sam 20 avril 2024 - 06:04

Une poignée de « frères radiés » tentent un putsch contre le Grand Maître par intérim au Togo

De notre confrère togolais togobreakingnews.info

Tout allait plutôt bien dans l’univers de la Franc-Maçonnerie au Togo et surtout au sein de la Grande Loge Nationale Togolaise* (GLNT) qui, une année plus tôt, rendait hommage à son regretté Grand Maître (GM), Ignace Clomégah, rappelé par « le Grand Architecte de l’Univers ». Les travaux en loge battaient leur plein et l’obédience était au rendez-vous de toutes les grandes rencontres maçonniques en Afrique et partout ailleurs. Sûrement le printemps, après les soubresauts que cette obédience (la plus importante au Togo) a connus il y a quelques années.

D’après des sources bien informées au sein de la GLNT, les « frères » s’activaient d’ailleurs à « réunir ce qui est épars » pour permettre à ceux qui s’étaient opposés à l’installation du défunt Grand Maître de rejoindre les rangs de la fraternité. Julien Pitassa Kao qui assure l’intérim de feu Ignace Clomégah, a donné des instructions claires pour accélérer les discussions et favoriser le retour des « frères momentanément éloignés ».

Mais c’était sans compter avec Yiva Badohu, directeur de Togo Foods, entouré d’une poignée de « frères » jusqu’au-boutistes, qui s’évertuent à saper les efforts de la GLNT, en prétextant l’avoir installé « Grand Maître » (sic) le 01 mars dernier, dans un ultime geste de forfaiture, en violation flagrante de plusieurs décisions de justice et au mépris des règles et pratiques maçonniques.

La Franc-Maçonnerie togolaise encore bousculée

En effet, la Franc-Maçonnerie togolaise croyait en avoir fini avec la guerre fratricide après plusieurs années de crise et de tensions ouvertes en 2016 entre les « frères », et la reconnaissance en 2020 de feu Ignace Anani Clomégah, comme Grand Maître (GM) de la GLNT, par les Grandes Loges à travers le monde, à l’instar de la Grande Loge Unie d’Angleterre, une sorte de Vatican de la maçonnerie dite régulière, et de la quasi-totalité des grandes loges africaines, européennes et américaines.

De fait, plusieurs « frères » dissidents qui s’opposaient à l’installation de l’expert-comptable, ont fini par revenir au bercail pour lui faire allégeance. Seule une poignée d’irréductibles, sont restés « Méthodistes », du nom de cette école primaire dont étaient affublés les « frères rebelles » et où ils se réunissaient dans des salles de classe avant d’en être chassés.

Au lendemain du décès d’Ignace Clomégah, l’initiative qu’il avait déjà entreprise de tendre la main aux derniers « Méthodistes » s’est accélérée sous son successeur par intérim, Julien Pitassa Kao. Selon un proche de ce dernier, les discussions avaient bien progressé mais achoppaient sur les rangs et grades obtenus par certains « Méthodistes » et qu’ils voudraient voir conserver à leur retour à la Grande Loge. Ce serait « une prime à la rébellion », contestaient certains « officiers » de la GLNT. Pour autant, la tendance était au retour de l’harmonie et l’intégration de tous les frères dissidents, y compris ceux radiés.

Mais l’acte posé le 01er mars par Yiva Badohu et ses amis semble définitivement mettre fin à tous ces efforts. Car, comme nous l’a confié un officier de la GLNT et confirmé par une note officielle publiée par le GM par intérim, il ne saurait être question de tolérer ces comportements hors la loi, ces attitudes de rébellion et de défiance à l’égard des institutions judiciaires, administratives et politiques du Togo.

Installé … dans son salon

En cette soirée du vendredi 01er mars, dans une des villas cossues de la Résidence de la Caisse au nord de Lomé, se pressent une vingtaine d’individus en costume sombre. Selon la note qu’ils ont adressée au Ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et du Développement du Territoire, il s’agit de  « la tenue d’une réunion de la Grande loge nationale togolaise dans un cadre purement privé pour une cérémonie rituelle ».

De fait, cette vingtaine de personnes sur plus du millier que compte la GLNT et dont une bonne partie a été exclue temporairement ou radiée selon nos informations, va introniser Yiva Badohu GM (sic) dans une cérémonie organisée dans son salon. C’est sans doute l’acte de défiance et de parjure de trop de ce sexagénaire décrit comme un ambitieux à l’égo surdimensionné.

« Il s’est toujours rêvé en Grand Maître et est prêt à vendre père, mère, et beau-père pour y arriver. Mais là, c’est un roi sans couronne, un chef qui n’a de trône qu’un rocher, un nain maître et non un grand maître » commente ce franc-maçon qui confie avoir été proche de Yiva Badohu avant de s’en éloigner très vite à cause de sa mégalomanie.

