À Bagdad, Qais al-Khazali sacralise la mort d’Ali Khamenei et ressort l’épouvantail de la « franc-maçonnerie mondiale »

Le 1er mars 2026, l’Agence de presse irakienne INA relaie une déclaration de Cheikh Qais al-Khazali, secrétaire général d’Asa’ib Ahl al-Haq, qui pleure le « martyre » d’Ali Khamenei, mort selon plusieurs médias dans une attaque américano-israélienne.

Dans le même souffle, le chef milicien accuse des ennemis globalisés, jusqu’à évoquer « les agents du sionisme et de la franc-maçonnerie mondiale ». Une rhétorique de deuil qui devient instrument de guerre, et un vieux mythe qui revient comme une ombre portée sur l’histoire.

Le fait brut, d’abord, s’impose par sa violence

Plusieurs sources internationales rapportent la mort d’Ali Khamenei, guide suprême iranien depuis 1989, tué lors de frappes visant son complexe à Téhéran, dans le cadre d’une opération conduite par les États-Unis et Israël.

Dans la région, l’onde de choc est immédiate, jusque dans la rue, où des rassemblements et des heurts sont signalés, notamment à Bagdad et au Pakistan.

C’est dans cette sidération que s’inscrit le texte d’al-Khazali, publié par INA à 10h52 à Bagdad, et accompagné d’autres réactions du même registre dans le flux de l’agence.

Le choix des mots n’est pas un simple voile de piété

Il fabrique une scène. Un guide « monté au ciel en martyr », un mois sacré, le jeûne, la constance, les « tyrans », et, au-dessus de tout, l’horizon eschatologique, l’ère d’occultation, l’Imam attendu, l’intercession, la voie husayni. Le deuil devient liturgie, puis la liturgie devient mobilisation.

Ce glissement, Cheikh Qais al-Khazali le maîtrise depuis longtemps

Son organisation Asa’ib Ahl al-Haq, acteur politico-milicien majeur, est décrite comme un allié de Téhéran, et son chef a cherché ces dernières années à se présenter davantage comme homme d’État, sans renoncer au vocabulaire de la confrontation.

Dans cette grammaire, le mot « martyr » n’est pas un constat, c’est un sceau

Il transforme un événement militaire en preuve spirituelle, il change l’histoire en récit salvateur, et il distribue aussitôt les rôles, les justes d’un côté, les ennemis absolus de l’autre.

C’est ici qu’apparaît, comme une signature de la pensée conspiratoire, la formule qui nous concerne directement.

Al-Khazali vise « les agents du sionisme et de la franc-maçonnerie mondiale ».

Cette expression agit comme une clé passe-partout

Elle ne décrit pas, elle désigne. Elle ne démontre pas, elle accuse. Elle n’ouvre aucun dossier, elle referme toutes les questions. Dans l’architecture du discours, « franc-maçonnerie mondiale » devient un nom de l’ennemi total, un masque commode pour donner à une guerre une métaphysique, et à la douleur un coupable illimité.

Historiquement, ce procédé n’a rien de neuf

Le mythe du « complot judéo-maçonnique » s’est construit par strates, mêlant peurs religieuses, paniques politiques, propagandes modernes, jusqu’à s’imposer comme récit prêt-à-servir dans des contextes très différents. Des travaux d’historiennes et d’historiens montrent comment l’imaginaire du complot maçonnique s’est développé en Europe à partir de la fin du XVIIIe siècle, avant de se recomposer et de circuler sous d’autres formes.

Les Protocoles des sages de Sion

La fabrication antisémite des Protocoles des Sages de Sion, faux document devenu matrice mondiale de soupçons, a ensuite nourri quantité de variantes, dont certaines, dans le monde arabe, ont mêlé anti-sionisme, antisémitisme et antimaçonnisme au gré des combats idéologiques.

Ce qui frappe, dans la séquence du 1er mars 2026, c’est la facilité avec laquelle un événement géopolitique majeur se voit aussitôt enveloppé d’un récit d’envoûtement. Le réel, trop complexe, trop tragique, trop incandescent, est remplacé par un théâtre où des forces occultes tireraient les ficelles. La franc-maçonnerie, dans ce décor, n’est plus une tradition initiatique plurielle, ni une sociabilité historique, ni même un adversaire politique identifié. Elle devient un symbole de la modernité honnie, un raccourci qui évite l’enquête et la nuance, un mot qui dispense de prouver.

Du point de vue maçonnique, le renversement est saisissant

L’Art Royal travaille à la rectification, à l’ordonnancement intérieur, à la pacification des angles. La rhétorique conspirationniste, elle, travaille à l’embrasement, à la simplification, à la chasse aux ombres. Elle prétend nommer le secret, mais elle ne révèle rien, elle fabrique un brouillard. Elle prétend défendre les opprimés, mais elle déshumanise des groupes entiers, et elle justifie la violence au nom d’une pureté imaginaire.

Il ne s’agit pas ici de commenter une foi, ni de juger un deuil

Il s’agit de regarder une mécanique. Une mort devient martyre, le martyre devient mandat, le mandat exige un ennemi cosmique, et l’ennemi cosmique se compose avec des mots usés, sionisme, maçonnerie, Occident, comme autant de silhouettes commodes. À l’heure où les passions se lèvent, notre devoir de lucidité commence par refuser ces étiquettes magiques. Et par rappeler, simplement, que la vérité ne se proclame pas, elle se travaille, patiemment, à la lumière des faits.

Quand un discours transforme le monde en complot, il transforme aussi l’humain en cible

La réponse la plus ferme n’est pas l’invective, c’est la méthode. Distinguer, vérifier, contextualiser, refuser les amalgames. Tenir l’équerre du discernement quand d’autres brandissent le poignard du soupçon.

Sources : SHS Cairn.info ; Reuters ; Reuters ; AP News ; TIME ; theguardian.com ; ina.iq ; Counter Extremism Project ; Encyclopédie de l’Holocauste ; SHS Cairn.info

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Alice Dubois
Alice Dubois
Alice Dubois pratique depuis plus de 20 ans l’art royal en mixité. Elle est très engagée dans des œuvres philanthropiques et éducatives, promouvant les valeurs de fraternité, de charité et de recherche de la vérité. Elle participe activement aux activités de sa loge et contribue au dialogue et à l’échange d’idées sur des sujets philosophiques, éthiques et spirituels. En tant que membre d’une fraternité qui transcende les frontières culturelles et nationales, elle œuvre pour le progrès de l’humanité tout en poursuivant son propre développement personnel et spirituel.

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