaine et résolument politique, au sens le plus noble du terme.
Plutôt que de commencer par une dénonciation de la barbarie, le Grand Maître du Grand Orient de France a choisi de rappeler ce qu’était Samuel Paty avant de devenir un symbole : un professeur passionné par son métier, attentif à ses élèves, convaincu que l’enseignement pouvait transformer les existences et ouvrir des chemins d’émancipation.
Cette évocation restitue à l’homme sa place derrière le nom, à l’enseignant sa présence derrière le martyr et à la transmission son caractère presque sacré, puisque chaque génération reçoit de celle qui la précède un patrimoine de connaissances qu’elle doit enrichir avant de le transmettre à son tour.
Guillaume Trichard a également tenu à rejeter avec fermeté toute tentative de faire porter à Samuel Paty la moindre responsabilité dans l’engrenage qui conduisit à son assassinat. Celui-ci n’avait commis aucune faute en exerçant sa mission d’enseignant, et rien ne saurait justifier que l’on transforme en imprudence l’exercice légitime de la liberté pédagogique.
Le Grand Maître a replacé les deux professeurs dans la filiation des Lumières et dans celle de ces défenseurs exigeants de la République que Georges Clemenceau désignait comme des « Républicains de bataille ».
Il a surtout rappelé la nature de la menace : le fanatisme islamiste qui prétend imposer une loi religieuse aux consciences et soumettre les institutions à ses prescriptions. Nommer cette idéologie, a-t-il souligné, constitue une condition nécessaire pour lui résister, tant le danger qu’elle représente pour l’École et les libertés demeure considérable.
Mais cette fermeté ne doit jamais être confondue avec une hostilité envers les convictions religieuses, puisque la laïcité protège précisément chacun dans son droit de croire, de ne pas croire, de changer de conviction et de n’en professer aucune. Guillaume Trichard l’a exprimé dans une formule essentielle :
« Car la laïcité ne retranche rien à la liberté. Elle la rend possible. »
Cette affirmation prend une résonance particulière dans une cérémonie maçonnique, tant elle rejoint l’exigence première de l’initiation, qui consiste à apprendre à exercer son jugement, à se dégager des préjugés et à refuser les vérités imposées.
Évoquant Ferdinand Buisson, Jean Zay et Charles Péguy, le Grand Maître a également rappelé la responsabilité de la société envers son École, alors que les difficultés rencontrées par les enseignants et les inquiétudes de la jeunesse imposent de ne pas limiter la défense de l’institution scolaire à de simples proclamations de principe.
Protéger l’École de la République, c’est protéger un lieu où l’enfant doit pouvoir devenir autre chose que la reproduction des appartenances, des certitudes ou des déterminismes dont il hérite.
Ainsi, la mémoire de Samuel Paty et de Dominique Bernard devient-elle une interrogation adressée à chacun : que faisons-nous concrètement de l’héritage qu’ils nous ont laissé ?
Géraldine Frobert : la Grande Loge Féminine de France appelle à ne jamais renoncer
La parole portée par Géraldine Frobert, conseillère fédérale de la Grande Loge Féminine de France, a prolongé cette réflexion en lui donnant la force d’une vigilance quotidienne.
Transmettant les salutations et les pensées fraternelles de Liliane Mirville, Grande Maîtresse de la GLFF, retenue loin de Paris, elle a rappelé que Samuel Paty et Dominique Bernard avaient été assassinés pour avoir accompli la mission que la Nation leur avait confiée.
Ces deux enseignants appartenaient à une longue lignée de femmes et d’hommes qui ont fait de l’École le lieu privilégié de la construction du citoyen, dans le prolongement de l’ambition républicaine portée notamment par Jules Ferry.
Mais la représentante de la GLFF a également souligné ce paradoxe inquiétant qui traverse notre époque : comment un principe destiné à garantir la paix civile, l’égalité et la liberté de conscience peut-il devenir l’objet de tant de contestations, de détournements et d’attaques ?
La laïcité souffre aujourd’hui de confusions qui en obscurcissent le sens. Tantôt réduite à une simple neutralité administrative, tantôt présentée à tort comme une entreprise hostile aux religions, elle doit être constamment réexpliquée dans sa véritable portée juridique et philosophique.
La loi du 9 décembre 1905, dont l’article premier affirme que la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes sous les restrictions prévues dans l’intérêt de l’ordre public, demeure à cet égard une référence fondamentale.
Géraldine Frobert a donc insisté sur la nécessité de ne jamais renoncer à expliquer, à échanger, à démontrer et à rétablir le sens des mots, particulièrement lorsque les approximations et les manipulations sémantiques fragilisent la compréhension des principes républicains.
