mer 29 mai 2024 - 16:05

Pourquoi ce désamour de la France en Afrique ? Un Franc-maçon africain l’explique !

A l’occasion d’un récent voyage au Burkina-Faso, j’ai eu l’occasion de rencontrer un frère d’une loge du GODF. J’ai demandé à Mohamed qu’il m’explique ce rejet de la France et des français qui s’exprime dans les manifestations populaires que l’on voit actuellement.

Pour vous, lectrices et lecteurs de 450fm, Mohamed a accepté de rédiger un texte que je soumets à votre réflexion ! Ce texte me semble important car il est écrit par un intellectuel africain ami de la France, franc-maçon depuis de nombreuses années et ayant toujours choisi de rester au “pays” ! C’est un langage de vérité qui mériterait que nos responsables le prennent en considération !

MTCF Alain, ta question est plus que d’actualité après les réactions des foules suites aux
récents coups d’États. Ci-après quelques réflexions pour alimenter la réflexion sur les causes de ce désamour.

La période coloniale

La France a choisi de pratiquer une politique dite « d’assimilation ».

Le colonisé devait renoncer à sa culture pour s’intégrer à la civilisation française. Cf. Nos ancêtres les gaulois enseignés aux écoliers africains.

Pendant cette période, le colonisateur a choisi aussi d’appliquer la méthode du « travail forcé », véritable esclavage qui a certes, permis de créer des infrastructures importantes, mais à quel prix…

Alors que dans le même temps, l’école française (et les FM qui étaient sur le
continent) enseignaient les valeurs cardinales promues en métropole : Liberté, Égalité, Fraternité…

Et que celles pratiquées en Afrique en étaient diamétralement opposées.

S’il est vrai que l’essentiel des gens vivants aujourd’hui n’ont pas connus cette époque, son rappel ouvre à chaque fois une plaie douloureuse car chacun a eu un vieux parent impacté.

La période post-coloniale

Depuis les années 60, les politiques françaises ont consisté à maintenir nos pays comme un pré carré dont les dirigeants (du monde politiques ou des entreprises) devaient leur être soumis au risque d’être évincés sans état d’âme à travers les premiers coups d’états pilotés de Paris.

Dans le monde politique, outre les réseaux occultes, le contrôle était constant à travers les “coopérants”.

… Et les flux financiers Sud-Nord se sont avérés régulièrement plus importants que ceux Nord-Sud.

D’où le sentiment d’un refus de laisser les pays africains, accéder à un développement réel.

C’est ainsi que l’ont perçu la plupart des africains et cela a aggravé le sentiment d’injustice et d’aversion profondes contre la France, les Français et les dirigeants africains qui les ont soutenus.

De nos jours

Les différentes sources de coopération internationales ont permis de voir que les assujettissements politique, diplomatique (et militaire), ainsi qu’économique ne sont pas des fatalités.

Le meilleur développement des pays anglophones et même lusophones, apparaissent comme des preuves que le système français ne profite pas à ceux qui s’y sont attachés.

Jusqu’à présent, la plupart des entreprises françaises maintiennent des managers français au détriment des cadres locaux, ayant pourtant bénéficié de formations parfois supérieures à celles leurs chefs français.

S’y rajoute la question du Franc CFA qui semble maintenir les états concernés dans une dépendance (même si c’est plus dans la forme que dans le fond) difficilement compréhensible de nos jours.

En plus de tout ça, le renversement du régime de Kadhafi en Lybie, attribué à la France, est perçu comme la principale source des dérives djihadistes qui déstabilisent le Sahel.

Les interventions militaires françaises sont perçues comme le service après- vente de troubles qu’elles y ont semés. Non comme des actions au profit des pays concernés.

Surtout quand elles ont servi de levier pour essayer d’installer et protéger des groupes considérés terroristes, sécessionnistes comme les Touaregs de l’Azaouade au nord Mali.

