À la plupart sinon à tous les degrés de la Franc-Maçonnerie de Rite Écossais Ancien et Accepté, les travaux ont une heure symbolique fixée tant pour leur ouverture que pour leur fermeture. Chaque horaire a un sens symbolique approprié au niveau d’instruction des Frères réunis en Loge.
À chaque degré, à l’ouverture des travaux, le rituel nous invite à une ouverture de conscience. Il est l’heure passer à une autre réalité. Le rituel invite à s’orienter, à se tourner vers son être intérieur. Chaque rituel d’ouverture permet a transmutation de l’homme ou de la femme ordinaire en initié, la transition du profane au sacré, préparer les Frères ou les Sœurs à agir dans un espace-temps sacré, les préparer à un voyage dans la tradition et à l’intérieur d’eux-mêmes.
En tant que Rite solaire, notre rituel ouvre les travaux au Premier Degré lorsque l’astre du jour est à son maximum de puissance et les continue jusqu’à son épuisement apparent.
La recherche de la Vérité, qui est l’objet primordial du Travail initiatique, ne saurait être pratiquée avec fruit dès le matin de notre vie intellectuelle. Nous ne discernons judicieusement qu’au midi de notre vie alors qu’ayant acquis le contrôle de nos facultés, nous parvenons à la maturité de la pensée.
Une fois consacrés au Grand Œuvre, nous ne cesserons de travailler jusqu’à notre minuit, terme de notre séjour terrestre.
Midi est donc le moment où la lumière est à son maximum : c’est le moment de la « pleine conscience », de l’ouverture maximale, le moment le plus propice à l’élévation spirituelle.
Symboliquement, le Midi correspond au milieu de la vie en sachant que l’âge du début du déclin physique coïncide avec le début de la sagesse. Un moment qui sonne la spiritualisation de notre être.
La première partie de notre vie était marquée par les passions, les impulsions, l’inconscience. Nous étions des êtres non-éveillés et non-initiés.
La seconde partie de notre vie est l’occasion de déchirer les voiles, de dépasser nos illusions. Nous marchons vers la mort, mais paradoxalement cette perspective peut nous aider à vaincre nos préjugés. Nous nous détachons peu à peu de notre corps-matière pour entrevoir la vérité.
Nous illustrerons notre propos par le 18ème degré, qui nous semble un miroir de notre cheminement initiatique.
Comme l’a écrit Sylvie Monpoint, « il s ‘agit en fait de vivre une traversée intérieure, où la progression des grades devient la métaphore d’une transfiguration de l’être. Les quatre degrés dits « capitulaires », du 15e au 18e du Rite Écossais Ancien et Accepté ), ne sont pas présentés comme des étapes d’une échelle hiérarchique, mais comme les mouvements d’une symphonie spirituelle. Chacun a sa tonalité propre, chacun est un seuil, mais tous composent ensemble une cathédrale invisible où le Temple perdu se reconstruit dans la chair et dans l’âme de l’initié ». (Le Symbolisme des degrés maçonniques de perfection, une approche transversale)

Ainsi, parvenus à mi-parcours, au 17ème degré, les Chevaliers d’Orient et d’Occident, qui s’en vont de Babylone vers Jérusalem retrouver la Lumière de la tradition et de la Connaissance, sont encore quelque peu dans la confusion, ou du moins ils en cultivent l’expression. Ne répondent-ils pas en effet à la question « Quel âge avez-vous? » par la réponse « Je suis très ancien ! »?
Ils ne sont guère plus précis quant à l’horaire de leur travail. « Quelle est l’heure d’ouverture des travaux ? » Réponse : « Les temps sont proches »; « Quelle est l’heure de fermeture des travaux ? » Réponse « Il n’y a plus de temps! ». Il est vrai que l’indiscrétion figure parmi les sept péchés capitaux, les sept défauts majeurs que le Maçon doit éviter : Haine, Discorde, Orgueil, Indiscrétion, Perfidie, Témérité, Calomnie.
On sait que les premiers degrés sont inspirés par l’Ancien Testament. On sait aussi que le 18ème degré, Chevalier Rose-Croix, est dédié au Christ.
