Au Père-Lachaise, la GLMU scelle la mémoire d’Éliane Brault

Au cimetière du Père-Lachaise (Paris 20e), ce samedi 28 février 2026, une plaque commémorative vient d’être déposée et dévoilée sur le caveau d’Éliane Brault, fondatrice de la Grande Loge Mixte Universelle (GLMU) avec Raymond Jalu.

Autour du Très Respectable Frère Bernard Dekoker-Suarez, Grand Maître de la GLMU, étaient présents notamment Liliane Mirville, Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France, ainsi que Sylvain Zeghni, Passé Grand Maître de la Fédération française de l’Ordre maçonnique mixte international le Droit Humain.

Il existe des gestes qui ressemblent à de simples rites civils, un drap retiré, une pierre fixée, quelques mots dans l’air froid.

Pourtant, dans l’économie initiatique, ces gestes engagent une autre profondeur

Une plaque posée au Père-Lachaise ne se contente pas d’indiquer un nom et des dates. Elle recompose une présence. Elle réunit des vivants autour d’une œuvre. Elle retend la chaîne d’union là où le temps disperse.

La plaque elle-même dit déjà l’essentiel

Éliane Brault- Le_Petit_journal

Le nom, Éliane Brault (1895-1982). Deux mots qui claquent comme des engagements, féministe, résistante. Et cette mention qui relie la mémoire à une fondation, fondatrice de la GLMU avec Raymond Jalu (1914-1999). La pierre devient alors une page. Elle ne résume pas, elle appelle.

Le discours prononcé lors du dévoilement a rappelé l’ampleur d’une trajectoire qui déborde les étiquettes

Éliane Anita Élisabeth Brault, née en 1895, mère de deux fils, femme de caractère et d’action, fut à la fois dirigeante du parti radical, journaliste, militante féministe, antifasciste et résistante. À travers son engagement, une même ligne se laisse lire, la République vécue comme exigence, la laïcité comme respiration commune, la protection de l’enfance comme devoir, l’émancipation des femmes comme justice.

Dans les années trente, elle se bat pour faire entendre une parole féminine dans un champ politique qui la tolère plus qu’il ne l’accueille. Elle fonde la Fédération des femmes radicales en 1935 et agit au plus près des combats concrets, jusqu’à user de ses responsabilités au Conseil supérieur de l’Enfance pour permettre en 1939 le passage en France d’enfants espagnols dont les parents avaient disparu. Cette éthique du secours, discrète et tenace, annonce déjà la Résistance.

Lorsque l’histoire bascule, Éliane Brault refuse la facilité du renoncement

Arrêtée par la Gestapo en janvier 1941, elle s’échappe, gagne Londres via Tanger et Gibraltar, rencontre le général de Gaulle et devient capitaine de la France libre. Elle organise et dirige un service d’assistance sociale, accompagne les combattants sur plusieurs fronts, puis rejoint la première équipe de l’escadrille Normandie qui deviendra Normandie-Niémen. Plus tard, au sein de la 1re Armée, elle met sur pied une unité d’infirmières et d’assistantes sociales, suivant la marche jusqu’aux lieux où la guerre a laissé ses plus terribles signes, Mauthausen notamment. Les décorations reçues, Médaille des évadés, Croix de guerre, Légion d’honneur, disent l’ampleur de l’engagement, mais la vraie médaille demeure peut-être cette phrase qu’elle confie sur ses équipes, elles ont payé très cher leur endurance et leur courage.

Puis vient le temps où l’action politique, sans être reniée, se déplace

Après la guerre, elle poursuit son parcours dans le champ social et laïque, avant de se consacrer davantage à la franc-maçonnerie. Initiée dès 1927 dans une loge d’adoption adossée à la Grande Loge de France, elle travaille ensuite dans plusieurs ateliers d’adoption, puis rejoint le Droit Humain en 1948, où elle assume des responsabilités de premier plan. Dans ces espaces, elle porte les mêmes combats que dans la cité, l’émancipation, la justice sociale, la paix, la laïcité, et cette manière d’oser une parole qui ne demande pas la permission.

En 1973, avec Raymond Jalu, elle fonde la Grande Loge Mixte Universelle

Le projet est clair et il demeure d’une saisissante actualité. Une obédience libérée d’une tutelle de hauts grades, travaillant démocratiquement en mixité, pratiquant deux rites, le Rite Français (RF) et le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), affirmant la liberté absolue de conscience, l’égalité de tous les êtres humains, l’ouverture fraternelle aux autres obédiences, la défense intransigeante de la laïcité. L’ambition, formulée sans détour, dépasse les mots d’usage et vise les réalités. Défendre les droits humains.

Cette œuvre passe aussi par l’écrit

Éliane Brault signe plusieurs ouvrages, parmi lesquels Franc-maçonnerie et l’émancipation des femmes, Maria Deraismes, Psychanalyse de l’initiation maçonnique, Le Mystère du chevalier Ramsay. Elle collabore également au Dictionnaire de la franc-maçonnerie dirigé par Daniel Ligou. Elle meurt en 1982, et sa crémation au Père-Lachaise prend, selon les mots rappelés dans le discours, la forme d’une ultime manifestation de ses convictions.

Le dévoilement de la plaque a ainsi pris la forme d’un triple hommage

Hommage à une Sœur dont la vie relie l’histoire politique, la Résistance et le travail initiatique.

Œil, Grand Temple GLMU

Hommage à une fondatrice, dont la GLMU prolonge l’élan de mixité et de démocratie. Hommage enfin à une certaine idée de la transmission, qui ne s’enferme pas dans la mémoire mais la transforme en exigence.

Ce geste de mémoire s’est inscrit dans un moment institutionnel fort

Le week-end des 28 février et 1er mars, la GLMU tenait son Convent, au terme duquel la Sœur Marie Jo Phalippou a été élue nouvelle Grande Maîtresse. Dans cette continuité, la plaque ne regarde pas seulement vers 1895 ou 1982. Elle parle au présent. Elle rappelle que l’initiation, lorsqu’elle devient pratique et non décor, exige de travailler le monde autant que soi.

Au Père-Lachaise, une « pierre » porte désormais un nom. Dans le silence des allées, elle dit la même chose que les plus anciennes paroles de nos ateliers, la lumière n’est pas un privilège, elle est une tâche.

Source : Discours du TRF Bernard Dekoker-Suarez

Photos © GLMU

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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti a été directeur de la rédaction de 450.fm, de sa création jusqu’en septembre 2024. Chroniqueur littéraire, animé par sa maxime « Élever l’Homme, éclairer l’Humanité », il a siégé au bureau de l’Institut Maçonnique de France, est médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie, directeur de collection chez des éditeurs maçonniques et auteur de plusieurs ouvrages maçonniques. Il contribue notamment à des revues telles que « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France, « Chemins de traverse » de la Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain, et « Le Compagnonnage » de l’Union Compagnonnique. Il a également été commissaire général des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, qu’il a initiées.

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