C’est sidérant, cette manie qu’ont les francs-maçons de cultiver la langue de vipère comme si c’était le dernier grade du REAA. Dès qu’ils se retrouvent à deux pour siroter un pastis aux agapes – pardon, pour « échanger fraternellement » –, c’est open bar sur les absents. « Il n’a pas fait ceci, il a trop fait cela… il ne mérite pas son degré, il ne devrait surtout pas être élu à ce plateau… » Vous connaissez le refrain, vous l’avez tous entendu entre la poire et le fromage, ou pire, entre le fromage et le calva.

Le plus cocasse, c’est l’hypocrisie du timing : deux heures plus tôt, en Loge, ils s’embrassaient tous avec une fraternité à faire rougir un ours en peluche. Serrements de main vigoureux, regards profonds, « mon Frère ci », « mon Frère ça ». Et hop, une fois le Tablier plié, c’est la curée. On passe du « Tu es mon égal dans l’initiation » au « Ce tocard ne mérite même pas son tablier de location ».
Mais attendez, le vrai spectacle, c’est sur les réseaux sociaux. J’ai testé pour vous, incognito, sans tablier virtuel pour ne pas polluer l’expérience. Résultat ? Un groupe de francs-maçons qui papotent ressemble moins à un sanctuaire initiatique qu’à une cour de récré de CM2 sous amphétamines. Quelques jours à peine, et sans même connaître l’intéressé, un essaim de prétendus « initiés » s’est déchaîné en mode malfaisance tous azimuts. Insultes voilées, sarcasmes en kit, insinuations plus grasses qu’un pâté de campagne. « Initiés », mon œil ! On dirait des potes de bistrot qui se vengent d’une ardoise impayée.
Avoir passé des décennies à polir la pierre brute, à jurer fidélité sur l’Acacia, à discourir sur la Lumière et la Vertu, pour en arriver là : une médiocrité humaine aussi crasse que le sol d’un temple mal balayé. Quel temps perdu, mes Frères ! On s’étonne ensuite qu’une banale Loge maçonnique de banlieue se révèle être une officine du crime – toute mesure gardée, hein, pas de quoi alerter les gendarmes. À quel moment exact un maçon sort-il de son rôle pour plonger tête la première dans ce chaos de mesquineries ?
La fraternité, version fast-food
Remarquez, c’est presque un talent : transformer un idéal millénaire en potin de quartier. En Loge, on vous serine sur la bienveillance, l’indulgence, le « secours mutuel ». Résultat ? Aux agapes, c’est « secours mutuel contre l’absent du jour ». Et sur Facebook ou WhatsApp, c’est pire : la bienveillance a pris ses cliques et ses claques pour aller voir ailleurs, genre un bar PMU. On dirait une bande de Vénérables à la retraite qui ont confondu le maillet avec un marteau-piqueur et le compas avec une langue de belle-mère.
Le pompon ? Ces champions du débinage se drapent souvent en moralistes. « Moi, j’ai travaillé dur pour mon grade ! Lui, il l’a eu à l’arrache ! » Pendant ce temps, ils oublient que l’initiation, c’est pas un CV pour Pôle Emploi, mais un boulot sur soi. Résultat des courses : des Frères qui se tirent dans les pattes plus vite qu’un apprenti qui rate sa planche. Et après, on s’étonne que les colonnes se vident. Ben ouais, qui a envie de rejoindre un club où le seul rituel fiable, c’est celui de la calomnie post-tenue ?
Le réseau social, nouveau temple de la mesquinerie
Allez, avouons-le : les réseaux, c’est le Graal des ragots maçonniques. Là où la Loge impose encore un semblant de tenue (quoique…), le Net libère la bête. Groupes privés, messageries codées, faux comptes anonymes : c’est la curée numérique, avec émoticônes assassins en bonus. « LOL, t’as vu le dernier bijou de X en Loge ? » ou « Y mérite pas son tablier, c’est un pistonné ! » Des Maçons qui tapent sur des touches comme des chiffonniers sur leurs concurrents.
J’ai vu des échanges qui feraient passer un match de foot pour une retraite bouddhiste dans un ashram. Sans connaître la victime du jour, un peloton d’« initiés auto-proclamés » s’est lâché : moqueries, sous-entendus venimeux, jugements à l’emporte-pièce. Des années de grades pour ça ? Plutôt que de « connaître-toi toi-même », on dirait « dénigre ton Frère avant qu’il te grille ». Et le tout saupoudré d’émojis épées ou flammes, parce que même en cynisme, il faut un peu de mise en scène.
Le maçon déraillé : autopsie d’un dérapage
Alors, à quel moment un Frère (une Sœur) bascule-t-il (elle) ? Souvent au troisième pastis, ou au moment où l’ego gonflé par un nouveau plateau rencontre un rival qui brille un poil trop. L’initiation promet la Lumière, mais certains préfèrent le néon blafard des mesquineries. Résultat : une Loge qui tourne à l’officine du crime – métaphoriquement, hein, pas de quoi fouetter un Écossais. On critique tout : les absents, les présents, les rituels, les agapes, le Vénérable qui parle trop (moi ? Jamais !).
C’est le paradoxe maçonnique ultime : prôner la fraternité en serrant des mains, et la dynamiter dès que le tablier est rangé. Des décennies en Loge pour finir en potinier de base… Pathétique, non ? Pire : contre-productif. Les profanes flairent ça à des kilomètres, et pendant ce temps, les colonnes se dégarnissent plus vite qu’un banquet mal géré.
Le remède ? Un bon coup de maillet dans l’ego
Alors, Frères, Sœurs, un conseil du Vénérable qui en a vu d’autres : la prochaine fois que l’envie de démolir l’absent vous titille, imaginez-le en train de lire vos conneries sur le groupe WhatsApp ou Facebook. Ou mieux : appliquez la règle d’or maçonnique oubliée – « Si tu n’as rien de bienveillant à dire, tais-toi et sers-toi un autre verre ».
La bienveillance n’est pas une option, c’est le ciment du Temple. Sans elle, votre Loge n’est plus qu’un club de râleurs en tablier.
Et si ça persiste ? Tournez sept fois votre langue autour du compas avant de poster. Ou mieux : retournez en Loge, polissez votre pierre, et laissez les vipères aux non-initiés. La fraternité, c’est pas un slogan pour agapes – c’est un boulot quotidien. Allez, à vos maillets, et que la Lumière – pas les ragots – illumine vos tenues !
