jeu 25 juillet 2024 - 18:07

Redécouvrir Simon le Magicien : Une plongée dans la figure énigmatique du christianisme primitif

L’ouvrage de G. R. S. Mead intitulé “Simon Magus: An Essay” a été publié en 1892 par la Theosophical Publishing Society à Londres. Mais avant d’aborder quelques éléments clés concernant cet ouvrage, attardons-nous sur la vie et l’œuvre de son auteur qui ne manquera pas de passionner tout initié.

George Robert Stow Mead (1863-1933), connu aussi sous le nom de G.R.S. Mead, était un érudit britannique, écrivain, traducteur et théosophe, connu pour ses contributions significatives à l’étude des traditions gnostiques et ésotériques.

Mead est né le 22 mars 1863 à Nuneaton (Warwickshire, Angleterre) et a étudié au King’s College de Londres, où il a obtenu un diplôme en lettres classiques et philosophie.

En 1884, George Robert Stow Mead rejoint la Société Théosophique, un mouvement ésotérique fondé par Helena Petrovna Blavatsky. Il devient rapidement un membre influent et le secrétaire particulier de Blavatsky. Il est également éditeur de plusieurs revues théosophiques, dont “The Theosophical Review”.

Mais Mead est surtout connu pour ses travaux sur les traditions gnostiques et hermétiques. Nous comptons parmi ses œuvres les plus importantes Fragments of a Faith Forgotten (1900), cet ouvrage étant une étude approfondie des systèmes gnostiques, explorant leurs origines, leurs doctrines et leur influence. Il est considéré comme l’une des premières études complètes sur le gnosticisme en anglais. Dans Thrice-Greatest Hermes (1906), ce livre est une compilation et une traduction des textes hermétiques attribués à Hermès Trismégiste. Mead analyse également l’importance historique et philosophique de ces textes.

Extrait de l’œuvre Pistis Sophia Opus Gnosticum Valentino adiudicatum. M. G. Schwartze, Berlin 1851

Avec Pistis Sophia (1896), l’auteur traduit et commente ce texte gnostique, qui est l’un des principaux écrits de la littérature gnostique copte. Pistis Sophia est une révélation de Jésus après sa résurrection, contenant des enseignements sur le salut et la sagesse divine. Enfin, Simon Magus: An Essay (1892) est un essai explorant la figure de Simon le Magicien, un personnage controversé du christianisme primitif, souvent considéré comme un hérétique et un rival de l’apôtre Pierre. Mead y analyse les sources historiques et gnostiques sur Simon Magus. Il fait l’objet de cette réédition par Amici Librorum, permettant à ceux qui le désire de l’acquérir à un prix plus qu’abordable. Gardons à l’esprit que celui qui ne lit pas est condamné à croire les autres.

George Robert Stow Mead

George Robert Stow Mead a joué un rôle crucial dans la redécouverte et la popularisation des textes gnostiques et hermétiques. Ses traductions et ses commentaires ont rendu ces écrits accessibles à un public plus large et ont stimulé l’intérêt pour le gnosticisme et l’ésotérisme.

Il a adopté une approche académique rigoureuse dans ses études, combinant des analyses philologiques, historiques et philosophiques. Cela a aidé à établir l’étude des traditions ésotériques comme un domaine légitime de recherche académique.

En tant que membre influent de la Société Théosophique, George Robert Stow Mead a contribué à la diffusion des idées théosophiques. Il a travaillé à rapprocher la théosophie de la recherche académique sur les traditions mystiques et ésotériques. Mais, en 1909, en raison de divergences sur la direction et les enseignements de la Société Théosophique après la mort de Blavatsky, George Robert Stow Mead a quitté l’organisation et a fondé la Quest Society, une organisation dédiée à la recherche spirituelle et philosophique indépendante.

George Robert Stow Mead reste une figure centrale dans l’étude des traditions gnostiques et ésotériques. Ses travaux continuent d’être une référence importante pour les chercheurs et les étudiants de ces domaines. Son approche érudite et son engagement à rendre accessible des textes anciens ont eu un impact durable sur la compréhension et l’appréciation des traditions mystiques et ésotériques dans le monde occidental.

De Simon Magus, également connu sous le nom de Simon le Magicien ou Simon le Sorcier, que retenons-nous ?

Tout d’abord, qu’il était une figure controversée et intrigante du christianisme primitif. Il apparaît dans les Actes des Apôtres et est souvent considéré comme l’un des premiers hérétiques chrétiens. Voici un aperçu détaillé de sa vie, de ses enseignements et de son impact sur la tradition chrétienne et gnostique.

Simon Magus était originaire de Samarie. Son surnom Magus indique qu’il était considéré comme un magicien ou un sorcier. Son histoire est principalement connue à travers les Actes des Apôtres (chapitre 8) et les écrits des Pères de l’Église.

Jésus et les apôtres,
icône de Féodor Zoubov (1660)

Dans les Actes des Apôtres, Simon est décrit comme pratiquant la magie et ayant une grande influence sur le peuple samaritain. Il se convertit au christianisme après avoir entendu la prédication de Philippe l’Évangéliste et être baptisé.

 Cependant, Simon tente d’acheter le pouvoir de conférer le Saint-Esprit en offrant de l’argent aux apôtres Pierre et Jean. Cet acte donne naissance au terme “simonie”, désignant l’achat ou la vente de privilèges spirituels.

Les écrits des Pères de l’Église, notamment Irénée de Lyon, Justin Martyr, et Hippolyte de Rome, décrivent Simon Magus comme un fondateur du gnosticisme. Il aurait enseigné que le monde matériel était créé par des anges inférieurs et que la vraie connaissance (gnose) permettait de se libérer de la matière. Simon se considérait lui-même comme une manifestation divine et affirmait posséder une connaissance spéciale du divin.

