sam 20 avril 2024 - 07:04

Philippe Égalité, “roi” des francs-maçons

De notre confrère pointdevue.fr – Par Philippe Delorme

Exécré par une partie des royalistes, Louis-Philippe-Joseph, duc d’Orléans, a été comme beaucoup d’autres, emporté par la bourrasque de 1789. Auparavant, dans les dernières années de l’Ancien Régime, ce prince libéral s’était distingué par son goût pour les idées nouvelles, et particulièrement la franc-maçonnerie, venue d’Outre-Manche. Il a même été le premier Grand Maître du Grand Orient de France, qui vient de fêter son 250e anniversaire…

Selon la légende contre-révolutionnaire, c’est le duc d’Orléans, chef d’un complot maçonnique, qui aurait fomenté les troubles de 1789, afin de détrôner son royal cousin ! Aujourd’hui, cette thèse n’est plus défendue par aucun historien sérieux. Il n’en reste pas moins que Louis-Phippe-Joseph d’Orléans a été le premier grand maître du Grand Orient de France, dès 1773, et qu’il l’est resté durant vingt ans.

À l’époque, le futur “Philippe Égalité” n’est encore que duc de Chartres – il deviendra duc d’Orléans après la disparition de son père, en 1785. Son mariage avec sa cousine Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon-Penthièvre fait de lui l’homme le plus riche du royaume. Comme beaucoup de ses contemporains, il adule tout ce qui vient de Grande-Bretagne : du parlementarisme aux courses de chevaux ! Or, la franc-maçonnerie participe de cette anglomanie ambiante. Fondée à Londres en 1717, sur les ruines des vestiges des anciennes confréries médiévales de bâtisseurs, elle a rapidement franchi la Manche. 

À partir de 1738, le duc d’Antin, un grand seigneur, prend la tête de la Grande Loge de France. Il y est remplacé en 1743 par un Condé, le duc de Clermont. La monarchie de Louis XV n’est pas mécontente qu’un prince du sang dirige cette étrange société, afin de mieux la contrôler. D’ailleurs, le roi lui-même aurait été initié, sous l’influence de son premier valet de chambre Bontemps. Quant au duc de Chartres, élu en avril 1772 et installé le 22 octobre de l’année suivante, il ne se fera jamais remarquer par une activité débordante. En fait, il abandonnera la réalité de ses pouvoirs à son administrateur général, le duc de Montmorency-Luxembourg, qui parviendra à rassembler toutes les obédiences au sein d’un “Grand Orient de France”.

De l’activité maçonnique du prince, restent quelques objets emblématiques. Le plus authentique est sans doute son épée, qui appartient aujourd’hui aux collections de la Grande Loge de France, rue Puteaux, à Paris. Les armes d’Orléans, entourées de symboles maçonniques, décorent la lame. Près de la garde, une inscription indique qu’elle a été fabriquée à Solingen, la célèbre cité manufacturière allemande. Le trône doré, garni de velours rouge, qui lui est attribué, est davantage sujet à caution. Il s’agit assurément d’un “fauteuil de vénérable”, dans le goût de l’époque, avec des entrelacs de rosaces, de feuillages, d’équerres et de compas. Appartenant depuis fort longtemps au patrimoine historique du Grand Orient de France, cette pièce est d’une provenance douteuse. Si elle date bien du XVIIIe siècle, rien ne prouve vraiment que le duc d’Orléans s’y soit réellement assis. Il est vrai que sa “grande maîtrise”, si elle flattait son goût de la popularité, va finir par lui sembler une charge incommode et même dangereuse car, contrairement à l’idée reçue, la Révolution se montrera hostile à la franc-maçonnerie. Pendant la Terreur, celui qui est devenu député de la Convention et siège parmi les Montagnards sous le nom de “Philippe Egalité”, reniera publiquement son engagement. La lettre qu’il adresse au Journal de Paris s’achève en ces termes : “Comme je pense qu’il ne doit y avoir aucun mystère ni aucune assemblée secrète dans une République, je ne veux plus me mêler en rien du Grand Orient ni des assemblées de francs-maçons…”

Cette ultime apostasie, après avoir pris part au régicide de son cousin Louis XVI, ne sauvera pas l’ancien grand maître. Le 17 brumaire an II (7 novembre 1793), le ci-devant duc d’Orléans finira sa carrière sous le couperet de la guillotine. “Il était bien tourné, bien fait, avec de jolis yeux, écrira de lui le prince Charles-Joseph de Ligne. Ses intrigues infâmes, révolutionnaires, auront sûrement rendu son visage rouge et boutonneux, affreux ; car ce qui se passe dans l’âme s’y peint ordinairement. Quand on a été son ami (mot dont il connaissait la valeur), il faut le pleurer avant de le détester, oublier l’homme aimable et abhorrer le scélérat qui a voté la mort du roi…”

Musée de la Franc-maçonnerie, 16 rue Cadet, 75009 Paris. www.museefm.org

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