mer 29 mai 2024 - 16:05

Que des contraintes de chantier !

L’architecte Hiram comme chaque soir parcourait lentement le chantier du Temple commandé par le roi Salomon. Il scrutait avec attention et évaluait l’état d’avancement de la cour des lévites et de l’autel des sacrifices. Il prenait aussi la peine de vérifier où en était le stock des cèdres et de cyprès venus du Liban, mais aussi la quantité de matériaux qui arrivait chaque semaine des montagnes.

Son souci était également que les magnifiques pierres de taille pour les fondements du Saints des Saints soient bien gardées par des vigiles qu’il avait lui-même choisis dans la confrérie de ses gardes. Vérifier que les feux continuent à être entretenus dans les fours pour cuire l’argile des briques et travailler le coulage du fer et du bronze, et que les pigments des peintures ne sèchent pas dans les nombreuses vasques des grands ateliers où des ouvriers restaient à pied d’œuvre toute la nuit…

Hiram trouvait ce soir-là que le palais du Roi s’édifiait bien et selon les règles de l’art et que Salomon serait content de s’y installer avant l’entrée de l’hiver. Le bois de cèdre à l’intérieur de la maison offrait déjà des sculptures de coloquintes et de fleurs épanouies. L’or pur restait cependant à poser pour rendre l’endroit éclatant, ainsi que les chérubins de bois d’olivier sauvage à sculpter sur les dix coudées de hauteur proposées aux grands prêtres.

Avec trois des meilleurs compagnons qu’il avait placés à ses côtés, il lui semblait que les choses progressaient selon ses vues et son idée de perfection sur cet énorme chantier, le plus grand de l’Antiquité. Il avait consenti à faire redoubler les cadences des manœuvres, des tailleurs de pierres, des charpentiers et des chaudronniers, mais Hiram, Architecte du Grand Salomon, restait intransigeant sur la qualité de l’œuvre, n’hésitant pas à faire refaire si malfaçon il y avait, fût-elle légère ! 

Avec la surveillance qu’il exerçait, il fallait reconnaître que son souci du beau et du sublime n’arrangeait pas l’humeur des artisans, des artistes ou des ouvriers diversement qualifiés, qui s’arcboutaient avec ardeur sur la tâche d’édification du Temple et de ses péristyles. Selon l’avis de ces milliers attachés au projet divin, une étape des engagements pris avec Salomon avait été pourtant bien réalisée, mais leur paye était loin de tenir le compte de toutes ces heures accomplies pour satisfaire les strictes exigences de l’architecte en chef !

Ses trois collaborateurs préférés, l’un pour coordonner et contrôler l’approvisionnement des matériaux, l’autre pour conduire les lourds travaux de taille et de soutènement des murs, le dernier pour superviser, conseiller, maîtriser les travaux délicats, étaient auprès de lui des hommes fidèles et zélés. Hiram les aimait comme des fils. D’ailleurs ne chuchotait-on pas (avec quelque raison) sur la gigantesque place encore bien encombrée, que ces trois là étaient ses fils illégitimes ? D’ailleurs, Hiram ne cachait pas sa fierté de les voir tous les trois reconnus pour leur savoir-faire, chacun dans son domaine, par tous les corps de métiers assemblés.

Reconstruction du Temple (illustration de Gustave Doré d’après La Sainte Bible de 1866).

De fait si les ouvriers grondaient et si ses fils veillaient de manière avisée sur le triangle d’or de la gestion de ce projet prestigieux et inédit, Hiram ne lâchait rien sur l’excellence des livrables du gros œuvre comme sur la justesse de la taille et l’assemblage des poutres, la beauté du cisèlement et du polissage de l’orfèvrerie, la grandeur des colonnes Jakin et Boaz « en préparation », ni sur « les finitions peinture » des parois de la chambre des Nazirs, dédiée aux ascètes ou de celle des lépreux, anciens malades.

Dès que l’éclat du jour avait chassé les ténèbres, avec ses « fils », Hiram effectuait un suivi rigoureux de l’avancement des travaux et des rampes d’accès au site, mais c’est seul qu’il définissait si tout était satisfaisant pour pouvoir plaire à Salomon qui, de son côté, répondait lui directement et en secret à l’Éternel.

Depuis quelque temps, Hiram n’ignorait pas que le Roi s’agaçait de l’insupportable lenteur d’accomplissement des lots et des tranches de travaux prévues dans ses plans ambitieux d’occupation du mont Moriah. Il savait aussi que le Roi s’adressait de plus en plus à ses trois et chers collaborateurs, en espérant gagner quelques années sur les livraisons attendues… Mais il fut tout de même surpris, ce soir-là, quand au détour de la cour du coin Est, près de la loge où se gardaient les plans et les outils, le premier de ses compagnons aimés, lui infligea un coup de règle sur la tête qui l’étourdit mais qu’il réussit avec habileté à détourner sur l’épaule gauche… Pourquoi cette agressivité de son premier fils ? Lorsqu’il vit le second surgir à son tour, non pas pour lui porter secours, mais pour lui asséner un grand coup de levier qui l’atteignit sur la nuque du cou, il soupira…

  • Vous deux, mes fils ensemble contre moi ?

Son état d’hébétement redoubla lorsqu’il vit se jeter sur lui son troisième et dernier fils en hurlant avec un lourd maillet et en le frappant violemment au front…

Hiram déclara dans un murmure en les regardant tous les trois se pencher sur son corps chu sur la dalle froide de l’esplanade :

  • Mais pourquoi ? Pourquoi mes fils tant aimés ?

Et sa voix exprimait alors autant d’affliction que d’étonnement… Les trois se penchant vers lui répondirent :

  • Père, Père, rien de personnel ! Mais nous perdons trop de temps avec votre goût du parfait, et le roi ne croit plus que vous tiendrez les délais ! Nous n’avons rien contre vous Papa : ce sont juste les contraintes du chantier.
Siège et destruction de Jérusalem par les Romains (peinture de 1850 de David Roberts).

Et ils lui assénèrent tous les trois ensemble un dernier coup fatal !

Avant d’expirer, les dernières paroles de l’architecte pinailleur furent :

  •  Ah, je m’excuse, je ne voulais pas vous mettre en difficulté, c’est vrai que j’aime pinail…, aïe, aïe.

Ce fut son dernier souffle…

Note : ci-dessus, exemple même de faits réels d’une affaire interprétée plus tard différemment lors du complot judéo-maçonnique !             

Qu’en pensez-vous aujourd’hui ? 450 FM attend vos conclusions personnelles

Arc de Titus montrant le butin du temple de Jérusalem.

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Claude Laporte
Claude Laporte
Cursus universitaire en Droit public, Organisation du travail, et Sociologie Politique. (Maîtrise en Droit Public (1972), à la Faculté de Bordeaux. Chargée de cours sur la « Sociologie Politique et des Institutions Internationales » aux élèves de 1ère Année de Droit (1972/1973). Puis, intégration professionnelle au sein de l’Assurance Maladie. Dernier poste occupé : Responsable de la Communication à la Direction des Systèmes d’Information à la CNAMTS. Autres diplômes : DESS Systèmes d’Information; DEA «Communication, Technologies et Pouvoir » (Université Paris-Sorbonne). Par ailleurs : des engagements dans le domaine associatif et culturel. Depuis mars 2020 une activité écriture/publications avec la création et l’animation du blog EMEREKA, journal d’opinions et d’humeurs ..

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