jeu 23 mai 2024 - 05:05

La Franc-maçonnerie en Russie

De notre confrère Radio France – Par André Meynieux – Émission : Heure de culture française – La civilisation russe – La Franc-maçonnerie en Russie (1ère diffusion : 10/12/1962 France III Nationale)

Après une longue mise en sommeil consécutive à son interdiction par l’empereur Alexandre Ier en 1822, la franc-maçonnerie reprend ses travaux en Russie au début du XXe siècle, pour une dizaine d’années, dans la clandestinité et sur des bases étrangères à l’héritage des francs-maçons russes du XVIIIe siècle. Au cours de cette période qui précède immédiatement la révolution de 1917, elle va jouer un rôle indéniable dans le combat que mènent les forces progressistes contre le régime impérial agonisant, bien que les historiens ne s’accordent pas sur son importance historique réelle.

L’état de la Russie au tournant du XXe siècle me paraît bien résumé dans une nouvelle de Tchekhov, écrite en 1885 et intitulée Le Malfaiteur. Un juge procède à l’interrogatoire d’un paysan arrêté au bord d’une voie ferrée alors qu’il était en train de retirer un des boulons qui fixent les rails aux traverses. Questionné sur le motif de son larcin, le moujik explique que les boulons sont ce qu’il y a de mieux pour lester l’hameçon quand on pêche des poissons qui nagent près de la surface. Quand le juge lui fait observer que retirer les boulons d’une voie ferrée peut provoquer un déraillement, que c’est un crime sévèrement puni, il rétorque que des boulons, il y en a tellement, et que ce n’est pas parce qu’on en prendra quelques-uns que cela fera dérailler les trains. Du début à la fin de ce récit, le lecteur se trouve devant un dialogue de sourds, à la fois cocasse, désespéré et désespérant : le juge, qui n’est pas méchant homme, est exaspéré par l’ignorance et la bonne conscience du paysan ; quant à ce dernier, il ne comprend pas pourquoi on le jette en prison pour une peccadille et se prend à regretter le bon vieux temps où c’était le seigneur qui rendait la justice – celui-là, au moins, savait faire la différence entre ce qui était grave et ce qui ne l’était pas.

Source du Texte : La franc-maçonnerie en Russie au début du XXe siècle (1906-1918) – Georges Philippenko – Dans Humanisme 2011/3 (N° 293), pages 91 à 99

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