Son intervention a également salué le travail de jeunes lycéens qui, à travers l’ouvrage Génération Paty – Le procès : les jeunes face à l’histoire, ont entrepris de comprendre les mécanismes ayant conduit à l’assassinat du professeur.
Cette démarche possède une portée symbolique considérable : lorsque la jeunesse s’empare elle-même de la mémoire d’un enseignant assassiné, elle oppose à la volonté d’intimidation des terroristes la puissance d’une intelligence qui refuse de se soumettre.
Dans cette fidélité au savoir, la Grande Loge Féminine de France réaffirme sa conception d’une émancipation qui ne peut se construire que dans la lucidité, la responsabilité et le respect de la liberté d’autrui.
Maurice Leduc : de la mémoire à l’action, le devoir d’humanité
Maurice Leduc, Grand Maître National de la Fédération Française du DROIT HUMAIN, a pour sa part inscrit son hommage dans une réflexion d’une grande portée fraternelle, articulée autour de trois devoirs complémentaires : se souvenir, agir et transmettre.
Le souvenir, d’abord, parce qu’il serait insupportable que les noms de Samuel Paty et de Dominique Bernard ne deviennent que des références inscrites dans les calendriers commémoratifs, appelées à ressurgir une fois par an avant de retourner au silence. La mémoire véritable ne saurait être figée dans le passé, puisqu’elle appartient aux vivants et les engage dans le présent.
L’action, ensuite, parce que l’émotion, aussi sincère soit-elle, ne suffit pas à réparer les fractures de la société. Défendre les libertés, combattre l’intolérance, refuser les violences et préserver le respect absolu de la personne humaine constituent les prolongements nécessaires du recueillement.
La transmission, enfin, parce que l’éducation représentait précisément la vocation de ces deux professeurs, qui avaient choisi de consacrer leur vie à éveiller chez leurs élèves cette faculté irremplaçable permettant à chacun de devenir un être libre : l’esprit critique.
Maurice Leduc a rappelé que la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité s’adressent à tous les citoyens, quelles que soient leurs convictions religieuses ou philosophiques. Il a également réaffirmé l’engagement humaniste du DROIT HUMAIN, dont l’ambition est de travailler à l’avènement d’une humanité fraternellement organisée, sans distinction d’origine, de condition sociale, de conviction ou de croyance.
Une telle perspective donne toute sa profondeur à l’engagement maçonnique, puisque le perfectionnement individuel n’y constitue jamais une fin isolée, mais doit contribuer à l’amélioration de la condition humaine.
Dans cette vision, les établissements scolaires devraient être des espaces de tolérance, de bienveillance, de respect mutuel et de liberté intellectuelle, où l’apprentissage du dialogue permettrait de désarmer progressivement la violence.
L’hommage rendu aux deux enseignants s’est ainsi prolongé par une pensée particulièrement chaleureuse pour leurs familles, leurs proches et tous ceux qui continuent à vivre avec leur absence, car derrière la grandeur des principes demeurent toujours des vies brisées, des affections interrompues et des êtres auxquels aucune cérémonie ne rendra celui qu’ils ont perdu.
Conflans-Sainte-Honorine, 17 octobre : revenir là où la République fut blessée
Le lendemain, samedi 17 octobre, à 11 heures, l’hommage prenait une dimension différente, plus intimement liée au lieu du drame.
Devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine où Samuel Paty enseignait, anciennement collège du Bois-d’Aulne et officiellement rebaptisé collège Samuel-Paty le 14 mars 2025, le Grand Orient de France se rassemblait à nouveau pour honorer sa mémoire.
Cette seconde cérémonie, portée par le Grand Orient de France, réunissait notamment Guillaume Trichard et Georges Sérignac, ancien Grand Maître de l’Obédience, dans une fidélité qui dépasse largement le cadre d’une commémoration institutionnelle.
Revenir devant ce collège, six années après l’assassinat de Samuel Paty, ne pouvait être un geste ordinaire, tant ces lieux portent désormais, au-delà de leur vocation éducative, la mémoire douloureuse d’une République frappée au cœur de l’une de ses missions les plus essentielles : transmettre le savoir et former des consciences libres.
C’est retrouver le lieu où un homme accomplissait simplement son métier de professeur, où il enseignait l’histoire et la géographie, où il invitait ses élèves à comprendre le monde plutôt qu’à le subir, à interroger les idées plutôt qu’à les recevoir comme des vérités indiscutables. C’est aussi se souvenir qu’aux abords de cet établissement, le 16 octobre 2020, la barbarie terroriste a brutalement interrompu une existence entièrement vouée à l’éducation, laissant derrière elle une famille endeuillée, une communauté scolaire meurtrie et une nation confrontée à l’impensable.