Ainsi, ayant marqué au 17ème degré le lien entre les traditions et les valeurs de l’Ancien et du Nouveau Testament, entre l’ancienne et la nouvelle Alliance, le Franc-maçon parvient au 18ème degré, découvre les Vallées du Souverain Chapitre et, le président de l’Atelier nommé Très Sage ha’Thirshatha, à la fois révéré et craint, symbole de la sagesse et de la perfection, siégeant au Sanctuaire.

Surtout, il apprend à reconnaître comme valeurs suprêmes la Paix et l’Amour, le regard et la main tendus vers l’Autre. Enfin, il conforte en lui l’idée qu’à l’instar de la puissance supérieure à l’homme qui a engendré la Création – à laquelle il appartient -son esprit doit dominer la matière. Ce qui est en haut est semblable à ce qui est en bas, comme le définit Hermès Trismégiste.
Adhésion au principe que représente le GADLU, confiance dans la perfectibilité spirituelle de l’homme et dans sa capacité à instaurer l’harmonie et la fraternité parmi ses semblables, en même temps que générosité du cœur et de l’esprit, mais aussi des actions: tel est le sens du triptyque « Foi, Charité, Espérance » afin de retrouver la Parole perdue.
C’est à la lumière de ce qui a précédé concernant l’adéquation entre la symbolique des différents grades et l’horaire imparti à l’ouverture et à la fermeture de leurs travaux respectifs qu’il convient de se demander à quelle heure débutent les travaux en Souverain Chapitre.
Car on comprend dès lors pourquoi ils n’ont à proprement parler ni commencement ni fin.
Les travaux au 18ème degré ne sont jamais fermés, mais simplement suspendus. Ainsi, il ne saurait être question de les rouvrir au sens propre du terme. La réactivation effective de la Loge est naturellement qualifiée de reprise, et celle-ci intervient à l’Heure du Parfait Maçon.
Que faut-il entendre par cet horaire ? Le rituel indique que c’est l’heure où le voile du Temple s’est déchiré, où les ténèbres et la consternation se répandirent sur la terre, où les outils de la maçonnerie furent brisés, où l’Étoile Flamboyante s’est éteinte, où la Pierre cubique sue sang et eau et où la Parole fut perdue. En un mot, l’heure du Chao.
Dès lors, on comprend l’heure symbolique affectée à l’heure de suspension des travaux, lorsque, selon le Rituel, « les Frères ont besoin de nouvelles forces pour continuer leur œuvre » : c’est encore l’Heure du Parfait Maçon.
Dans l’ordre inverse de la description apocalyptique qui décrivait l’effondrement et l’enlisement dans le néant et l’obscurité, le rituel indique que lorsqu’il s’agit de reprise des travaux, l’Heure du Parfait Maçon est l’heure où la Parole est retrouvée, où la Pierre cubique s’est changée en Rose mystique, où l’ Étoile flamboyante a reparu dans toute sa splendeur, où les outils ont repris ont repris leurs formes antérieures, où les ténèbres sont dissipées, où la lumière est revenue dans tout son éclat, et où la Nouvelle Loi doit régner désormais dans les travaux du Souverain Chapitre.
Pour rester dans la logique, exprimée en un mot : l’heure de l’Ordo.
Ordo ab Chao…Des ténèbres vers la lumière, du désordre à l’harmonie, de la souffrance à la paix…
Retenons , comme un fil d’Ariane, que les travaux reprennent alors que la parole vient d’être perdue, et qu’ils sont suspendus tandis qu’elle a été retrouvée. Cela tendrait à indiquer que les travaux vont conduire à la redécouverte de la Parole sacrée, et qu’ils se déroulent au moins en partie, en présence, à la Lumière de cette Parole fondatrice.
Et puisque l’essentiel du contenu de ce 18ème degré est sans doute l’exaltation de l’Amour, considérons que ce dernier est, au moins comme composant premier, une expression de la Parole perdue puis retrouvée. La tenue s’achève par la Cérémonie de la Cène, avant que les travaux ne soient suspendus. Cette cérémonie s’inscrit bien dans cette ascension vers la Lumière, cette exaltation de l’Amour fraternel et de la fraternité universelle.
Le cycle de la lumière promet un éternel retour : la nuit promet le jour, l’inquiétude s’efface au profit de l’espérance.
En travaillant sous la lumière déclinante, nous nous préparons à retrouver les ténèbres, le dehors, le monde profane, mais aussi les recoins sombres de nous-mêmes.
