Avec les Bons Cousins Charbonniers (B.˙.C.˙.C.˙.), promenons-nous dans les bois !

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Les Bons Cousins Charbonniers – Organisation et rituels forestiers, une franc-maçonnerie des bois
Les Bons Cousins Charbonniers – Organisation et rituels forestiers, une franc-maçonnerie des bois

Écrivain et illustrateur reconnu pour son expertise dans les domaines des arts populaires, Daniel Boucard, avec son dernier opus Les Bons Cousins Charbonniers – Organisation et rituels forestiers, une franc-maçonnerie des bois, nous transporte dans la magie des forêts, avec ses légendes, mythes et traditions, qui tient, encore maintenant, une place si particulière dans l’imaginaire collectif à travers le monde.

Les forêts ont toujours été perçues comme des lieux de mystère et de pouvoir, où la nature est à la fois belle et impénétrable, abritant des forces surnaturelles et des créatures mythiques. Et peuplées de personnages étranges tels les nains, les trolls, les lutins, les fées et les elfes ou encore les dryades et tant d’autres créatures (les esprits de la nature, les géants, les sorcières et les animaux parlants ou magiques…).

Les charbonniers seraient-ils de ceux-là ? Et ce dès la légende illustrant un exemple fascinant de la manière dont les récits peuvent se tisser autour de figures historiques importantes comme François Ier, roi de France de 1515 à 1547, surtout connu pour son mécénat des arts et des lettres ainsi que pour son rôle dans le développement de la Renaissance française. Cette belle anecdote met en lumière non seulement l’existence des communautés et des traditions corporatives au sein des métiers médiévaux et de la Renaissance, mais aussi le respect mutuel possible entre la royauté et ces communautés, malgré les vastes différences de statut social.

La légende décrit une rencontre fortuite entre François Ier et un groupe de charbonniers lors d’une de ses parties de chasse, loisir aristocratique par excellence. Le fait que le roi demande à subir les épreuves pour être admis parmi eux, et qu’il respecte les us et coutumes des Charbonniers au point d’accepter d’être délogé de sa place, souligne une forme de reconnaissance royale de l’autonomie et de l’importance des métiers et de leurs traditions.

Photo © Yonnel Ghernaouti, YG.
Photo © Yonnel Ghernaouti, YG.

Le proverbe « Charbonnier est maître chez lui » – que l’auteur ne manque pas de relater et commenter, dans son premier chapitre –, symbolise la souveraineté de chaque individu et de chaque profession sur son propre domaine d’expertise et de vie, un concept profondément ancré dans la culture française qui valorise l’autonomie et le respect mutuel.

Quant à l’habitude du roi d’appeler ses proches « mon Bon Cousin » ou « ma Bonne Cousine », cela pourrait refléter une approche plus personnelle et familiale dans ses relations, peut-être inspirée par cette expérience d’égalité et de fraternité vécue avec les Charbonniers. Cela montre un aspect de la personnalité de François Ier souvent oublié : sa capacité à se connecter avec des gens de tous les horizons, pas seulement avec la noblesse ou les intellectuels de la Renaissance.

Cette légende, au-delà de son aspect anecdotique, met en lumière l’importance des traditions corporatives et des métiers dans l’organisation sociale de la France pré-moderne. Elle rappelle que ces groupes possédaient leurs propres rites, leur autonomie et une certaine forme de pouvoir ou de respect au sein de la société, même face à la royauté. Cependant, il n’existe pas de récits ou de documents historiques bien connus qui détaillent une relation directe ou spécifique entre François Ier et les charbonniers en tant que groupe.

Photo © Yonnel Ghernaouti, YG.

Mais revenons l’ouvrage qui fait vraiment œuvre utile car rares sont les écrits sur la charbonnerie. D’autant que les charbonniers sont des artisans essentiels à l’économie, responsables de la production de charbon de bois, un combustible crucial pour la métallurgie, la cuisine et le chauffage, depuis des temps immémoriaux.

L’ouvrage Les Bons Cousins Charbonniers – Organisation et rituels forestiers, une franc-maçonnerie des bois comble donc une lacune importante dans l’historiographie et la compréhension des métiers traditionnels et de leurs cultures associées. La charbonnerie, en tant que métier et communauté, a souvent été négligée dans les études historiques et culturelles qui privilégient les activités plus documentées ou considérées comme plus influentes sur le cours de l’histoire. Merci M. Boucard !