À Paris, la veille, l’hommage rendu à Samuel Paty et Dominique Bernard avait fait entendre les voix fraternelles de plusieurs Obédiences maçonniques, réunies dans la défense d’un même idéal républicain. À Conflans-Sainte-Honorine, l’émotion prenait une autre dimension, plus intime, parce que le souvenir retrouvait son ancrage géographique, le visage d’un établissement scolaire et cette proximité bouleversante avec le lieu où tout avait basculé.
Guillaume Trichard, accompagné notamment de Georges Sérignac, a renouvelé cet hommage dans la gravité et la dignité. Son allocution, prononcée avant le dépôt d’une gerbe, s’inscrivait dans le prolongement de l’engagement républicain exprimé la veille au square Samuel-Paty, rappelant combien la mémoire de cet enseignant demeure indissociable de la défense de l’École, de la liberté d’expression et de la laïcité, qui protège chaque conscience contre les entreprises d’asservissement.
En revenant sur ces lieux, le Grand Orient de France témoignait d’une fidélité qui ne s’épuise ni dans la répétition des commémorations ni dans la seule solennité des discours, mais qui trouve sa véritable justification dans la volonté de ne jamais laisser le silence, l’habitude ou l’usure du temps recouvrir ce que Samuel Paty représentait.
Car il serait trop facile, à mesure que les années passent, de ne plus voir derrière son nom qu’un symbole national, une date inscrite au calendrier ou une figure désormais appartenant à l’Histoire. Samuel Paty était d’abord un homme, un père, un professeur, un collègue, un être de chair et de sensibilité, dont les proches continuent à éprouver l’absence et dont les élèves portent, chacun à leur manière, une part de l’héritage.
Le dépôt de la gerbe prenait alors toute sa signification, celle d’un geste humble devant l’immensité de la perte, mais profondément nécessaire, puisqu’il affirmait, sans pouvoir réparer l’irréparable, que la mémoire d’un homme assassiné pour avoir enseigné librement appartient désormais à la conscience de toute la République.
Pour les Francs-Maçons présents, ce recueillement revêtait également une résonance initiatique particulière. Dans la tradition maçonnique, la transmission n’est jamais un simple passage de connaissances : elle engage la responsabilité de celui qui reçoit, l’oblige à poursuivre le travail commencé et lui rappelle que la Lumière ne possède de sens que lorsqu’elle peut être offerte à d’autres.
Samuel Paty avait fait de cette transmission la raison d’être de son métier. En ce sens, son engagement rencontre intimement celui des femmes et des hommes qui, dans leurs Loges, travaillent à faire triompher la connaissance sur les préjugés, le discernement sur les certitudes aveugles et la fraternité sur les divisions.
Et si l’émotion accompagnait nécessairement ce moment de recueillement, elle ne diminuait en rien la force de l’engagement exprimé ; elle lui rendait au contraire sa profondeur humaine, rappelant que la République ne vit pas seulement dans ses textes fondateurs et ses institutions, mais aussi dans les consciences, les fidélités et cette capacité des êtres humains à se rassembler autour d’une douleur pour en faire naître une responsabilité commune.
Devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine, l’hommage rendu à Samuel Paty devenait ainsi bien davantage qu’un souvenir : une promesse renouvelée de ne jamais abandonner à la peur le droit d’enseigner, de penser et de transmettre.
Les Sept Frères d’Héliopolis : la fidélité d’une Loge à la mémoire de Samuel Paty
Dans cette mobilisation, il convient de souligner tout particulièrement le rôle de la Respectable Loge Les Sept Frères d’Héliopolis, à l’Orient de Conflans-Sainte-Honorine, dont l’engagement dans les hommages à Samuel Paty s’inscrit dans la durée.
Cette Loge du Grand Orient de France, à laquelle appartient Georges Sérignac, n’a pas attendu le sixième anniversaire de l’assassinat pour manifester son attachement à la mémoire de l’enseignant. Elle avait notamment participé à l’organisation de l’hommage du 19 octobre 2024, aux côtés du Collectif Laïque National, témoignant déjà de cette volonté d’inscrire le souvenir dans une continuité fraternelle et citoyenne.
Sa mobilisation rappelle combien la Franc-Maçonnerie puise aussi sa force dans l’engagement concret de ses Loges, dans ces ateliers où des femmes et des hommes se réunissent pour travailler sur eux-mêmes, mais également pour réfléchir aux responsabilités qui leur incombent dans la cité.
