mar 23 avril 2024 - 16:04

Mot du mois : « Dignité »

Ce vocable, sans être tout à fait passé de mode, voit néanmoins sa cote de popularité s’étioler en peau de chagrin dans le monde contemporain, tant il dérange par sa rigidité supposée, la raideur du comportement dont on le colore souvent.

L’idée générale du sémantisme *dek- exprime l’idée de conformation, d’adaptation.

Le latin *decet, il convient, désigne la décence, ce qu’on se doit de montrer ou de faire.

Ainsi le décor est-il ce qui est beau parce que décent, conforme aux règles et aux divers rythmes du théâtre, à l’assortiment des couleurs et des formes, des gestes et des propos, dans la vie tant privée que publique.

On fait preuve de dignité, c’est-à-dire qu’on s’attache à ce qui peut être montré, sans encourir le reproche de l’indécence au risque de l’indignité. Et par là-même d’un dédain justifié de la part de l’entourage.

Un carcan, qui d’ailleurs ne manqua pas de confiner au ridicule dans les mœurs aristocratiques et bourgeoises de certaines époques, entre autres d’excessive pudeur victorienne au XIXe siècle, tant le corps suggéré ou esquissé était honni. Corsets et crinolines en font preuve. Au grand risque d’y laisser sa santé et sa respiration ! Le vertugadin n’était-il pas cebourrelet qui permettait de cacher la grossesse d’une femme ?

Le Prince de Ligne (1735-1814) décrit, dans sa Correspondance littéraire, le despotisme conjugal de son père : « Ma mère avait grand’peur de lui. Elle accoucha de moi en grand vertugadin, et elle mourut de même quelques années après, tant il aimait les cérémonies et l’air de dignité. »

La dignité s’inscrit dans le registre sémantique de ce qui relève de la réputation, de ce qu’on montre, prouve par son comportement et qui conditionne l’opinion que les autres se feront de soi.  *Docere, doxa. Ainsi naît l’orthodoxie et le dogmatisme et leur long cortège coercitif.

La dignité ? Une belle vertu, si elle s’assortit du respect de soi, avant même de présider aux relations sociales. Et elle suppose de s’interroger lucidement sur ce qui autorise à y occuper une place dans la justesse en perpétuelle approximation des fils qui tissent la vie. Un art de vivre jusqu’à celui de mourir dans la dignité.

Annick DROGOU

Ta dignité, ma dignité, notre dignité. Cette dignité que nous avons en partage. Ce bien inaliénable qui impose le respect, autant le respect que je te dois que celui que je me dois à moi-même. La dignité qui fait qu’une vie vaut la peine d’être vécue. Dignité de celui qui a la force de se tenir debout et égale dignité du plus vulnérable d’entre nous, de celui qui a rendu les armes et qui mérite la pitié, cette merci qui n’est pas l’apitoiement sentimental.

Toutes les dignités, celle du héros qui se dresse contre la barbarie et celle, tout aussi élevée, de l’émigré qui survit dans l’épaisseur des jours, dans l’ombre de la société, et continue à vouloir la vie meilleure. La dignité, qui fait que tout être humain est plus grand qu’il ne paraît en apparence. La fraternité ne va pas sans la perception de la dignité.

Il faut oser parler de la dignité, comme il faut oser parler de l’honneur, toujours au singulier, pas au pluriel où les dignités sont réservées à des dignitaires qui en manquent trop souvent. Il ne faut pas avoir peur de ce mot, même si on ne le prononce pas sans gravité. Dignité de ceux qui refusent les servitudes volontaires et tout ce qui avilit. La dignité ne sera jamais un luxe, un accessoire et encore moins une vanité. C’est le courage de tenir droit contre tous les vents mauvais. C’est le mérite de celui qui a pour horizon ce qui est digne d’être rêvé et bon de vouloir réaliser.

Jean DUMONTEIL

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Annick Drogou
Annick Drogou
- études de Langues Anciennes, agrégation de Grammaire incluse. - professeur, surtout de Grec. - goût immodéré pour les mots. - curiosité inassouvie pour tous les savoirs. - écritures variées, Grammaire, sectes, Croqueurs de pommes, ateliers d’écriture, théâtre, poésie en lien avec la peinture et la sculpture. - beaucoup d’articles et quelques livres publiés. - vingt-trois années de Maçonnerie au Droit Humain. - une inaptitude incurable pour le conformisme.

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