mer 22 mai 2024 - 13:05

L’éthique maçonnique et la biologie du cerveau : Comment les concilier ?

Bien que tous les francs-maçons et toutes les francs-maçonnes n’aient pas forcément la même conception d’une éthique maçonnique, on peut lister certains éléments qui devraient faire consensus :

  • La Fraternité : l’amitié, l’entraide et la coopération solidaire.
  • La Tolérance, le respect mutuel dans le cadre de la liberté de conscience.
  • L’intégrité et l’honnêteté.
  • Le perfectionnement moral, ce qui implique le travail et la recherche.
  • La philanthropie avec la propension à aider son prochain.
  • La discrétion avec l’absence de prosélytisme et l’humilité.

La Franc-Maçonnerie se veut être une société qui permet de rassembler les êtres humains possédant ces hautes valeurs morales.

Mais c’est aussi un espace où il est dit que l’on apprend à s’améliorer et à devenir « meilleur » !

On pourrait voir une contradiction entre ces deux propositions car si on doit s’améliorer au fil du temps maçonnique, cela ne sous-entend il pas que nous n’étions pas si parfaits que cela avant d’être initié ?

Tout se complique lorsqu’on prend conscience des découvertes scientifiques et en particulier de l’action des neurotransmetteurs biochimiques dans le fonctionnement cérébral.

Aujourd’hui, il n’est plus possible de croire que le respect d’une éthique, qu’elle soit maçonnique ou d’une autre nature, est uniquement une affaire de volonté et de choix.

Notre fonctionnement cérébral et donc notre pensée est aussi sous l’influence d’un certain nombre de molécules biochimiques que l’on appelle les neuromédiateurs ;  je me permets de rappeler les plus importants !

Les principaux neurotransmetteurs sont au nombre de sept :

L’acétylcholine :

Découverte en 1914 par le physiologiste anglais Henry Hallett Dale, son rôle de neuromédiateur fut explicité en 1921 par le pharmacologiste allemand Otto Loewi.

L’acétylcholine est synthétisée dans les terminaisons des axones à partir de la choline et de l’acétylcoenzyme A. Ce dernier provient notamment de la dégradation du glucose stocké dans l’organisme. La choline provient de l’alimentation, les aliments qui en contiennent le plus sont les oeufs suivis par la viande (le foie en particulier) et le poisson. La choline provient aussi de la dégradation de l’acétylcholine dans le cerveau.

On la retrouve aussi bien au niveau du cerveau que dans les communications entre les nerfs périphériques.

L’acétylcholine joue un rôle dans la régulation de l’attention, de l’apprentissage, de la mémoire et de la motricité.

On la retrouve aussi pour le fonctionnement du système nerveux parasympathique. A ce titre, l’acétylcholine participe à ce que l’on appelle le « malaise vagal » qui survient en particulier dans des circonstances liées au stress !

Les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et de la maladie de Parkinson ont tendance à avoir de faibles niveaux d’acétylcholine.

La dopamine :

Son rôle a été découvert en 1958 par deux chercheurs suédois, Arvid Carlsson et Nils-Ake Hillarp. Elle est synthétisée dans les neurones à partir d’un acide aminé, la tyrosine.

La dopamine est associée à la motivation, au plaisir, à la récompense et à la régulation des mouvements.

Un taux insuffisant de dopamine joue un rôle dans la maladie de Parkinson alors que l’inverse s’observe dans la schizophrénie.

La noradrénaline  :

C’est grâce à plusieurs chercheurs (et en particulier John Abel en 1899 ; Jokichi Takamine en 1901 et von Euler en 1946) que furent découvertes les propriétés de l’adrénaline et de la noradrénaline qui appartiennent au groupe des catécholamines.

La noradrénaline est impliquée dans l’éveil, l’attention, la vigilance, la gestion du stress et la réponse “combat ou fuite”.

Elle joue également un rôle dans la régulation de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque.