Il s’agira alors de faire vivre d’une autre manière la lumière précédemment reçue. Les travaux ne sont-ils pas clos par la formule : «Que la lumière qui a éclairé nos travaux continue à briller en nous pour que nous poursuivions au dehors l’œuvre commencée dans le Temple… »
Faudrait-il en rester là, et prendre comme une invitation à l’inertie l’exclamation du Très Sage, qui préside les travaux au 18ème degré, après avoir enflammé les restes du pain et du vin partagés : « Tout est consommé » ?
Certes non. Car immédiatement après ce qui pourrait passer pour un constat de fin, il exhorte les Frères à propager sur toute la terre les vertus qui naissent de la Foi et de la Charité.
En d’autres termes, le temps de la suspension des travaux du Souverain Chapitre n’est pas celui de la suspension des efforts du Chevalier Rose-Croix, Franc-Maçon du 18ème degré.
Il lui est enjoint de donner à manger à celui qui a faim, et à boire à celui qui a soif, ce qui vaut naturellement au plan intellectuel et moral, voire spirituel, comme au plan matériel, ce qu’il y a de plus concret et d’immédiat.
Un autre symbole essentiel du 18ème degré concourt à justifier s’il en était encore besoin la permanence des travaux. Il s’agit de la pluralité des interprétations données pour le monogramme I.N.R.I.

La découverte, lorsque le Très sage ouvre le coffret que lui avaient remis les Chevaliers d’Orient et d’Occident, l’amène à s’écrier : I.N.R.I : C’est La Parole !
Acronyme de l’expression latine Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum, Jésus le Nazaréen, roi des Judéens. Il est aussi celui de In Nomine Romanum Imperium, au nom de l’empire romain.
Vers 1830, afin de ne conserver «qu’une base morale et des allégories justes et raisonnables» pour le grade de Rose-croix, l’Orateur du Chapitre propose, par exemple, que la Cène devienne une «image touchante de la bienveillance, de la fraternité qui doit unir les maçons et de l’égalité qui doit régner entre eux» ; ainsi INRI devient : Indefeso Nisu Repellamus Ignorantiam, par d’infatigables efforts, nous repoussons l’ignorance.
Un autre sens, plus tardif et d’inspiration alchimique, est parfois donné à l’acronyme : Igne Natura Renovatur Integra, par le feu la nature se régénère tout entière ; ou encore Igne Nitrium Roris Invenitur, par le feu se découvre le Nitre de la Rosée.
Doit-on privilégier cette interprétation, bien au-delà d’une version paganisée de l’anagramme biblique, que l’on aurait créée à l’intention des libres-penseurs ou simplement des non-chrétiens ?
Ainsi, I.N.R.I. connaît diverses interprétations. Est-ce fortuit , se peut-il que cela soit le résultat de l’indécision, des errements, des hésitations de nos Anciens Maîtres à réfuter telle interprétation pour en affirmer une autre ?
Rien de cela. Tout est symbole ici, jusques et y compris dans ce qui pourrait sembler de la confusion et qui n’est qu’une pluralité volontaire, pour signifier que la Parole perdue n’a été retrouvée que symboliquement.
INRI désigne ainsi, naturellement, la Parole perdue, celle précisément que cherchent les Maçons de tous grades et degrés, chacun selon ses moyens. Mais quelle est le sens de cette Parole perdue ?
La tradition reprise par plusieurs rituels anciens considérait que la Parole Perdue était celle-là même que l’Évangile de Saint Jean désignait comme « le Verbe » dans son Prologue connu de nous tous et toutes.
Nous n’en connaissons que des formes substituées. Aussi sa recherche demeure-t-elle la tâche permanente des Franc-Maçonnes et des Francs-maçons en général et des Chevaliers Rose-Croix en particulier
Leurs travaux ne peuvent en conséquence connaître de fin. Tout au plus leur est-il loisible de les suspendre pour les prolonger sur les chantiers du monde profane, avant de les reprendre avec force et vigueur lorsque leur Atelier est à nouveau réuni.
Au reste, cela vaut pour tous les degrés : ce que l’on retient de chaque degré et de chaque rituel doit inspirer la vie toute entière.