Au-delà des déclarations nationales, ce sont souvent les Loges qui donnent aux principes maçonniques leur réalité humaine, en transformant les convictions en actions et les engagements en fidélités durables.
La présence de Georges Sérignac revêt à cet égard une signification particulière
Ancien Grand Maître du Grand Orient de France, profondément attaché à cette Loge conflanaise, il accompagne depuis plusieurs années les initiatives destinées à perpétuer la mémoire de Samuel Paty.
Dès 2021, alors qu’il dirigeait l’Obédience, il avait rendu un hommage appuyé au professeur à l’occasion de l’attribution, à titre posthume, du Prix du Grand Orient de France. En octobre 2023, devant le collège, il rappelait déjà la nécessité de pérenniser cette mobilisation.
Sa participation à la cérémonie du 17 octobre 2026 s’inscrit donc dans une démarche de constance, où l’engagement du Franc-Maçon rejoint celui du citoyen et où le souvenir, loin de s’affaiblir au fil des années, devient une responsabilité assumée.
À travers Georges Sérignac et les Frères et Sœurs des Sept Frères d’Héliopolis, c’est toute la valeur de cette fidélité locale qui mérite d’être saluée, car un hommage n’acquiert sa véritable portée que lorsqu’il est suivi d’autres gestes, d’autres rendez-vous et d’une volonté persistante de transmettre aux générations futures le sens de ce qui fut défendu.
Au Temple de Conflans, la fraternité prolonge l’émotion
Après le recueillement devant le collège, les participants ont été accueillis dans le Temple de la Loge Les Sept Frères d’Héliopolis, à Conflans-Sainte-Honorine, autour d’un moment fraternel offert par les membres de l’atelier.
Cette rencontre a permis de prolonger, dans une atmosphère de concorde et d’émotion, ce qui venait d’être vécu quelques instants auparavant.
Loin de dissiper la gravité de la commémoration, cette fraternité partagée lui donnait une autre expression, plus intime, plus chaleureuse, où les paroles pouvaient se poursuivre dans la simplicité des échanges et dans cette attention réciproque qui constitue l’une des richesses les plus précieuses de la vie maçonnique.
Il est des émotions que les discours publics ne peuvent entièrement contenir, parce qu’elles appartiennent à ce territoire intérieur où la douleur, la reconnaissance, le respect et l’amitié se rencontrent sans qu’il soit nécessaire de les expliquer.
Cette dimension fraternelle possède sa propre éloquence, car dans le Temple, les différences d’âge, de parcours et de responsabilité s’effacent devant l’essentiel, la conscience de partager un même idéal de dignité humaine et de liberté.
La concorde ne signifie pas l’oubli de la violence, pas davantage qu’elle n’abolit les désaccords qui peuvent traverser la société. Elle exprime cette possibilité, toujours fragile et toujours précieuse, de faire exister entre les êtres humains un lien que la haine ne parvient pas à détruire.
En accueillant ainsi les participants, la Loge conflanaise donnait à l’hommage son prolongement naturel : après la mémoire publique, la chaleur d’une fraternité vécue, dans laquelle l’émotion demeurait présente sans empêcher les regards de se tourner vers l’avenir.
La laïcité, cette promesse qu’il faut sans cesse reconstruire
Ces deux journées rappellent enfin que le combat pour la laïcité ne saurait être dissocié de celui pour l’éducation, la liberté d’expression et la dignité de la personne humaine.
La laïcité n’est ni l’effacement des convictions ni la négation de la spiritualité. Elle représente un principe juridique et politique essentiel, qui permet précisément à toutes les convictions de coexister sans que l’une d’elles puisse prétendre imposer sa loi aux autres.
Elle constitue, pour reprendre une image familière aux Francs-Maçons, une forme de voûte commune sous laquelle les consciences peuvent se rencontrer sans renoncer à leur singularité.
Cette exigence rejoint le sens profond de la démarche initiatique, car nul ne saurait prétendre rechercher la Lumière tout en refusant à autrui le droit de chercher librement la sienne.
La liberté de conscience n’est pas une concession accordée à ceux qui pensent différemment, mais un droit fondamental reconnu à tous, y compris à ceux dont nous contestons les idées.
Samuel Paty et Dominique Bernard ont payé de leur vie la fidélité à cette promesse d’émancipation. Leur mémoire oblige donc les Francs-Maçons, au-delà de leurs Obédiences, à interroger la cohérence entre leurs engagements proclamés et leurs actes, entre les principes qu’ils défendent dans le Temple et la manière dont ils les font vivre dans la cité.