Ainsi, ce qui est présenté comme salvateur et vertueux aux français, est perçu comme une volonté de plus d’assujettir les pays africains.

S’y ajoute les politiques migratoires qui cherchent à tarir l’une des rares sources d’espoir pour les populations, d’accéder à un bien-être à eux, présenté comme modèle universel à atteindre. Et les discours haineux de certains politiques français qui n’en mesurent pas l’impact sur les jeunes africains.

Il en ressort un fort ressentiment contre la France et une appréciation presque morbide pour les putschistes qui renversent les dirigeants qui la soutienne.

Bien entendu, il ne faut pas négliger le travail souterrain et de fond des pays opportunistes qui attisent ces ressentiments.

Il n’est pas difficile actuellement de voir les situations “travesties par des gueux pour exciter des sots“.

Surtout que souvent, aux yeux des populations, mieux vaut la peste Wagner que le Choléra Barkhane.

Au cœur de tout cela se trouve la corruption des élites politiques et administratives de nos pays. Perçue comme trop souvent couverte, voire suscitée par leurs parrains français qui en sont parfois les bénéficiaires ultimes.

Vrai ou faux ? On ne prête qu’aux riches…

Et par les temps qui courent, ce parrain-là a bon dos pour le rendre responsable de toutes nos misères.

Voilà une analyse rapide des causes du désamour actuel que subit la France dans les pays d’Afrique.


Les corrections sont encore possibles.


Elles exigeraient :

A/ Un changement profond de mentalité chez les dirigeants français vis-à- vis de l’Afrique… et des africains,

B/ Un discours et des attitudes plus égalitaires dans les relations publiques,

C/ Une modification complète des approches démographiques et migratoires,

D/ Un engagement plus volontariste dans des politiques de développement à plus longue vue qui s’appuie davantage sur les attentes réelles des populations.

Comment pourrions nous contribuer, nous francs-maçons à l’apaisement de cette tension croissante ?


Déjà trouver la méthode et le discours pour ne pas être perçus comme des relais intellectuels de la politique française.

Cela implique une stratégie active de restauration de notre image. En purgeant de nos rangs les copains/coquins à qui il est facile de nous assimiler tous comme des gens de faible éthique…

Des engagements clairs et clairvoyants sur les sujets de société qui perturbent nos sociétés. Sans pour autant afficher ces positions comme maçonniques.

Ainsi les membres de nos ateliers retrouveraient une notoriété respectée dans la société. À mes yeux, l’important immédiat n’est pas que les bonnes décisions soient attribuées à la franc-maçonnerie, mais que plus tard, elles puissent être revendiquées et reconnues comme tel.

Des actions régulières auprès des « sièges » auxquelles nous sommes affiliés afin que nous n’y soyons plus traités comme périphériques, mais part entière du centre de l’union.

Que nos avis soient les principales sources des réflexions et des propositions qui concernent notre continent.

Que nous apprenions à intégrer notre africanité à nos rituels et pratiques afin que les africains qui nous rejoignent, ne s’y sentent pas à l’étranger et que les européens y apprennent à mieux connaître l’Afrique et comprendre les africains.

Cette courte réflexion est probablement incomplète. Elle me semble toutefois être une base pour approfondir l’analyse.

L’analyse de notre frère Mohamed contient de façon discrète et fraternelle une réelle mise en cause des dignitaires des obédiences maçonniques, en particulier françaises qui ferment les yeux sur les dérives d’une certaine franc-maçonnerie affairiste et corrompue comme celle qui participe à la francafrique et aux Rhefram. Jusqu’à ce jour l’ambigüité persiste dans certaines prises de position. C’est un jeu dangereux qui pourrait avoir de fâcheuses conséquences !

5 Commentaires

  1. Sujet brûlant et très bien exprimé. Je pense que le ressentiment contre la France est très profond. Responsabilités partagées d’après moi. J’attends de voir ds 20 ans la réaction de ces pays après leur engagement économique avec la Russie et surtout la Chine. Et quelle est le rapport des États anglophones avec la GB?