Photo © Yonnel Ghernaouti, YG.

Il a commencé par nous décrire, dans son premier chapitre, « L’importance du charbon de bois et du charbonnier autrefois ». Le charbon de bois et les charbonniers ayant joué un rôle crucial dans l’économie et la société à travers l’histoire, en particulier avant l’avènement de l’ère industrielle et la généralisation de l’utilisation des combustibles fossiles comme le charbon minéral et le pétrole. Le charbon de bois était essentiel dans divers secteurs (métallurgie, cuisine et chauffage, production de verre et de céramique, agriculture), reflétant l’importance de cette ressource et des artisans qui la produisaient.

Quant au travail charbonnier, il est physiquement exigeant et nécessite une connaissance approfondie des forêts, des types de bois et des techniques de carbonisation.

Daniel Boucard nous écrit ensuite « Les confréries des Bons Cousins Charbonniers – Leurs rites et leur importance politique de la moitié du XVIIe siècle jusqu’à la fin du XIXe siècle », un métier qui a développé des rites spécifiques et joué un rôle qui dépasse la simple production de charbon de bois, touchant à des aspects sociaux et parfois politiques. Les Bons Cousins Charbonniers (B.˙.C.˙.C.˙.) formaient une confrérie ou une société secrète organisée autour du métier de charbonnier, avec des rituels d’initiation, des codes de conduite et un langage symbolique propres. Leurs rites s’inspiraient souvent de la franc-maçonnerie, avec des degrés d’initiation, des serments de fidélité et des rencontres régulières appelées ventes, tenues dans des lieux discrets, souvent en forêt, en lien avec leur activité professionnelle.

Photo © Yonnel Ghernaouti, YG.

Ces rituels et cette organisation témoignent d’une forte cohésion au sein du groupe, renforcée par une culture et une identité communes. Ils servaient non seulement à transmettre des connaissances techniques sur la production de charbon de bois mais aussi à maintenir un réseau de soutien mutuel parmi les membres. Sur le plan politique, les confréries ont pu servir de cadre à l’organisation de résistances ou de contestations face aux injustices sociales, aux pressions économiques ou aux transformations industrielles qui menaçaient leur mode de vie.

Daniel Boucard ne peut faire l’impasse sur le carbonarisme en Italie, mouvement secret et révolutionnaire qui a pris forme au début du XIXe siècle, influencé par les idéaux de la Révolution française et par les sociétés secrètes comme la franc-maçonnerie. Les Carbonari (charbonniers en italien) cherchaient à promouvoir des changements politiques et sociaux, notamment l’instauration d’une constitution, la lutte pour l’indépendance et l’unification de l’Italie, ainsi que la fin de la domination étrangère et des pouvoirs absolutistes des États italiens d’alors, principalement sous le contrôle des Habsbourg et des Bourbons.

Dans son ouvrage Les Bons Cousins Charbonniers – Organisation et rituels forestiers, une franc-maçonnerie des bois, Daniel Boucard plonge le lecteur dans le monde méconnu et fascinant des charbonniers, ces artisans de l’ombre dont le travail et les traditions se sont perpétués à travers les siècles. À travers une exploration détaillée de leur organisation, de leurs rituels et de leur culture, Boucard révèle la richesse d’une confrérie qui, bien que fonctionnant en marge de la société, a joué un rôle crucial dans l’histoire économique et sociale de nos forêts.

Photo © Yonnel Ghernaouti, YG.

L’ouvrage met en lumière la complexité d’une société secrète qui, à bien des égards, préfigure les mouvements ouvriers organisés et les luttes sociales qui émergeront plus tard dans l’histoire européenne. Les Bons Cousins Charbonniers (B.˙.C.˙.C.˙.), avec leur structure hiérarchisée, leurs codes de conduite, et leurs cérémonies initiatiques, incarnent une forme de résilience face aux défis économiques et sociaux de leur époque. Leurs pratiques, empreintes d’une profonde spiritualité liée à la forêt, témoignent d’une harmonie entre l’homme et la nature, rarement égalée dans les sociétés industrielles.