La sérotonine :

On doit au pharmacologue italien Vittorio Erspamer (1909-1999), en 1946, et à l’américain Maurice M. Rapport, en 1948, d’avoir mis en évidence les propriétés de la sérotonine.

Elle est souvent appelée l’hormone du bonheur en raison de son rôle dans la régulation de l’humeur, de l’appétit, du sommeil et de la température corporelle.

Des déséquilibres de la sérotonine sont impliqués dans des troubles tels que la dépression et le trouble obsessionnel-compulsif (TOC).

Le glutamate :

C’est le glutamate exauceur de goût qui a été découvert en 1908 par le professeur Kikunae Ikeda.

Aujourd’hui on parle de système glutamatergique dans la mesure où de nombreuses molécules interviennent.

Le glutamate est le principal neurotransmetteur excitateur du cerveau et joue un rôle crucial dans l’apprentissage, la mémoire et la plasticité synaptique.

Des niveaux élevés de glutamate peuvent provoquer une surstimulation des neurones, ce qui peut entraîner des lésions cérébrales.

L’acide gamma-aminobutyrique :

On doit au neurobiologiste américain Eugene Roberts (1920-2016), en 1950, d’avoir découvert le principal neuromédiateur inhibiteur chez les mammifères.

Le GABA contribue à la régulation de l’excitabilité des neurones.

Il joue un rôle dans la réduction de l’anxiété et la promotion de la relaxation.

Des niveaux insuffisants de GABA peuvent contribuer à des troubles tels que l’anxiété et l’épilepsie.

Les endorphines :

Elles ont été découvertes par deux scientifiques anglais, John Hughes et Hans Kosterlitz, dans les années 1978.

Les endorphines sont des peptides qui agissent comme des analgésiques naturels et sont libérés en réponse à la douleur, au stress ou à l’exercice physique.

Elles sont impliquées dans la régulation de l’humeur et du plaisir.

L’éthique maçonnique dans le fonctionnement cérébral

Sachant le rôle que jouent les neuromédiateurs dans le fonctionnement de notre cerveau, il peut être tentant de savoir si ces neurotransmetteurs interviennent dans ce que l’on pourrait appeler « l’éthique maçonnique » !

On sait aujourd’hui que plusieurs régions du cerveau et des processus neurobiologiques spécifiques sont impliqués dans la prise de décision morale et le comportement éthique :

1.           Le lobe frontal, en particulier le cortex préfrontal, est responsable des fonctions exécutives telles que la résolution de problèmes, la prise de décision, la planification, l’inhibition des impulsions et la régulation des émotions. Ces fonctions sont essentielles pour peser les conséquences morales de nos actions, contrôler nos impulsions et prendre des décisions éthiques.

2.           L’amygdale, une structure située dans le système limbique, est impliquée dans la régulation des émotions et la formation de la mémoire émotionnelle. Les réponses émotionnelles, comme la compassion, l’empathie ou la culpabilité, sont des éléments clés de la prise de décision morale.

3.           Le cortex cingulaire antérieur est impliquée dans la résolution de conflits et la prise de décision. Elle joue un rôle dans la prise en compte des différentes options morales et dans la sélection de la meilleure option possible.

4.           Les neurones miroirs sont des cellules nerveuses qui s’activent à la fois lorsque nous effectuons une action et lorsque nous observons quelqu’un d’autre effectuer la même action. Ces neurones sont impliqués dans l’apprentissage par imitation et sont essentiels à l’empathie, à la compréhension des intentions d’autrui et à la prise de décision morale fondée sur l’impact de nos actions sur les autres.

Tout cela explique que les « bonnes intentions » ne suffisent pas toujours à vouloir être « meilleur » et que nous devons composer avec ce que nous sommes dans notre intimité biologique !

Deux situations particulières montrent que l’éthique maçonnique n’est peut-être pas en cohésion avec notre fonctionnement cérébral !

La personnalité perverse narcissique (aussi appelée NPD pour NARCISSISTIC PERSONALITY DISORDER)

C’est un des troubles de la personnalité qui perturbe les relations sociales ; il est caractérisé par :

– un sentiment exagéré de sa propre importance,

– un besoin constant d’admiration,

– un manque d’empathie

– et des relations interpersonnelles difficiles.

