dim 01 février 2026 - 08:02

Bonne question…

(Les « éditos » de Christian Roblin paraissent le 1er et le 15 de chaque mois.)

Ces temps-ci, beaucoup de choses me troublent, m’indisposent voire m’inquiètent. Au cœur de cet envenimement, c’est la République qui vacille, qui chancèle, dont les principes risquent de s’effondrer, lors de grandes élections. Sur quoi repose-t-elle ? Sur des institutions, certes, mais que sont les institutions sans la confiance des citoyens, sans leur vigilance à les maintenir dans leur force et leur transparence ? Or c’est cela qui s’étiole, qui se délite, qui se dissout. Par toutes sortes de biais et d’intempérances – biais des puissants, intempérances de larges fractions du peuple qui, elles-mêmes, s’opposent.

Tout semble aller à vau-l’eau, parce qu’on ne s’attache plus à voir ce qui tient, ce qui tient encore, ce qui tient toujours et malgré tout, ce à quoi se dévouent, sur tous les plans et à tous les échelons, beaucoup d’hommes et de femmes, dans ce pays, car tout n’est pas perdu, tout n’est pas incohérent, tout ne tombe pas dans un cloaque ni a fortiori ne végète dans la boue.

Seulement, voilà, il n’y a plus d’horizon, il n’y a plus d’espoir, les peurs rôdent de toutes parts et s’exacerbent insidieusement dans les esprits. Nous consommions tranquillement, améliorant notre sort peu à peu, avec patience et certitude. Aujourd’hui, les écarts se creusent autant que la dette, les tensions montent, les désordres menacent de se propager, à tout instant. Tel est le ressenti de la population. On dit que la démocratie est exténuée, qu’elle ne peut relever le gant. D’ailleurs, ce n’est pas une paire qu’on doit ramasser par terre, mais tout un magasin.  Chacun se sent abandonné, dans le pays au monde où la richesse est la plus redistribuée… c’est dire qu’on ne nous comprend pas au-delà de nos frontières, pas plus qu’en-deça, d’ailleurs, et pour des raisons inverses… mais qu’importe !

Ceux qui en profitent à plein, dans nos économies financières et technologiques mondialisées, n’en peuvent plus de ces États lents et gourds à diriger. Ils veulent respirer entre eux et vivre leurs luttes effrénées, sans avoir à subir les entraves de réglementations tatillonnes que des pouvoirs discrédités s’essoufflent à maintenir tant bien que mal. Multiples discordances dans l’administration des affaires humaines, que l’opinion ne s’épuise plus à corriger. Elle en vient à réclamer des hommes ou des femmes à poigne,  qui prendront les affaires en main, qui n’auront même plus à s’excuser de piétiner des principes, à qui les électeurs confieront leurs destins parce qu’ils ne savent plus à quel saint se vouer.  Démesure de ces fauves qui se révèleront d’autant plus ivres de leur pouvoir qu’ils ne sauront résoudre les contradictions inhérentes à des sociétés avachies dans leurs bien-être et mal-être mêlés. Les tyrans d’opérette ont leur chance. Ils seront chargés de balayer pour ceux qui détiennent les biens et les clés de leur avenir… ou, au contraire, de les combattre sans merci.

De telles évolutions, dans un sens comme dans l’autre, signeraient la fin d’un usage tempéré du pouvoir et l’abolition plus radicale encore du respect mutuel des forces en présence, déjà fortement mis à mal, car le droit de la minorité comme, plus largement, celui des minorités pose toujours la question des limites de la tolérance de l’autre, au fondement de toute vie démocratique accomplie. Bref, dans tous les cas, on sait historiquement que les choses ne se terminent pas bien, comme toutes les dérives d’un autoritarisme que rien ne semble contrarier dans sa course mais qui, en revanche, a tôt fait de contrarier même ceux qu’il ambitionnait de servir, à ceci près qu’il trouve le moyen de se maintenir déraisonnablement, au gré de circonstances qu’au besoin, il provoque. 

À ce point, je vous entends me dire : « D’accord, mais, la franc-maçonnerie, dans tout cela ? » Bonne question…

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Christian Roblin
Christian Roblin
Christian Roblin est le directeur d'édition et l'éditorialiste de 450.fm. Il a exercé, pendant trente ans, des fonctions de direction générale dans le secteur culturel (édition, presse, galerie d’art). Après avoir bénévolement dirigé la rédaction du Journal de la Grande Loge de France pendant, au total, une quinzaine d'années, il est aujourd'hui président du Collège maçonnique, association culturelle regroupant les Académies maçonniques et l’Université maçonnique. Son activité au sein de 450.fm est strictement personnelle et indépendante de ses autres engagements.

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