Enfin, s’il fallait confirmer plus particulièrement la force de cette notion de permanence au 18ème degré, portons notre regard vers le Phénix, qui est emblématique de ce degré. Perit ut Vivat, il est le symbole de la mort et de la résurrection, le symbole de l’immortalité donc de la permanence.
Le don de soi, dicté par la Loi d’Amour, ne saurait connaître de limite fixée par le temps. L’Amour ne se limite pas à la fraternité qui unit le Franc-Maçon ou la Franc -Maçonne et singulièrement le Chevalier Rose-Croix à ses Frères ou à ses Sœurs en chevalerie, ni en Maçonnerie.
La notion d’Amour n’a de sens qu’étendue à l’humanité, à l’univers entier, à l’ensemble de la création du Grand Architecte. L’Amour est infini, dans l’espace comme dans le temps.

D’après les livres hermétiques, la signification de la symbolique des quatre lettres est : I (Iod ou Ioïti), le principe créateur actif et la manifestation du principe divin que féconde la substance ; N (Naïn), la substance passive, moule de toutes les formes ; R (Rasit) l’union des deux principes et la perpétuelle transformation des choses créées ; I (Iod), à nouveau le principe créateur divin, pour signifier que la forme créatrice qui en est émanée y remonte sans cesse pour en rejaillir toujours. (Symboles et origines de la FM depuis l’Antiquité indo-égyptienne jusqu’à nos jours, par le Dr Ferran p.29 :).
À remarquer qu’en hébreu, les initiales des quatre éléments (pris dans l’ordre eau, feu, air, terre) sont INRI : Iam (י ם), Nor (נּ וּ ר), Rouach (רוח), Iabashah (יבשה).
On trouve, dans les instructions des Hauts Grades tels qu’ils se confèrent dans les chapitres de la correspondance du GO au rite moderne de 1835, un développement de cet acronyme à travers les questions réponses : D’où venez-vous ? De la Judée. Par quelle ville avez-vous passé ? Par Nazareth. Qui vous a conduits ? Raphaël. De quelle tribu êtes-vous ? De Juda.
Si INRI est très souvent interprété comme Iesus Nazarenus Rex Iudeorum (Jésus de Nazareth roi des judéens), l’examen de divers rituels du 18e degré, en différents lieux et à différentes époques, révèle un large éventail d’interprétations maçonniques, telles que :
Igne Natura Renovatur Integra , La nature est complètement renouvelée par le feu.
Ignis Natura Renovat Integram, la nature est intégralement renouvelée par le feu
Ignis nitrium roris invenitur , par le feu se découvrent le nitre et la rosée
Ignem Natura Regenerando Integrat, Par régénération, la nature maintient l’intégrité du feu
In Nobilis Regnat Iehovah (ou Iesus) , Jehovah (or Jesus) reigns among noble men
Iesus Nascente Ram Innovatur, Jéhovah (ou Jésus) règne parmi les hommes nobles
Igne Nitrum Roris Invenitor, Par le feu le sel (le nitre) est extrait de la rosée
Insignia Naturae Ratio Illustrat, La raison illumine les symboles de la nature
Inter Nos Regnat Indulgentia, Parmi nous règne la bonté
Intra Nobis Regnum Iehova, Le royaume de Dieu est en nous
Iustum Necare Reges Impios, C’est juste pour tuer des rois impies
Iustitia Nunc Reget Imperia, La justice règne maintenant des empires
In Neci Renascor Integer, Dans la mort on renaît intact et pur
Indefesso Nisu Rapellamus Ignorantiam, par un effort infatigable, combattons l’ignorance
Inefflabile Nomen Rerum Initium : Le Nom ineffable est le commencement des choses
Ignatii Nationum Regumque Inimici : Les disciples d’Ignace (sont) les ennemis des nations et des rois (antijésuitique).
Infinitas Natura Ratioque Immortalitas : La Nature (révèle) l’immensité et la raison l’immortalité.
In Nomine Rerum Invenimus : Au nom des choses, nous découvrons.
Infinitus Natura Renovatur Interioris : L’infini de la nature se renouvelle dans l’intériorité.
Les sectaires de la Compagnie de Jésus traduisaient au XVIIe siècle Justum Necare Reges Impies, Il est juste de faire périr les rois non pieux.
À partir de 1999, le Rite Français va remplacer INRI du quatrième ordre de sagesse par JURE (justice, union, reconstruction, épanouissement).