Les travaux de recherche ont permis de retrouver un certain nombre de particularités :  

1.           Des anomalies dans le cortex préfrontal, impliqué dans la régulation des émotions, la prise de décision, la planification et l’empathie.

2.           Une activité réduite dans l’insula lorsqu’il s’agit de tâches impliquant la compréhension des émotions.

3.           Une sensibilité accrue du système de récompense qui peut contribuer à leur besoin constant d’admiration et de validation.

4.           Une activité amygdalienne accrue lorsqu’elles sont confrontées à des stimuli émotionnels qui peut être lié à une hypersensibilité aux critiques.

Le problème de l’âge et du déclin cognitif

Bien que nous ayons gardé un vocabulaire gratifiant les personnes âgées, la réalité biologique montre que l’âge représente une difficulté réelle pour participer aux travaux maçonniques :

  • L’existence d’handicaps variés et évolutifs,
  • Le déclin cognitif lié à l’âge, tel que la diminution de la mémoire de travail et de la vitesse de traitement, peut affecter la capacité à résoudre des problèmes complexes et à prendre des décisions morales.
  • Les peurs multiples liées aux possibles accidents de la vie quotidienne,
  • Certaines personnes peuvent devenir plus rigides dans leurs croyances et leurs attitudes morales à mesure qu’elles vieillissent, ce qui peut les rendre moins ouvertes à des perspectives différentes et à l’évolution des normes sociales et culturelles.
  • Les changements biologiques liés à l’âge, tels que les fluctuations hormonales et la dégradation des neurotransmetteurs, peuvent également influencer la moralité en affectant l’humeur, la cognition et les comportements sociaux.

Quelles conclusions pour la démarche maçonnique ?

On ne peut naturellement pas résumer le comportement à l’activité des neuromédiateurs cérébraux.

Mais il serait déraisonnable de penser que la simple motivation et le désir pourraient suffire à acquérir des principes moraux favorisant la fraternité universelle et la bienveillance.

Notre fonctionnement biologique est à la fois une des causes de notre équilibre psychologique et en même temps il est sous la dépendance d’un certain nombre de contraintes !

Dans la vie quotidienne le plus grand risque de perturbation de notre activité cérébrale se retrouve dans la dépendance aux addictions ; que cela soit le tabagisme, la consommation de drogues, les addictions alimentaires  ou l’alcoolisme chronique, tout cela provoque des troubles mentaux indéniables qui contrarient le processus initiatique et favorise les dérives morales bien connues que sont la velléité, la procrastination, la mythomanie et l’égoïsme.

Pour « optimiser » le fonctionnement des neuromédiateurs cérébraux on retrouve un certain nombre de principes :

  • Une alimentation réduite pour préserver un indice de masse corporelle adapté,
  • L’absence de toute pratique addictive toxique,
  • Une activité physique quotidienne,
  • Un sommeil naturel, sans somnifères et/ou tranquillisants,
  • Une activité cognitive quotidienne,
  • Et une exposition au stress la plus limitée possible !

J’ai dit !

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Alain Bréant
Alain Bréant
Médecin généraliste, orientation homéopathie acupuncture initié en 1979 dans la loge "La Voie Initiatique Universelle", à l'orient d'Orléans, du GODF Actuellement membre de la RL "Blaise Diagne" à l'orient de Dakar - GODF Auteur sous le pseudonyme de Matéo Simoita de : - "L'idéal maçonnique revisité - 1717- 2017" - Editions de l'oiseau - 2017 - "La loge maçonnique" - avec la participation de YaKaYaKa, dessinateur - Editions Hermésia - 2018 - "Emotions maçonniques " - Poèmes maçonniques à l'aune du Yi King - Editions Edilivre - 2021

Articles en relation avec ce sujet

Titre du document

Abonnez-vous à la Newsletter

DERNIERS ARTICLES