Beaucoup de francs-maçons à qui nous avons parlé en sont convaincus, Yiva Badohu a été la tête pensante, le maître d’œuvre et le chef d’orchestre de la crise qu’a connue la GLNT, uniquement pour satisfaire cette ambition démesurée. Il a su manipuler malheureusement certains maçons, en convoquant chez eux leur esprit grégaire et chez d’autres, ce qu’il y a de plus vil chez l’homme : l’argent, qu’il distribue à tout va à ses obligés.

Pour renforcer sa citadelle aux fondations en argile, il a fait appel à un ancien ministre revenu aux affaires, pour le parachuter président d’une loge, avec la promesse de faire de lui en un laps de temps, un Grand Officier. L’objectif à peine voilé était de faire profiter de ses faveurs et relations à la dissidence.

Décisions de justice violées

Plusieurs décisions de justice ont déjà tranché la question de la reconnaissance du camp qui a légitimité à utiliser le nom et les emblèmes de la GLNT, ainsi que celle de Grand Maître. Ainsi, par ordonnance de référé contradictoire N° 0207/2020 rendue le 22 avril 2020 par le Tribunal de Grande instance de Lomé, il a été fait interdiction par exemple à Monsieur Issaka Yamba Pessinaba, auto-proclamé GM de la GLNT et considéré comme un homme sous l’influence de Yiva Badohu qu’il a installé le 01er mars dernier comme son successeur, de faire usage du titre de Président ou de GM de la GLNT.

Par la même ordonnance, il lui est également interdit, à lui-même ou à toute personne ou tout groupe de personnes ou loge se réclamant de lui, l’usage des papiers à-en-tête de la GLNT, les logos, cachets de l’obédience. Cette ordonnance n’ayant jamais connu de sursis et n’ayant jamais été infirmée par la Cour d’Appel, reste donc pleinement en vigueur et exécutoire.

En outre, par requête enregistrée au Greffe de la Cour suprême du Togo le 12 mars 2021, Monsieur Issaka Yamba Pessinaba, radié entre temps de la GLNT, a demandé l’annulation de la décision de reconnaissance d’Ignace Clomegah comme Président et GM de la GLNT prise par le Ministre de l’Administration Territoriale. Dans son arrêt N° 06/22 du 23 décembre 2022, la Chambre Administrative de la Cour suprême a rejeté le recours du sieur Issaka Yamba Pessinaba.

Au demeurant, d’après nos sources, le Ministre de l’Administration territoriale, lorsqu’il a été saisi par courrier par les organisateurs pour l’informer  de la tenue de la réunion du 1er mars, leur a demandé « dans l’intérêt de la loi et de l’Etat, de sursoir à cette réunion pour aller au dialogue avec l’autre partie » sous sa direction, après leur  avoir rappelé l’existence d’une série de décisions de justice reconnaissant la légitimité des dirigeants actuels de la GLNT.

Ultime preuve du déni dans lequel s’enferment Yiva Badohu et ses amis, ils n’ont plus accès au temple de Djidjolé ni à quelque autre temple sur le territoire national.

Chassé de partout

Comme nous l’a confié un « frère », un maçon doit être reconnu comme tel par ses frères. Ce qui n’est plus le cas d’Yiva Badohu, radié de la GLNT. Conséquence : il ne peut plus aller dans aucune loge régulière et bien informée dans le monde. Il nous revient, d’après plusieurs sources, qu’il en a encore fait l’amère expérience ces derniers mois, notamment aux Etats-Unis où il pensait pouvoir passer incognito dans une loge. Il en fut chassé manu militari.

C’est donc en vain qu’il se présente auprès de la presse comme le successeur d’Ignace Clomégah.

Lors de la réunion de la Communauté des Grandes Loges Régulières du Monde Francophone tenue à Brazzaville (Congo) le 23 février dernier, et contrairement à ce que nos confrères d’Africa Intelligence ont publié, la GLNT y était représentée par le Grand Maître par intérim et par le président de la commission des affaires extérieures.

Selon nos informations, l’absence de Yiva Badohu à cette rencontre n’était donc pas due à son hypothétique french bashing mais simplement au fait qu’il n’est plus membre de la GLNT dont il est radié, encore moins son GM. De surcroît, la Conférence des Grands Maîtres des Grandes Loges Régulières d’Afrique n’a jamais reconnu son groupe de dissidents, ni celui entretenu au Mali par son compère et ami, Sadio Lamine SOW.

Au surplus, et à rebours de ce que soutient Africa Intelligence, des Grandes Loges des pays de l’Alliance des Etats du Sahel étaient présentes selon nos informations à Brazzaville, avec des délégations conduites par leurs Grands Maîtres respectifs : Grande Loge du Burkina Faso avec le Grand Maître Alain Roger Coefe et la Grande Loge Nationale Malienne avec le Grand Maître Boubakar Keita.