Selon certaines traditions, Simon était accompagné d’une femme nommée Hélène, qu’il prétendait être la réincarnation de l’Ennoia (la Pensée) divine. Elle était considérée comme un aspect de la sagesse divine tombée dans le monde matériel.

La mort de Simon sur un chapiteau de la cathédrale Saint-Lazare d’Autun (XIIe siècle)

Simon ne manque pas de soulever controverses et réactions. Les premiers chrétiens considéraient Simon Magus comme un dangereux hérétique. Ses prétentions et ses enseignements étaient vus comme une menace pour l’orthodoxie chrétienne. Les affrontements entre Simon et les apôtres, notamment Pierre, symbolisent le conflit entre les enseignements gnostiques et l’orthodoxie chrétienne. Par ailleurs, diverses légendes se sont développées autour de Simon Magus. Certains récits rapportent qu’il aurait tenté de démontrer ses pouvoirs en volant dans les airs à Rome, mais aurait été vaincu par les prières de Pierre et Paul, conduisant à sa chute mortelle.

Simon le Magicien, les démons et la naissance de la vigne. Porte Miègeville – Basilique Saint-Sernin, Toulouse

Simon Magus est souvent considéré comme l’une des figures fondatrices du gnosticisme. Ses idées et son rôle dans la diffusion de la pensée gnostique ont eu un impact durable sur le développement des courants gnostiques ultérieurs.

Simon apparaît dans divers écrits patristiques et apocryphes comme une figure archétypale de l’hérétique et du faux prophète. Son histoire est utilisée pour illustrer les dangers de l’hérésie et de la magie.

Simon Magus: An Essay de G.R.S. Mead (1892), ici traduit en français, cet essai de George Robert Stow Mead explore la figure de Simon Magus à travers les sources historiques et gnostiques, offrant une perspective érudite sur son rôle et son influence.

Les chercheurs modernes continuent d’étudier Simon Magus pour comprendre ses contributions à la pensée gnostique et son impact sur le christianisme primitif. Son histoire est également un sujet d’intérêt pour les études sur l’hérésie et la formation des doctrines chrétiennes orthodoxes.

Simon Magus reste une figure fascinante et controversée du christianisme primitif. Ses enseignements et ses actions ont eu un impact significatif sur le développement des traditions gnostiques et sur la perception des hérétiques dans l’histoire chrétienne. Son histoire continue d’intriguer les chercheurs et les étudiants de l’Antiquité chrétienne et de l’ésotérisme.

Armageddon, Apocalypse du Liber Chronicarum de Hartmann Schedel (*1440 – †1514), imprimé en 1493 à Nuremberg

Dans cette dernière livraison, George Robert Stow Mead explore la vie, les enseignements et l’impact de Simon Magus à travers une perspective théosophique et historique. L’ouvrage examine les sources anciennes, y compris les écrits patristiques, les textes gnostiques et les références bibliques.

L’auteur s’efforce de réhabiliter Simon Magus en tant que figure complexe, souvent mal comprise et déformée par les récits chrétiens orthodoxes. Il analyse les influences gnostiques et les idées mystiques attribuées à Simon Magus, en les plaçant dans le contexte plus large de la spiritualité et de la théologie du premier siècle.

L’ouvrage de George Robert Stow Mead est important pour les étudiants de la théosophie et de l’ésotérisme, car il offre une perspective alternative sur une figure souvent controversée du christianisme primitif. Il contribue aussi à une compréhension plus large des mouvements religieux et des croyances mystiques de l’époque.

Il nous faut noter que Simon Magus: An Essay a été bien accueilli dans les cercles théosophiques pour sa profondeur d’analyse et son approche érudite. Il a également suscité l’intérêt des historiens des religions et des spécialistes du gnosticisme pour son traitement détaillé des sources et des traditions liées à Simon Magus.

L’ouvrage de G. R. S. Mead Simon Magus: An Essay reste une référence importante pour ceux qui s’intéressent à l’étude des traditions gnostiques, de l’ésotérisme chrétien et de l’histoire de la théosophie. Publié en 1892, il reflète l’engagement de Mead à explorer et à éclairer des figures et des idées souvent marginalisées ou mal comprises dans l’histoire religieuse.

Simon le Magicien-Un Essai sur le Fondateur du Simonisme… par G.R.S. Mead est une contribution précieuse à la compréhension de l’une des figures les plus énigmatiques du christianisme primitif. En combinant une rigoureuse analyse historique avec une réévaluation philosophique, Mead offre une perspective équilibrée et nuancée sur Simon Magus. L’ouvrage est indispensable pour les chercheurs en études religieuses notamment et tout cherchant s’intéressant à la complexité des premiers mouvements chrétiens.

Simon le Magicien-Un Essai sur le Fondateur du Simonisme, basé sur les Sources

Anciennes – Avec une Réévaluation de sa Philosophie et de ses Enseignements par G.R.S. MEAD

Amici Librorum, 2023, 132 pages, 16 €

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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti est directeur de la rédaction de 450.fm. Il a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du Compagnon de l’Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis (UC) Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire, membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France (IMF) et médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie (Musée de France), il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour plusieurs revues obédientielles dont « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France et « Chemins de traverse » de la Fédération française de l’Ordre Mixte International Le Droit Humain ou encore « Le Compagnonnage » de l’UC. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en a été le commissaire général. En 2023, il est fait membre d'honneur des Imaginales Maçonniques & Ésotériques d'Épinal (IM&EE).

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