    • J’ai transmis votre observation à notre frère Mohamed ; voici sa réponse : “Qu’il s’agisse de la GB ou des nouveaux intervenants que sont la Russie, la Chine mais aussi les USA, le Canada, le Japon etc., la grande différence est que ceux-là ne se drapent pas dans le costume du civilisateur qui veut transformer les africains. Cela prend sa source dans la politique coloniale britannique dite “d’association” qui cherchait (ciniquement?) les avantages économiques sans acculturer les peuples.
      Ce type “deal” sans ambiguïté ni contenu moralisateur est perçu comme plus équitable et génère, jusqu’à présent, plus de stabilité.

      En tous cas, on ne retrouve pas dans ces pays, le sentiment de rejet qui s’est installé dans les pays francophones.”

  2. Il y a une inexactitude dans ces déclarations.
    Les flux financiers ont été et sont pkus importants de la France vers l’Afrique que le contraire.mvour les travaux de l’économiste Jacques Marseille sur ke sujet. Cette antienne du pillage de l’Afrique par la métropole est une fakenews.

    • C’est un sujet évidemment polémique ! Ce ne sont pas que les Africains qui constatent la spoliation de leurs ressources : N’est-ce pas Jacques Chrac qui déclarait : “”Nous avons saigné l’Afrique pendant quatre siècles et demi, commença-t-il. Ensuite, nous avons pillé ses matières premières ; après, on a dit : ‘Ils (les Africains) ne sont bons à rien.’ Au nom de la religion, on a détruit leur culture et maintenant, comme il faut faire les choses avec plus d’élégance, on leur pique leurs cerveaux grâce aux bourses. Puis, on constate que la malheureuse Afrique n’est pas dans un état brillant, qu’elle ne génère pas d’élites. Après s’être enrichi à ses dépens, on lui donne des leçons.”
      Deux remarques : Jacques Marseille est un historien mais ce n’est pas un économiste et on peut parfois ne pas prendre en compte certaines sources ! En matière de flux financiers il y a ce qui est officiel et il y a ce qui est “informel” , voir à ce propos un article de l’OCDE sur les flux financiers illicites en Afrique de l’Ouest https://www.oecd.org/fr/developpement/institutions-responsables-efficaces/Economie-du-commerce-illicite-en-afrique-de-louest.pdf

    • J’ai transmis votre observation à notre frère Mohamed ; voici sa réponse : “Il est clair que les flux direct sont à l’avantage du nord. Mais cela s’inverse quand on prend en compte le fait que les fonds reçus servent souvent
      1. à acquerir des équipements, technologies, véhicules etc. du nord,
      2. à payer des salaires et avantages des techniciens du nord qui en rapatrient l’essentiel au nord,
      3. Et bien sûr (et ce n’est pas le plus négligeable) à alimenter les prédateurs de tous horizons qui re-exportent les fruits de leurs méfaits au nord sous des formes multiples (investissements, vacances, retrocommissions etc.)

      Autant de flux difficiles à mesurer, je le concède, donc rarement pris en compte.”

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Alain Bréant
Alain Bréant
Médecin généraliste, orientation homéopathie acupuncture initié en 1979 dans la loge "La Voie Initiatique Universelle", à l'orient d'Orléans, du GODF Actuellement membre de la RL "Blaise Diagne" à l'orient de Dakar - GODF Auteur sous le pseudonyme de Matéo Simoita de : - "L'idéal maçonnique revisité - 1717- 2017" - Editions de l'oiseau - 2017 - "La loge maçonnique" - avec la participation de YaKaYaKa, dessinateur - Editions Hermésia - 2018 - "Emotions maçonniques " - Poèmes maçonniques à l'aune du Yi King - Editions Edilivre - 2021

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