Quant à la Grande Loge du Niger, elle ne pouvait pas être admise à cette réunion car la Grande Loge Nationale Française lui a retiré sa reconnaissance depuis 2021. De facto, elle est exclue de toutes les réunions internationales en attendant l’Installation d’un nouveau Grand Maître régulièrement élu et installé pour remplacer Mamadou Talata Doulla.

*Grande Loge Nationale Togolaise* (GLNT), rappel historique

Blason GLNF
Blason GLNF

 La Franc-maçonnerie régulière a été introduite au Togo le 03 avril 1972 avec la consécration de la Respectable Loge Franchise-Lomé inscrite sous le numéro 148 dans les Registres de la Grande Loge Nationale Française (GLNF).

            Cette nouvelle Loge fut placée sous l’autorité de la Grande Loge du District d’Afrique Noire dont le siège était à Dakar, au Sénégal, et dont le Grand Maître était le TRF Doudou Guèye. Le premier Vénérable Maître de cette première Loge fut le TRF Emmanuel Kotso.

            Le Togo et le Bénin, disposant de quatre (4) Loges,  la Grande Loge du District du Golfe du Bénin fut alors créée et consacrée par la GLNF et le TRF E.K. Nathaniels installé comme Grand Maître de District, le 08 juin 1974.

Maison des Maçons, GLNF, Grand Temple Jean Mons.

            Lors de sa visite à Lomé en février 1982, le Grand Maître de la Grande Loge Nationale Française, le TRF Jean MONS (Jean Mons, né Jean Baptiste François Mons le 25 février 1906 à Argentat (Corrèze) et mort le 8 mai 1989 au Chesnay, est un haut fonctionnaire français. Grand résistant, il est nommé résident général de France en Tunisie de 1947 à 1950. De retour à Paris, il est mis en cause dans l’affaire des fuites en 1954, a décidé que le Bénin soit érigé en Grande Loge de District dénommée» Grande Loge de District du Bénin» et que le Togo devienne la « Grande Loge de District du Togo».

            La Grande Loge de District du Togo créera six (6) Loges au cours de la période allant d’avril 1985 à décembre 1990. Le nombre des Loges sous l’administration de la Grande Loge de District du Togo fut ainsi porté à dix.

            L’expérience acquise depuis 1972 par les membres de la Grande Loge du District du Togo s’étant confirmée, d’une part par la maîtrise des activités maçonniques et, d’autre part, par une bonne connaissance de l’administration des Loges, les Frères décidèrent de se constituer en Grande Loge Nationale indépendante sous la dénomination de « Grande Loge Nationale Togolaise « (GLNT) et sous le parrainage de la Grande Loge Nationale Française (GLNF). Le Décret n° 771 de la GLNF en date du 06 juin 1992 créa alors la Grande Loge Nationale Togolaise et lui donna une Grande Charte Constitutive avec tous les droits et prérogatives afférents à une Grande Loge Régulière.

            Compte tenu des circonstances socio-politiques qui prévalaient au Togo en cette période, la consécration de la Grande Loge Nationale Togolaise se fit à Paris. Elle eut lieu ce même jour du 06 juin 1992 au siège de la Grande Loge Nationale Française, 65, Boulevard Bineau à Neuilly-sur-Seine (France), avec l’installation du TRF Emmanuel Kokou Kotso Nathaniels comme Grand Maître. Au cours de la cérémonie, le GM Nathaniels nomma le TRF Joseph Kossi Kpelly-Hukporti Député Grand Maître de la GLNT et le TRF Michel Logo Kowouvi Assistant Grand Maître de la GLNT.

            La Grande Loge Nationale Togolaise (GLNT) se réunit pour la première fois en Assemblée Générale à Lomé le samedi 15 août 1992 à son siège au Domaine des Maçons à Djidjolé.

            Le 18 janvier 1991, pour être en conformité avec les textes régissant l’existence des associations en République Togolaise, les statuts de la Grande Loge Nationale Togolaise furent déposés au Ministère de l’Intérieur. En 2007  la Grande Loge Nationale Togolaise (GLNT) sera agréée comme Association régie par la loi N° 40-484 du 1er juillet 1901 sous le Récépissé N°1163 / MAT- SG-DAPOC- DOCA du 12 décembre 2007.

4 Commentaires

  1. Un scénario à peu près similaire se passe à la GLS Grande Loge du Sénégal depuis 3 ans.
    L’implosion sera bientôt au rendez-vous.

  2. Mes TTCCSS & TTCCFF,
    Nous vous informons que la version numérique du mensuel “Jeune Afrique” publie ce jour un article intitulé “Franc-maçonnerie : quand les frères radiés de la Grande Loge du Togo se rebellent”. Toutefois réservé aux abonnés.

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