Ce livre est également un hommage à ces hommes de l’ombre, qui ont su créer une communauté solidaire et respectueuse des savoirs ancestraux, tout en s’adaptant aux changements de leur environnement. La transmission des connaissances, la solidarité fraternelle, et le respect profond pour la forêt sont des valeurs que les Bons Cousins Charbonniers partagent avec les mouvements écologistes contemporains, faisant de leur histoire un sujet d’étude pertinent pour notre époque.

Photo © Yonnel Ghernaouti, YG.

Enfin, Les Bons Cousins Charbonniers n’est pas seulement un travail de documentation historique ; c’est une invitation à réfléchir sur notre relation avec la nature et sur les modèles de communauté et de travail que nous voulons promouvoir. Dans une époque marquée par la quête de sens et par l’urgence écologique, les leçons tirées de la vie et des pratiques des charbonniers peuvent inspirer une nouvelle réflexion sur la façon dont nous interagissons avec notre environnement et sur les valeurs que nous souhaitons transmettre aux générations futures.

Daniel Boucard offre ainsi une contribution précieuse à notre compréhension du patrimoine culturel et environnemental, tout en posant les bases pour un dialogue entre passé et présent, entre tradition et modernité. Traitant même dans sa troisième et dernière partie du renouveau des rites forestiers et des bonnes cousines. Son ouvrage est une fenêtre ouverte sur un monde presque oublié, dont les échos résonnent encore aujourd’hui dans nos quêtes de durabilité et de communauté.

Daniel Boucard, photo Babelio.

*Né le 6 août 1947 à Lizy-sur-Ourcq en Seine-et-Marne, Daniel Boucard est un écrivain et illustrateur français reconnu pour son expertise dans les domaines des arts populaires. Sa contribution significative à la documentation et à la préservation des savoir-faire traditionnels se reflète à travers ses ouvrages détaillés qui explorent les outils, les métiers et le vocabulaire des arts populaires du Moyen Âge à 1914.

1re de couv., détail.

Sa biographie : Né dans un contexte d’après-guerre, Daniel Boucard a grandi dans une France où les métiers et les traditions manuelles tenaient encore une place importante dans la société. Cette période a probablement influencé son intérêt pour les arts populaires et les techniques artisanales ancestrales. Au fil des années, il s’est dédié à l’étude et à la conservation de ces savoirs, devenant un spécialiste reconnu dans ce domaine.

Ses principales œuvres sont le Dictionnaire des outils et instruments pour la plupart des métiers (Jean-Cyrille Godefroy, 2006), un ouvrage de référence de 740 pages, enrichi de trente-deux planches, est un travail exhaustif qui répertorie les outils utilisés dans divers métiers, offrant un aperçu fascinant de l’ingéniosité humaine à travers les âges, son Dictionnaire illustré et anthologie des métiers du Moyen Âge à 1914 (Jean-Cyrille Godefroy, 2008), un exceptionnel dictionnaire de 676 pages, complété par trente-deux planches, présente un panorama des métiers traditionnels, enrichi d’illustrations et d’analyses détaillées. L’ouvrage a été récompensé par le Prix Alfred-Verdaguer 2009 de l’Académie française, soulignant son importance dans la documentation des métiers anciens. Sans oublier le Vocabulaire illustré des arts populaires (Eyrolles, 2014) et ses 320 pages fournissant un glossaire détaillé des termes liés aux arts populaires, accompagné d’illustrations. Il s’agit d’une ressource précieuse pour les amateurs d’histoire, les artisans, et toute personne intéressée par le patrimoine culturel matériel.

À travers ses recherches et ses publications, Daniel Boucard joue un rôle crucial dans la préservation de la mémoire des métiers et des traditions qui façonnent le patrimoine culturel. Ses livres servent non seulement de référence académique pour les chercheurs et les historiens mais aussi d’inspiration pour les artisans qui cherchent à redécouvrir et à perpétuer les techniques traditionnelles. Sa démarche contribue à valoriser l’histoire sociale et culturelle des métiers et à sensibiliser le public à l’importance de sauvegarder ces aspects souvent négligés du patrimoine.

Les Bons Cousins Charbonniers – Organisation et rituels forestiers, une franc-maçonnerie des bois Daniel Boucard – Éditions Dervy, 2024, 160 pages, 18 €

Illustrations ci-dessous : randojp.free.fr – Charbonnière en Provence

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