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L’apprentissage désigne, en Franc-maçonnerie, la période qui suit l’initiation et s’achève avec le passage au grade de Compagnon. Héritée du vocabulaire des métiers, où l’apprenti apprenait pendant des années auprès d’un maître, elle est le premier temps du cheminement initiatique : celui de l’écoute, du silence et de la découverte des symboles. Sa durée varie selon les obédiences et les rites, mais son sens est partout le même. L’apprenti n’est pas un maçon de second rang ; il est un maçon au commencement, et ce commencement fonde tout le reste.
Un héritage des métiers
Dans les métiers médiévaux et modernes, l’apprentissage était un contrat : le jeune homme vivait et travaillait chez un maître pendant plusieurs années avant d’être admis comme compagnon. En Écosse, les statuts Schaw de 1598 prévoient qu’un apprenti soit lié à son maître pour au moins sept ans, et qu’il attende encore avant d’être reçu compagnon de métier. En Angleterre, une loi de 1563 généralise également une durée de sept ans pour les apprentissages. La maçonnerie spéculative a conservé le nom et la structure, en transposant le métier dans l’ordre symbolique.
Une durée variable
Les Constitutions d’Anderson de 1723 ne fixent pas de durée pour l’apprentissage maçonnique. Aujourd’hui, chaque obédience la détermine par ses règlements, le plus souvent sous la forme d’un minimum de temps ou d’un nombre minimal de tenues. Dans les loges françaises, une durée d’un an au moins est fréquente, souvent davantage. Dans la tradition anglaise, les délais sont parfois beaucoup plus courts, l’accent étant mis sur la connaissance du rituel. L’important n’est pas le calendrier, mais la maturité du travail accompli.
Le silence de l’apprenti
Dans les rites pratiqués en France, notamment le Rite Français et le Rite Écossais Ancien et Accepté, l’apprenti ne prend pas la parole en loge pendant son apprentissage, sauf exceptions prévues par le rituel. Ce silence n’est ni une brimade ni une mise à l’écart : il est un exercice. Apprendre à écouter sans répondre, à laisser mûrir une impression, à observer la manière dont la parole circule, c’est déjà travailler la pierre brute. L’apprenti s’exprime par écrit, à travers ses travaux, et dans les réunions d’instruction.
La place et le travail de l’apprenti
- Il siège sur la colonne du Septentrion, la plus sombre de la loge, au nord.
- Il est placé sous la responsabilité d’un Surveillant, le plus souvent le Second, chargé de son instruction.
- Il étudie l’instruction de son grade et les symboles découverts lors de l’initiation.
- Il travaille sur la pierre brute, symbole de lui-même à dégrossir, avec le maillet et le ciseau.
- Il présente un ou plusieurs travaux écrits avant de demander son passage au grade de Compagnon.
- Il est dit avoir « trois ans », âge symbolique de l’apprenti.
Le symbolisme de l’enfance
L’apprentissage est souvent comparé à une naissance puis à une enfance. Le profane est mort symboliquement au cabinet de réflexion ; l’apprenti naît à la Lumière et découvre un monde nouveau. Comme l’enfant, il apprend un langage, des gestes, des usages ; comme lui, il observe avant de comprendre. Le nord, où il siège, est la région du Temple la moins éclairée par le soleil : la lumière y est encore faible, et il lui faudra du temps pour s’y habituer.
L’augmentation de salaire
L’apprentissage s’achève par l’augmentation de salaire, terme maçonnique désignant le passage au grade supérieur. Dans la plupart des loges françaises, l’apprenti est examiné sur ses connaissances, présente un travail, et la loge, réunie au grade de Compagnon ou de Maître, vote sur sa demande. Le mot salaire, emprunté aux métiers, rappelle que la progression est le fruit d’un travail, non un privilège.
Un état plus qu’une étape
Beaucoup de maçons expérimentés disent qu’on reste apprenti toute sa vie. L’expression n’est pas une coquetterie : elle signifie que l’attitude de l’apprenti, l’écoute, l’humilité, l’étonnement devant les symboles, ne doit jamais se perdre. Les grades suivants ajoutent des connaissances et des responsabilités ; ils ne remplacent pas cette disposition première. Le grade d’apprenti est d’ailleurs celui dans lequel se tiennent la plupart des tenues, et que tous les maçons pratiquent le plus souvent.
Le saviez-vous ?
L’âge symbolique de trois ans attribué à l’apprenti s’oppose à celui de cinq ans pour le compagnon et de sept ans pour le maître dans la plupart des rites français. Ces nombres renvoient au symbolisme des nombres propre à chaque grade, et non à une durée réelle.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Pierre brute, Augmentation de salaire…, Silence, Second surveillant, Initiation.
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