La Franc-Maçonnerie ne peut prétendre bâtir une humanité plus juste si elle demeure indifférente aux menaces qui pèsent sur celles et ceux chargés de former les consciences de demain.
Deux hommages, une même mémoire, et le devoir de transmettre
De Paris à Conflans-Sainte-Honorine, ces deux journées d’octobre ont ainsi dessiné un même chemin, celui qui conduit du souvenir à la responsabilité, de l’émotion à l’engagement, de la parole publique à la fraternité vécue.
Au square Samuel-Paty, les interventions de Guillaume Trichard, de Géraldine Frobert et de Maurice Leduc ont rappelé, chacune dans sa sensibilité propre, que la République ne peut demeurer fidèle à ses principes si elle renonce à les défendre.
Devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine, la présence du Grand Orient de France, de son Grand Maître et de Georges Sérignac, avec l’engagement de la Loge Les Sept Frères d’Héliopolis, a donné à cette fidélité le visage d’une mémoire profondément enracinée dans un lieu et dans une histoire.
Enfin, dans la fraternité retrouvée au Temple, quelque chose de cette exigence s’est prolongé autrement, comme si la concorde elle-même venait rappeler que l’humanisme ne peut se réduire à un discours et qu’il doit aussi devenir une manière d’accueillir, d’écouter et de vivre ensemble.
Mais au terme de ces hommages, une pensée demeure, plus forte que toutes les autres, celle de deux professeurs qui, chaque matin, entraient dans leur classe avec la volonté de transmettre à leurs élèves quelques connaissances supplémentaires et, peut-être, un peu davantage de liberté.
Samuel Paty et Dominique Bernard n’avaient pas choisi de devenir des symboles. Ils avaient choisi d’enseigner.
Et c’est peut-être là que réside la grandeur la plus bouleversante de leur héritage, dans cette simplicité d’une mission quotidienne devenue, face au fanatisme, un acte de courage.
Nous ne leur devons pas seulement des fleurs, des discours et des minutes de silence. Nous leur devons une République dans laquelle aucun enseignant ne soit contraint de choisir entre sa sécurité et sa liberté d’enseigner.
Les Francs-Maçons connaissent la valeur de la transmission. Ils savent qu’une Lumière ne se conserve véritablement qu’en étant partagée, et qu’un flambeau n’accomplit sa vocation que lorsqu’une autre main peut le recevoir.
Alors, en quittant le square parisien, puis le collège de Conflans, il reste cette conviction qu’aucune barbarie ne devrait pouvoir éteindre : la mémoire de Samuel Paty et de Dominique Bernard ne vivra pleinement que dans les consciences libres que nous contribuerons, demain encore, à faire grandir.
Car le plus bel hommage que nous puissions rendre à ces deux enseignants n’est peut-être pas de leur promettre que nous ne les oublierons jamais, mais de faire en sorte que, partout en France, un professeur puisse continuer à ouvrir un livre, à poser une question, à éveiller une intelligence et à enseigner librement.
Alors seulement, la Lumière qu’ils ont transmise continuera de passer d’une génération à l’autre, et leur mémoire ne sera plus seulement celle d’une tragédie, mais celle d’une promesse tenue.
Sources : Grand Orient de France, discours de Guillaume Trichard, Grand Maître, en hommage à Samuel Paty et Dominique Bernard, square Samuel-Paty, Paris, 16 octobre 2026 ; Grande Loge Féminine de France, intervention de Géraldine Frobert, conseillère fédérale représentant Liliane Mirville, Grande Maîtresse, Paris, 16 octobre 2026 ; Fédération Française du DROIT HUMAIN, discours de Maurice Leduc, Grand Maître National, Paris, 16 octobre 2026 ; Grand Orient de France, enregistrement de l’intervention de Guillaume Trichard à Conflans-Sainte-Honorine, 17 octobre 2026 ; archives relatives aux hommages organisés en mémoire de Samuel Paty et à l’engagement de la Loge Les Sept Frères d’Héliopolis.
Yonnel Ghernaouti est directeur de la rédaction de 450.fm. Chroniqueur littéraire, animé par sa maxime « Élever l’Homme, éclairer l’Humanité », il a siégé au bureau de l’Institut Maçonnique de France, est médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie, directeur de collection chez des éditeurs maçonniques et auteur de plusieurs ouvrages maçonniques. Il contribue notamment à des revues telles que « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France, « Chemins de traverse » de la Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain, et « Le Compagnonnage » de l’Union Compagnonnique. Il a également été commissaire général des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, qu’il a initiées.